"C'était un petit enfer" : les migrants soulagés après l'évacuation du campement de La Villette

"C'était un petit enfer" : les migrants soulagés après l'évacuation du campement de La Villette

Société
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REPORTAGE - Plus de 1000 personnes ont été mises à l'abri, mercredi 30 mai, après l'évacuation du campement sauvage de la Porte de la Villette à Paris. Mais si les migrants se disent majoritairement soulagés de quitter ce "petit enfer", ils s'inquiètent de leur avenir.

Moussa glisse la tête à travers la fermeture éclair de sa tente. Il est à peine 6h du matin et des dizaines de CRS, agents de préfecture et bénévoles associatifs s'emploient à réveiller les occupants du large campement du "Millénaire". Ils seraient 1600 Soudanais, Erythréens, Somaliens ou encore Tchadiens à vivre entassés sous le périphérique qui enjambe le canal Saint-Denis, près de la porte de la Villette. Une évacuation très attendue qui intervient après une longe querelle entre la Ville et le gouvernement, qui n'ont eu cesse de se rejeter les responsabilités.


Les tentes se vident les unes après les autres et les files d'attente s'allongent face aux cordons de CRS. Vers 6h30, Moussa sort finalement de son abri, deux cabas sous le bras et deux poches sous les yeux. Il n'a pas dormi de la nuit. Il n'a pas dormi de la semaine en fait. "C'est trop dur, raconte ce jeune homme de 18 ans, originaire du Tchad. Regardez autour de vous : les poubelles s'entassent, il n'y a pas de toilettes et on doit se partager un seul point d'eau". 

Mais qu'est-ce qu'ils vont faire de nous ? Nous renvoyer chez nous ?Moussa

Aujourd'hui, Moussa est soulagé de quitter le campement, mais il s'inquiète pour la suite. "Ça ne peut pas être pire qu'ici, reconnaît-t-il. Mais qu'est-ce qu'ils vont faire de nous ? Nous renvoyer chez nous ?" La préfecture a précisé que ces hommes - les mineurs isolés et les femmes sont pris en charge par la Ville - seraient mis à l'abri quelques jours dans des gymnases franciliens le temps d'étudier leur situation administrative.


"Beaucoup de gens sont partis depuis hier (mardi), certains ont eu peur", raconte Martine, une bénévole qui a passé la nuit sur le campement. "On ne sait pas ce qui va se passer après, on craint [...] surtout une reprise de la chasse à l'homme qu'on avait vue il y a six mois pour empêcher les gens de replanter leur tente". Et les chiffres confirment les craintes de Martine : seuls 1016 migrants ont été évacués lors de l'opération contre les 1600 initialement annoncés.

Les personnes n'ont qu'une envie, c'est de quitter ce lieu d'indignité humainePierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile

Sadou, lui, a accepté la mise à l'abri. Ce jeune Malien de 27 ans, habillé d'un long manteau noir, a les traits tirés. Il est arrivé la semaine dernière sur le campement. "Bien suffisant, lâche-t-il, petit sourire en coin. C'est un petit enfer ici. Les gens sont nombreux et entassés les uns sur les autres". Pour lui c'est avant tout le logement qui pose problème : "C'est très difficile de dormir sous les tentes, surtout avec la pluie". 


"Les personnes n'ont qu'une envie, c'est de quitter ce lieu d'indignité humaine où ils vivaient depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois au milieu des détritus et des excréments", abonde Pierre Henry, le directeur général de France Terre d'Asile. Aux alentours de 8h, les derniers migrants avançaient sur les pavés du quai du Lot, vers les bus, pour être acheminé vers une des 24 structures d'accueil mobilisées par les autorités en Ile-de-France. 

Situations examinées dans les prochains jours

"Leur situation sera vraisemblablement examinée dans les prochains jours, nous indique une source à la mairie de Paris. Il y aura deux 'blocs' : d'un côté les primo-arrivants qui pourront demander l'asile et être mis à l'abri en Centre d'accueil et d'orientation (CAO) ou en Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada). De l'autre les 'dublinés' et les déboutés du droit d'asile qui risquent l'expulsion".

L'Etat doit avoir un dispositif d'accueil solide pour la suiteDominique Versini, adjointe à la maire de Paris

Mais une question reste en suspens :  comment éviter que de nouveaux campements sauvages ne se forment dans la capitale, alors que le préfet a annoncé la fermeture des deux autres campements parisiens ? En rouvrant un centre humanitaire de premier accueil, sur le modèle de celui installé pendant un an et demi à la Porte de la Chapelle, assure-t-on à la Ville. "C’est la seule option si l’on veut éviter les campements", estime la maire de Paris Anne Hidalgo. Et son adjointe Dominique Versini d'ajouter  : "L'Etat doit avoir un dispositif d'accueil solide pour la suite".


Une pique à l'attention de Gérard Collomb qui, dans le même temps, ne se gênait pas pour qualifier "d'anomalie" le fait que 95% des personnes mises à l'abri à Paris [étaient] hébergées hors de la capitale". La guerre des responsabilités n'était visiblement pas prête de se terminer.

Loin de ces préoccupations, à 9h, les camions-bennes, ainsi que les agents de la ville de Paris, ont remplacé les migrants et les journalistes. L'heure est désormais au nettoyage des quais pour enlever tentes, sacs de couchages et détritus, en espérant ne pas avoir à réitérer l'opération.

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