Parents débordés : attention à ne pas laisser ses enfants trop souvent livrés à eux-mêmes

Parents débordés : attention à ne pas laisser ses enfants trop souvent livrés à eux-mêmes
SOCIÉTÉ
PSYCHO - Les parents qui travaillent beaucoup causent-ils du tort à leurs enfants en raison de leurs absences ? Oui, si l'on en croît la psychologue clinicienne, Béatrice Copper-Royer. "Notamment chez les 10-12 ans qui ont acquis une certaine autonomie mais qui ne sont pas encore matures pour autant", explique-t-elle à LCI.

Quel parent n'a pas rêvé un jour de travailler moins pour être devant l'école tous les soirs à 16h30, rentrer main dans la main avec sa progéniture, sans oublier de s'arrêter à la boulangerie pour s'acheter des pains au chocolat ? Ou encore de passer les mercredis après-midi à refaire le monde avec son petit bout. 


Mais dans la vraie vie, on n'a à peine le temps de rentrer à la maison et d'enlever son manteau qu'il faut déjà aller coucher le plus jeune, avant de réviser fissa les devoirs avec l'aîné. Quant à la réunion avec les maîtresses à 18h, elle demande bien souvent une organisation dantesque. Alors que faire ? Et surtout que répondre à nos enfants quand ils nous reprochent de ne pas être assez présents ? Pour le savoir, on a interrogé la psychologue clinicienne Béatrice Copper-Royer, spécialisée dans l'enfance et l'adolescence. 

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LCI : Dans votre travail de thérapeute, rencontrez-vous de plus en plus souvent des enfants qui se sentent seuls ?

Béatrice Copper-Royer : Concernant les très jeunes enfants, le problème ne se pose pas vraiment. Soit les parents s'arrangent en jonglant avec leurs emplois du temps, soit ils s'organisent pour les faire garder. En revanche, la tranche d'âge très sensible, c'est entre 10 et 12 ans, ce qui correspond à la fin de l'école primaire et le début du collège. A juste titre, on les appelle parfois les 'orphelins de 17h'. J'ai encore eu dans mon cabinet cette semaine une petite fille de 12 ans, dont les deux grandes sœurs sont étudiantes, et qui a deux parents qui travaillent beaucoup. Conséquence, il y a des soirs où elle se plaint de rester seule assez longtemps. Le problème, c'est qu'elle n'a pas encore la maturité pour cela.

LCI : Finalement, ces parents ne demandent-ils pas un peu trop tôt à leurs enfants d'être autonomes ?

Béatrice Copper-Royer : Ils estiment que leurs enfants n'ont plus besoin de baby-sitter puisqu'ils vont à l'école tout seul... Pour eux, ils ont donc acquis une certaine autonomie. Or, c'est souvent un âge où sur le plan affectif, on a encore besoin d'une présence rassurante. Un enfant qui rentre du collège aime bien raconter sa journée d'école ou ce qui lui passe par la tête. Surtout lors du goûter, qui reste un moment très important dans la journée.

Un enfant débrouillard n'est pas forcément mature sur le plan affectifBéatrice Copper-Royer

LCI : Quelles peuvent-être les conséquences de l'absence des parents à la maison ?

Béatrice Copper-Royer : Certains enfants trouvent que c'est bien de se retrouver seul à la maison parce qu'ils s'imaginent qu'ils vont pouvoir faire ce qu'ils veulent. Mais c'est un leurre. Ils le pensent, et en réalité la présence d'un parent leur manque. Tout dépend bien sûr de la personnalité de chaque enfant mais pour certains, cette absence va être source d'anxiété. Je le vois tous les jours dans mon cabinet. Ainsi, j'ai eu en thérapie une jeune fille de 13, 14 ans qui tout d'un coup ne voulait plus se déplacer seule, prendre le métro, elle était devenue anxieuse à l'idée d'être loin d'un repère rassurant. Le problème, c'est que cette anxiété ne s'exprime jamais sur le moment, mais une, voire deux années plus tard. C'est de toute façon une tranche d'âge à surveiller : ils ne sont plus tout petits mais pas encore assez grands. Et un enfant débrouillard n'est pas forcément mature sur le plan psycho-affectif.

LCI : Que répondre à ces enfants quand ils reprochent à leurs parents de ne pas être suffisamment là ?

Béatrice Copper-Royer : Quand un enfant pose cette question-là, il faut toujours creuser un peu. Pourquoi pose-t-il cette question ? Que lui manque-t-il ? La présence de ses parents ou une communication insuffisante... Car parfois, même quand les parents sont avec leurs enfants, ils ne sont pas très disponibles. Ainsi, il y a pas mal de parents qui travaillent maintenant chez eux, mais ce sont de fausses présences. Une heure à discuter et à lire avec son enfant est bien plus utile que trois heures passées à côté de lui, sans réelle interactivité.

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