Ouragan Irma, six mois après : "Saint-Martin se relèvera, mais ce sera long"

RÉGÉNÉRATION – Six mois après le passage dévastateur de l’ouragan Irma à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, début septembre 2017, la reconstruction se poursuit sans relâche. Entre espoir et crainte, notamment à l’approche de la prochaine saison cyclonique, les habitants appellent les autorités à ne pas les laisser tomber.

Un cataclysme encore perceptible. Six mois après le passage dévastateur de l’ouragan Irma au-dessus des îles françaises de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les stigmates sont toujours là. Débris jonchés sur le sol, habitations barricadées, toitures arrachées et bâchées, commerces fermés… Les signes de la désolation restent présents, visibles comme autant de marques de l’enfer vécu par ces quelque 45.000 Français d’outre-mer. Des marques d’une catastrophe impossible à oublier, même si tous essayent de relever la tête et de continuer à avancer.

Ce mardi 5 septembre 2017, tous avaient été prévenus. Saint-Martin et Saint-Barth étaient alors en alerte violette, la plus haute sur l’échelle de surveillance des ouragans, et savaient qu’ils allaient être les témoins d’un événement historique. Mais rien ne pouvait les préparer à ce qu’ils ont finalement vécu. "On commençait à prier, on ne savait plus quoi faire", nous racontait à l’époque une Saint-Martinoise, sous le choc. Vents tempétueux à l’extrême, pluies diluviennes, vagues immenses et ravageuses : les Petites Antilles prennent des airs d’apocalypse plusieurs heures durant. Une sorte de fin du monde de laquelle accoucheront les pillages et les craintes – renforcées par l’ouragan José, qui survolera le nord de la zone trois jours plus tard – mais aussi quelques lueurs d’espoir. 

Résilience contre découragement

Six mois plus tard, cet espoir demeure. Malgré un sentiment mêlé d’exaspération, de lassitude et d’inquiétude – notamment face à l’approche de la nouvelle saison cyclonique (à partir de juin) – également prégnant, les Ultramarins refusent de se laisser abattre. "Les Saint-Martinois tentent de faire face comme ils peuvent en attendant la prochaine saison des ouragans", confirme Simon, conducteur de travaux de 29 ans arrivé de métropole en janvier pour participer à la reconstruction de la région. "Mais beaucoup ne sont pas prêt", souligne-t-il, saluant néanmoins la force et le courage des habitants pris dans cet interminable marasme. "Saint-Martin se relèvera, mais ce sera long et le travail est encore devant nous." 


La résilience, les Saint-Martinois l’ont en partie trouvée dans la sensation souvent perturbante d’avoir échappé à la mort. Une forme de "syndrome du survivant" inversé. "On est en vie, on ne doit pas baisser les bras, il faut aller de l’avant", insiste Jean, un insulaire interrogé lundi par les envoyés spéciaux de TF1/LCI. Sa maison a disparu, réduite à néant, sa voiture est cabossée, sans pare-brise, il évoque "la tristesse" et "la douleur" ressenties, mais, comme ses concitoyens, cet homme d'une quarantaine d'années préfère rester positif et tourné vers l'avenir. 

On dirait qu’il y a eu un bombardementChantal et Francis, couple de touriste habitué de Saint-Martin

Les dégâts, chiffrés à près de deux milliards d’euros, sont pourtant colossaux et promettent un retour à la normale aussi long qu’onéreux. D’autant plus que le tourisme, qui fait vivre 95% de l’île, devrait mettre du temps à se relever. "On dirait qu’il y a eu un bombardement", s’exclament Francis et Chantal, un couple de Bordelais coutumiers de Saint-Martin, revenu témoigner de sa solidarité en participant à la reprise économique balbutiante. Un soutien rare. Selon les professionnels, les métropolitains sont peu nombreux à être retournés sur place et l’essentiel de la clientèle se compose désormais de locaux. Il faut dire que, d’après les données de l'association des hôteliers de Saint-Martin, seule 300 à 400 des 1300 chambres d’hôtel de l’île ont pu rouvrir. La faute à l’ampleur de la tâche, tentaculaire pour la petite collectivité, mais aussi à des délais d’indemnisation parfois longs. 

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Six mois après Irma, le tourisme est au point mort à Saint-Martin

"Malheureusement, seules les maisons appartenant aux personnes ayant une assurance ont pu commencer les travaux", explique Simon, dont l’entreprise – tout comme ses concurrentes – est sollicitée sans relâche pour restaurer les habitations dites "cyclonées". En visite à Saint-Martin lundi, notamment aux côtés de Gérald Darmanin, la ministre des Outre-mer Annick Girardin s’est voulue rassurante sur ce point, alors que l’Etat a déjà dépensé près de 300 millions d’euros pour la reconstruction (contre 1,83 milliards d’euros pour les assurances) : "Nous avons redit aux assureurs que nous comptons sur eux pour être au rendez-vous le plus vite possible. Mais nous savons aussi que 60% de la population n'est pas assurée et que nous allons devoir apporter une réponse collective." Le gouvernement se donne six mois pour mettre "l'ensemble des citoyens à l'abri". La mission est claire : faire aussi vite que possible pour que le cataclysme ne soit plus perceptible.

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