OnlyFans en finit avec le porno : pourquoi les nouvelles règles de la plateforme font parler

Le logo OnlyFans

DÉCRYPTAGE - Le site OnlyFans, qui propose des contenus exclusifs sur abonnement, veut bannir les images et vidéos sexuellement explicites. Une transition amorcée pour séduire le grand public, alors que la plateforme tire son succès de ses créateurs pornographiques.

C’est un virage inédit dans la réglementation de la plateforme, connue jusque-là notamment pour les photos et vidéos érotiques et pornographiques qu’elle proposait : OnlyFans a annoncé jeudi 19 août sa décision de bannir "tout contenu sexuellement explicite" à partir du mois d'octobre.

"Afin d'assurer notre fonctionnement dans la durée et de continuer à héberger une communauté inclusive de créateurs et de fans, nous devons faire évoluer nos règlements", a indiqué l'entreprise basée au Royaume-Uni. Pourtant, c’est grâce à ce créneau que la plateforme a vu son nombre d’utilisateurs et ses recettes exploser depuis le début de la crise sanitaire. 

OnlyFans, qu’est-ce-que c’est ?

Forte de 130 millions d’utilisateurs, OnlyFans est une plateforme qui propose du contenu exclusif accessible sur abonnement, publié par des créateurs contre rémunération. Le principe : les "fans" peuvent payer pour s'abonner à des profils de personnalités variées, et ainsi avoir accès à des contenus inédits. On y retrouve donc des photos, vidéos accessibles nulle part ailleurs sur le web mais aussi la possibilité d’envoyer des messages privés, moyennant des abonnements entre 4,99 dollars et 49,99 dollars par mois. 

Le modèle économique de la plateforme profite à ceux qui s’y inscrivent, des stars aux anonymes, puisqu’OnlyFans reverse 80% des revenus agrégés par les abonnements aux créateurs, conservant les 20% restants. Des revenus qui doivent toutefois être déclarés dans leur intégralité aux impôts, précise le cabinet Beaubourg Avocats

Depuis sa création en 2016, la société dit avoir versé plus de 4,5 milliards de dollars aux créateurs, parmi lesquels la rappeuse Cardi B, DJ Khaled, l'acteur Tyler Posey ou encore le boxeur professionnel Floyd Mayweather. Mais parmi ses quelque deux millions de créateurs, tous les profils n’engrangent pas les mêmes recettes : quelques comptes ne cumulent que des poignées d’abonnés, quand l'actrice américaine Bella Thorne a par exemple déclaré deux millions de dollars de gains en seulement une semaine en août 2020, selon le LA Times

Pourquoi le site est-il connu pour ses contenus porno ?

Surnommée l'"Instagram porno payant", la plateforme s'est surtout forgée une solide réputation autour du divertissement pour adulte, sans être officiellement un site X. En annonçant son inscription sur la plateforme en août 2020, la rappeuse Cardi B avait dû préciser qu’elle ne publierait pas de contenus intimes, mais uniquement des programmes en rapport avec sa musique. 

Si la plateforme a d’abord été lancée pour renforcer les liens entre des musiciens et leurs fans, sa popularité a en particulier explosé à la faveur de la crise du Covid-19, tout comme d'autres services mettant créateurs et influenceurs en relation avec une audience : de nombreux travailleurs du sexe ont notamment investi OnlyFans pour continuer à travailler malgré les restrictions sanitaires. 

Mais les créateurs pornographiques ne sont pas tous professionnels : de nombreux amateurs publient également du contenu érotique et alimentent ainsi leur compte en banque. Parmi eux, des étudiants ou jeunes précaires fragilisés par l’épidémie qui cherchent à boucler leurs fins de mois. "Par mois, je me fais environ 1000 euros", racontait en juin au média Brut une étudiante française active sur la plateforme depuis plus d'un an. Les "fans" peuvent également verser des pourboires, notamment en échange d’un service rendu, comme une la commande d’une photo spécifique.

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Ces contenus ont tellement profité à la plateforme qu'en 2020, la société a réalisé un chiffre d'affaires de plus de deux milliards de dollars, soit une multiplication par six de ses revenus, note le Financial Times. Près de 500.000 nouveaux utilisateurs rejoignent la plateforme chaque jour, selon des chiffres communiqués à l'AFP. 

Ces transactions sont légales, mais une zone d’ombre subsiste quant à l’âge des usagers : selon les conditions générales d’utilisation du site, seuls les majeurs peuvent s’inscrire sur le site. La plateforme affirme avoir resserré la vis en renforçant sa politique de vérification d’âge, mais selon le documentaire Nudes4Sale de la BBC, diffusé l’an passé, des milliers de mineures vendraient du contenu intime chaque jour sur le site. 

Qu’est-ce-qui change et pourquoi ?

Pour l’heure, la plateforme interdisait seulement dans les contenus proposés la promotion de la violence, des armes à feu, etc., ainsi que les contenus sexuels extrêmes ou criminels, comme la zoophilie ou le viol. Mais pas l'érotisme ni même la pornographie. À compter d’octobre, les "contenus sexuellement explicites" seront désormais bannis. 

Le but de la manœuvre est de se rendre accessible au plus grand public et séduire de nouveaux investisseurs, en se débarrassant de sa réputation sulfureuse. La décision s’inscrit dans une démarche de longue haleine de la plateforme pour changer son image de marque, avec un virage amorcé dans sa communication. OnlyFans a récemment lancé une chaîne dite "appropriée pour le travail", mettant en avant notamment sur son compte Twitter des créateurs aux compétences spécifiques, comme des maquilleurs virtuoses, chanteurs, stylistes ou coachs sportifs… De quoi invisibiliser les créateurs de contenu pornographique. 

"Ces changements sont nécessaires pour nous conformer aux requêtes de nos partenaires financiers et services de paiement en ligne", a également fait savoir l’entreprise. La pression des services de paiement comme PayPal, Visa ou Mastercard s’était déjà fait sentir ces dernières années sur le site de pornographie Pornhub, accusé de diffuser des vidéos pédopornographiques et de viols.

Quelles conséquences pour les créateurs ?

Ce créneau sulfureux a pu décourager certains artistes de rejoindre la plateforme. Avec ces changements annoncés, ils pourraient dorénavant sauter le pas. Mais de nombreux créateurs de contenus intimes se sont d’ores et déjà inquiétés de ce revirement. "Les plateformes de contenus et les réseaux sociaux créent sans cesse des barrières pour empêcher les travailleurs du sexe de survivre", a regretté auprès de l’AFP une créatrice de contenus érotiques active sur OnlyFans avant même le début de la pandémie.

"J’ai le sentiment qu’OnlyFans s’est construit sur le dos de travailleurs du sexe et désormais ferment les yeux sur eux", s’est indigné Joshbigosh, un créateur de contenu pour adultes, au site Vice. "Nous, les créateurs, risquons de tout perdre. J’allais tout juste acheter une maison [grâce aux revenus obtenus sur le site], est-ce-que je vais perdre tout ce pour quoi j’ai travaillé si dur ?" Sur les réseaux sociaux, certains créateurs français faisaient également part de leurs inquiétudes. 

Une subtilité subsiste néanmoins : les images et vidéos comprenant des scènes de nudité ne seront pas bannies de la plateforme si les créateurs se conforment aux nouvelles règles du site, a indiqué l’entreprise. La plateforme a aussi fait savoir qu'elle donnerait plus de détails dans les jours qui viennent et "aiderait activement" ses créateurs. 

"La communauté OnlyFans ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui sans vous", souligne l'entreprise ce samedi dans un message posté sur Twitter à destination des "travailleurs du sexe", accompagné du hashtag #SexWorkIsWork. "Le changement de politique était nécessaire pour sécuriser les services bancaires et de paiement afin de vous accompagner. Nous travaillons sans relâche pour trouver des solutions."

Pour autant, cette décision pourrait faire chuter le nombre d’utilisateurs et de créateurs sur la plateforme. Le rappeur américain Tyga a d'ores et déjà annoncé quitter OnlyFans pour lancer son propre site concurrent. En décembre 2018, la société new-yorkaise de blogs Tumblr avait banni les contenus pour adultes de ses pages : selon les estimations du site SimilarWeb, sa fréquentation avait immédiatement baissé de 30%.

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