Otages français en Syrie : les dessous d'une libération

Otages français en Syrie : les dessous d'une libération

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DECRYPTAGE – Au lendemain de la remise en liberté des quatre journalistes otages en Syrie depuis dix mois, on en sait un peu plus sur les conditions de cette libération. Mais des zones d'ombres demeurent. Metronews fait le point.
  •  Le rôle clé de la DGSE

La direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) est au cœur de la libération des quatre otages français . Elle s'est en effet occupée seule de piloter l'ensemble des opérations de négociation. D'habitude, ce sont en effet les Etats qui négocient directement entre eux (via des émissaires spéciaux), comme ce fut le cas pour les otages au Mali ou au Nigeria. 

Le trio qui a conduit cette affaire au sommet de l'Etat, c'était "François Hollande, Jean-Yves Le Drian (ministre de la Défense) et Bernard Bajolet", le patron de la DGSE, selon la même source. "Les trois faisaient des point réguliers, plusieurs fois par semaine", et les services français ont régulièrement envoyé des preuves de vie des quatre hommes à Paris. La DGSE ne les a d'ailleurs jamais perdus de vue. Depuis le jour de leur enlèvement en juin 2013, elle "a été en capacité permanente de repérer les otages", a révélé dimanche à l'AFP une source proche du dossier.

  • Comment s'est déroulée la libération des journalistes

Peu de détails ont filtré. On sait cependant qu'au début de l'année, alors que les négociations sont au point mort, la situation évolue : les djihadistes subissent de plus en plus d'assauts de la part de l'armée syrienne. Il leur faut sans cesse déplacer les otages, au gré des combats ( ce qu'attestent les témoignages des journalistes libérés ). Début mars, des ravisseurs libèrent en plusieurs vagues trois journalistes espagnols ainsi que des humanitaires. A Paris, explique le JDD , c'est le signe que les otages sont devenus encombrants. Une issue se profile.

Quel accord est ensuite trouvé pour les Français ? On l'ignore (voir le dernier point). Mais lorsque la libération des otages est actée, les agents de la DGSE fixent le point de sortie près la frontière turque. Vendredi soir, des intermédiaires syriens déposent les otages au poste frontière d'Akçakale , au nord de Raqqa. C'est là que les militaires turcs les récupèrent un peu plus tard. Contrairement à ce qui a été dit initialement, les otages n'étaient pas menottés et n'avaient pas les yeux bandés. "Nous avons traversé la frontière à tête découverte et les mains dans les poches", raconte ce dimanche Nicolas Hénin . Les militaires les remettent alors aux mains des hommes de la DGSE, qui les attendaient non loin de là.

  • Une coopération internationale

Les services français n'ont pas agi seul, mais en "étroite coordination" avec les services de renseignement britanniques, espagnols et américains, pour obtenir des informations sur les ravisseurs. En effet, le groupe suspecté de détenir les Français en Syrie, nommé État islamique en Irak et au Levant (EIIL), serait également en possession d'autres otages étrangers. La DGSE était donc "en contact avec les services espagnol, britannique et américain", qui cherchaient aussi à exfiltrer leurs nationaux, précise une source au JDD.

Quant à la Turquie, elle fut un partenaire de premier plan pour l'extraction des otages. De longues tractations ont eu lieu entre la DGSE et les autorités turques afin d'organiser le transfert des quatre Français de la Syrie, d'où ils ont été relâchés, vers la frontière turque. Le ministre de la Défense avait d'ailleurs effectué un déplacement "discret, il y a plusieurs semaines" en Turquie, au cours duquel il a rencontré les autorités politiques turques et les services "pour permettre de réaliser ce qui est arrivé hier", d'après la source de l'AFP.

  • Quelle contrepartie ?

C'est une des questions qui reste en suspend. On sait qu'une solution a été trouvée après de longues tractations. Mais laquelle ? François Hollande a insisté sur ce point : la France n'a pas versé de rançon. Une règle qui ne s'applique cependant pas aux entreprises privées. Et qui ne signifie pas non plus que la libération des otages s'est faite sans contrepartie. L'échange de prisonniers ou la fourniture de matériel de combat pourraient en effet faire partie des exigences des djihadistes.

Une hypothèse toutefois démentie par Laurent Fabius : "L'Etat français ne paie pas de rançons. Il n'y a pas eu non plus de livraisons d'armes en échange de ces nouvelles libérations", a-t-il assuré ce dimanche. Sans que l'on sache lesquelles, nul doute que des "demandes ont été satisfaites", comme le confirme au JDD, une source officielle française.

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