Paris : au campement de Stalingrad, des habitants s’organisent pour aider les migrants

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REPORTAGE – Alors que le campement de Stalingrad continue de grossir, des habitants s’organisent pour venir en aide aux migrants. Abla, 60 ans, vient ainsi tous les matins depuis deux mois pour offrir le petit-déjeuner. LCI l'a rencontrée.

Samedi 29 octobre, 8h. Paris commence tout juste à sortir de son sommeil. Comme tous les matins, Abla vient d’installer son caddie devant le numéro 48 de l'avenue Flandre. Face à elle,  des centaines de tentes, isolées à la hâte avec des bâches ou des couvertures de survie, s'entassent sur plus de 700 mètres. De l’autre côté du trottoir, du linge sèche sur des fils tendus entre deux arbres.

Foulard enroulé autour de la tête et lunettes rectangulaires sur le nez, Abla commence à s’agiter. Confiture, jus de fruits, café, thé, lait chaud… tout est prêt. Elle lance un dernier coup d'oeil vers la cagette en bois posée sur le caddie où se trouvent les baguettes, s’élance dans des grandes foulées vers les tentes avant de taper des mains et de crier en arabe : "A table, c’est l’heure de manger". 

Tous les matins depuis deux mois

Quelques bruits de zips viennent alors s’ajouter au ronflement des moteurs de voiture. Doucement, plusieurs hommes commencent à sortir la tête de leurs tentes. Séances d’étirements pour les uns, copieux bâillements pour les autres. Un peu plus loin, trois personnes se brossent les dents à la va-vite au-dessus d’une bouche d’égouts. Certains ont dormi à même le sol, dans des sacs de couchage. D'autres, plus "chanceux", ont déniché des matelas de fortune et quelques couvertures.

Tous les matins depuis deux mois, Abla apporte le petit déjeuner aux migrants qui se sont installés à Stalingrad. "Les associations n’arrivent pas jusqu’ici, alors on vient donner un coup de main", explique-t-elle en servant le café. "Merci maman", lui répond un homme lorsqu’elle lui tend la tasse. "Tout le monde m’appelle maman ici", s’amuse-t-elle.  

Entre l'avenue de Flandres et les métros Jaurès et Stalingrad, les files devant les marmites des distributions de repas s'étirent inexorablement ces derniers temps. "Il y a trois jours, on distribuait 700 à 800 repas. Aujourd'hui, on est à plus de 1.000, confie Charles Drane de l’Adra France.

C’est dur de voir la misère ici, alors on fait ce qu’on peut pour aider- Nadia, une habitante du quartier

Abla est rapidement rejoint par Nadia et Nicole, elles aussi habitantes du quartier. Arrivée la première, Nadia pousse un caddie rempli de nourriture. "Le café est dans la cocote minute", dit-elle, foulard bleu éléctrique autour des cheveux. Ici, c’est la débrouille. "C’est dur de voir la misère ici, alors on fait ce qu’on peut pour aider." "On ne peut pas juste baisser les yeux et espérer qu'ils partent", abonde Nicole, chaudement habillée d'une doudoune et d'une parka kaki.

Alors qu'une file d'attente commence à se former, deux migrants viennent aider les trois femmes à étaler le Nutella sur les tartines de pain et à servir le café. C’est le cas de Migo, un Libyen arrivé en France depuis seulement deux semaines. "C'est normal d'aider ceux qui viennent nous aider", lâche-t-il d’un ton plein d’humilité. "Parfois, il y en a qui viennent, qui aident pendant deux heures et qui ne mangent même pas", s'émeut Nicole.

Selon les associations et la préfecture, ils sont aujourd’hui entre 2000 et 2500 migrants à Stalingrad. Il y a quelques jours, le campement s’arrêtait au numéro 36. Aujourd’hui, ça monte jusqu’au numéro 50. Une évacuation aura lieu "dans les jours qui viennent", affirme-t-on à la Ville de Paris. Elle aura lieu "d'ici le 15 novembre, même peut-être avant", précise le préfet d'Ile-de-France.  François Hollande a lui-même confirmé samedi matin que les camps de Paris allaient être évacués.

Mais Abla en est sûre, les campements reviendront après. Et elle compte bien continuer à aider les futurs arrivants. "Je me suis même inscrite à Emmaüs", lâche-t-elle convaincue, sourcils froncés. 

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