Paris : au lycée Jean-Quarré, un toit et une trêve pour les migrants

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REPORTAGE - Après les campements de fortune sous le métro de la Chapelle, devant la halle Pajol ou dans les jardins d’Eole, l’errance des migrants à Paris se poursuit. Environ 300 d’entre eux occupent à présent un lycée désaffecté dans le 19e arrondissement. Ce jeudi, metronews est allé à leur rencontre.

Najib essaie d’énumérer chaque pays par lequel il est passé avant d’atterrir en France. Mais les dix doigts de ses deux mains ne suffisent pas. Alors, son histoire, il préfère encore la dessiner. Un crayon de bois derrière l’oreille droite, ce jeune Afghan de 19 ans trempe consciencieusement un long pinceau dans des pots de gouache et prend le temps de peindre son périple en couleurs, sur un mur du lycée désaffecté où il a élu domicile.

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Comme 300 autres migrants environ, il vit en ce moment dans ce bâtiment scolaire vide, anciennement lycée Jean-Quarré, situé à deux pas de la Place des Fêtes (19e arrondissement de Paris). Après les expulsions ces derniers mois des campements de la Chapelle, de la halle Pajol ou encore des jardins d’Eole, plus au nord de la capitale, c’est ici que le collectif de soutien "La Chapelle en lutte" a décidé d’amener ces Erythréens, Soudanais et Maghrébins, pour la plupart demandeurs d’asile, vendredi 31 juillet. Parmi eux, six femmes et quatre enfants en bas âge.

L’occupation des lieux, pour l’heure tolérée par la mairie de Paris, est paisible. Dans les couloirs, le calme a remplacé le chahut des élèves. Les salles de classe font office de dortoirs, où les occupants ont disposé quelques serviettes, au sol, pour se reposer. Certains écoutent de la musique, à faible volume, d’autres achèvent un repas sous les rayons du soleil qui tapent derrière les vitres. A l’extérieur, pulls et pantalons fraîchement lavés sèchent sur les grilles de la cour de récréation, tandis qu’un petit groupe d’hommes, qui a déniché un ballon de basket, enchaîne tranquillement les paniers.

"Au moins, ma vie n'est pas en danger"

En haut de l’escalier, Ayoub, 20 ans, attend que la queue devant les casseroles de pâtes diminue pour aller prendre son déjeuner. Ce Soudanais s’estime heureux d’avoir un toit sur la tête et de pouvoir, un peu, laisser ses soucis devant la grille du lycée. "Ma famille est restée au Soudan, je suis le seul à être parti. Mais personne n’est en sécurité là-bas. Moi, je suis parfois à la rue mais au moins, ma vie n’est pas en danger." Ce midi, s’il patiente jusqu’à la fin du service, il risque de ne pas pouvoir manger. La veille, déjà, il n’y avait pas assez de nourriture pour tout le monde.

Mais dehors, le quartier se mobilise. Des voisines, mères de famille, viennent d’arriver avec leur cabas remplis de victuailles. "On aide comme on peut. Ça nous fend le cœur de les voir si démunis." En chœur, les deux amies proposent à une troisième, qu’elles ne connaissaient pas jusque-là et qui, elle aussi, veut donner un coup de main : "On peut vous aider à rapporter les sacs de courses, s’ils sont trop lourds pour vous." En face d'elles, les migrants épuisés n'ont pas de mots assez forts pour les remercier. Alors, ils sourient.

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