Parcoursup : pourquoi certaines facs font de la résistance et refusent de communiquer leurs "attendus"

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DÉCRYPTAGE - Trois jours avant l'ouverture de Parcoursup, toutes les universités auraient déjà dû communiquer leurs "attendus" d'établissement. Or, certaines, comme Paris 1 Panthéon-Sorbonne, refusent de le faire, contestant ainsi la nouvelle plateforme d'admission post-bac et ses règles. Pourquoi et pour quelles conséquences ? Nous avons interrogé les récalcitrants.

Les lycéens pourront s’inscrire et commencer à entrer leurs vœux sur la nouvelle plateforme d’admission post-bac Parcoursup lundi 22 janvier prochain. Normalement, lorsqu’ils sélectionneront une formation, ses caractéristiques apparaîtront, notamment ce qu’on appelle les "attendus". 


Il s’agit des connaissances et compétences nécessaires pour réussir dans chaque filière de l’enseignement supérieur (par exemple "intérêt pour les questions politiques et sociales" ou "savoir mobiliser des compétences en matière d’expression orale et écrite afin de pouvoir argumenter un raisonnement" pour entrer en licence mention Science politique). Le but de ces "attendus" est, selon le ministère de l’Enseignement supérieur, de lutter contre l’échec en première année de licence, en finir avec le tirage au sort et permettre aux lycéens de demander des formations en connaissance de cause.

Une première liste d’"attendus", les "attendus nationaux", a été dévoilée au mois de décembre par le ministère. Mais les universités ont été invitées à retravailler et affiner ce "cadrage national" pour "exprimer au mieux les exigences et les spécificités de leurs formations". Elles avaient jusqu’au 17 janvier pour les inscrire dans la nouvelle plateforme Parcoursup. Or, certaines d’entre elles ne l’ont pas fait.


En effet, afin de s'opposer à la mise en œuvre de Parcoursup et à certaines de ses règles, des universités comme Paris 1 Panthéon-Sorbonne n’ont pas rempli leurs attendus d'établissement. Dans un communiqué daté du 18 janvier, le président Georges Haddad écrit : "Le président de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne réitère son engagement de respecter le vote de la CFVU (Commission de la Formation et de la Vie universitaire), et de ne faire figurer sur Parcoursup ni critères ni attendus d’établissement. (…) En conséquence le président décide de faire apparaître l’offre de formation sur la plateforme Parcoursup, sans autres éléments que ceux demandés pour le dossier d’inscription prévu par les textes au niveau national." 

Les syndicats voient dans les "attendus" des critères de sélection

La majorité des syndicats de Paris 1 s’est en effet opposé à la publication d’"attendus" propres à l’établissement. "Nous sommes contre ces critères de sélection. Tout le monde devrait pouvoir entrer à l’université" lance à LCI Sidoine Corbin Occelli, responsable du SNESUP (Syndicat national de l’enseignement supérieur) de l'établissement. "Cette réforme remet en question les droits des étudiants et le libre accès à l'université" estime également Jaspal de Oliveira Gill, présidente de l'UNEF à Paris 1. "Les enseignants ne pourront pas sélectionner, ils ne pourront pas lire tous les dossiers, étudier toutes les lettres de motivation des lycéens. Nous préférerions une augmentation des moyens d’encadrement et d’enseignement pour recevoir tous les étudiants" ajoute le représentant du SNESUP.


A l'inverse, Jean-Marc Lehu, délégué syndicale UNSA Education Sup’Recherche, estime pour sa part que les syndicats opposés à cette réforme font preuve "d’obscurantisme absolu". Selon lui, la sélection après le lycée existe déjà, "entre le public et le privé, les écoles et les universités, les établissements français et étrangers". Il pense aussi qu’il est hypocrite de dire que tout le monde dispose du droit d’entrer à l’université. "Cela devrait être le cas. Mais les universités doivent avoir des obligations de résultats et permettre à leurs élèves de sortir avec une bonne formation qui leur ouvriront les portes du marché du travail. Il est absurde de former 15.000 professeurs de sport si le besoin est fixé à 10.000" avance-t-il à LCI. "Comment allons-nous faire sans attendus ? Est-ce que tous les élèves qui voudront venir chez nous seront acceptés ?" s'interroge-t-il.

Le ministère trouve cette contestation "dommage"

A priori, cette contestation, également observée dans d'autres universités, ne devrait avoir que peu d'impact. Si certains établissements se sont inquiétés de ne pas se retrouver sur la plateforme, le ministère a finalement décidé de les y inscrire avec les "attendus" nationaux, et non les "attendus" d'établissement. "Les attendus locaux étaient facultatifs" nous répond le ministère de l'Enseignement supérieur. 


"Si une formation ne veut pas donner ses attendus, c'est dommage pour les lycéens et Parcoursup" nous fait-on observer. "Cela ne met pas non plus en valeur les établissements. Mais s'ils le souhaitent, ils ont jusqu'au 6 mars pour en faire voter par leur conseil de vie universitaire." 

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