Paris : le service Vélib' confié à un "spécialiste des crises" pour survivre à l'été

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DERNIÈRE CHANCE - La mairie de Paris donne deux mois à Smovengo pour tenter de sauver Vélib', laissant planer l'hypothèse d'une rupture de contrat. Pour y parvenir, le gestionnaire du service au bord du gouffre a nommé Arnaud Marion, un spécialiste des restructurations d'entreprises, président exécutif du consortium.

Une semaine après la fin annoncée d'Autolib', l'ultimatum pour Vélib'. L'autre grand service de partage lancé sous l'ère Delanoë, en pleine déroute depuis sa reprise par le consortium Smovengo en janvier dernier, n'a plus que deux mois pour sauver la situation. L'exécutif parisien a fait savoir jeudi que Smovengo avait jusqu'à septembre pour parvenir à redresser la situation, laissant planer l'hypothèse d'une rupture de contrat. "Nous préférons nous projeter vers un service qui fonctionne mais si les dysfonctionnements devaient perdurer au-delà de septembre, nous devrons en tirer les conséquences", a déclaré, sans donner davantage de précisions, l'adjoint aux Transports Christophe Najdovski auprès de certains médias. 


La société a présenté à la municipalité un plan d'action destiné à endiguer les multiples problèmes qui touchent le service et qui ont fait littéralement fondre le nombre d'abonnés au cours des derniers mois. Pour l'heure, les statistiques officielles ne sont pas très encourageantes. Le 27 juin, 11.000 trajets ont été enregistrés, contre plus de 100.000 déplacements quotidiens en moyenne il y a un an. Quant aux stations, objets d'innombrables difficultés techniques, 790 d'entre elle étaient officiellement opérationnelles à cette date, alors qu'on en dénombrait 1.260 sous la gestion de l'ancien opérateur JCDecaux. 

Un expert en "situations complexes"

Pour tenter d'empêcher le naufrage, le consortium Smovengo a nommé ces derniers jours à la présidence exécutive Arnaud Marion, un expert en "stratégie et restructuration d'entreprises", dont le cabinet londonien Marion & Partners Ltd est "spécialiste des crises et du changement". Dans un communiqué, Smovengo a fait valoir que ce dirigeant issu du monde de l'audit et du conseil disposait "d'une large expérience des situations complexes et d'une capacité reconnue à adapter les modèles économiques en période de crise". 


Arnaud Marion est intervenu sur plusieurs dossiers sensibles, du groupe agroalimentaire Doux (qui vient d'être repris par un consortium après une liquidation judiciaire) au groupe de presse Hersant, en passant par le fabricant de pain Neuhauser. 


Sollicité par LCI, Arnaud Marion n'a pas répondu directement. "Il aura pour mission le déploiement et la stabilisation du service, le pilotage de l'entreprise et d'être l'interlocuteur de toutes les parties prenantes", nous a indiqué un porte-parole, se bornant à paraphraser l'annonce officielle faite le 26 juin. "La société ne communique pas", nous a-t-on précisé. "Nous nous concentrons sur notre action."

Grand flou

Aucune précision sur les objectifs que Smovengo doit remplir d'ici septembre n'a en outre été fournie. Sollicité, l'adjoint parisien aux Transports Christophe Najdosvki ne nous avait pas répondu vendredi. 


"La Ville avait déjà fixé un ultimatum en mars, et en mai", ironise la conseillère de Paris LFI Danielle Simonnet, qui "s'interroge" auprès de LCI sur la stratégie du consortium qui ne semble "pas pressé" de rétablir le service et qui a licencié, début juin, les ex-salariés grévistes de Cyclocity (filiale de JCDecaux). L'élue, qui réclame la fin du contrat et le passage en régie municipale, estime que la mise à mort d'Autolib' a constitué un "très mauvais signe" de la part de la municipalité. "Ils sont en train de se débarrasser de ces services pour en faire le terrain de jeu de groupes privés", anticipe l'élue. 


En attendant, les élus du Conseil de Paris semblent relativement sceptiques sur la possibilité de maintenir le contrat avec Smovengo au-delà de septembre. Avec ou sans l'aide d'un expert en situation de crise. 

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