Paris : Les églises, du pain bénit pour les publicitaires

Paris : Les églises, du pain bénit pour les publicitaires

A VOTRE BON COEUR - La Ville de Paris vote ce lundi lors du Conseil de Paris une Convention d’occupation du domaine public, lui permettant d'installer de la publicité… sur trois églises parisiennes. Cette dérogation doit permettre de financer leur restauration. Explications.

Elles se dressent, fièrement, dans Paris. Elles ont de l'allure, c'est sûr, les églises de Paris. D'immenses façades et frontons vierges de toute inscription. Alors quel plus beau support pour une publicité bien ciblée ? Comment mieux mettre en valeur une montre de luxe, un smarpthone, une grosse voiture ? Du pain... bénit pour les annonceurs, mais qui leur était jusqu'à présent interdit. Qu'ils se rassurent : cela va changer.

La Ville de Paris doit en effet voter ce lundi une convention avec les monuments de la Madeleine, Saint-Eustache (1er) et Saint-Augustin (8e). Un contrat qui prévoit la pose de publicité sur les échafaudages entourant ces trois églises. De quoi faire financer une partie des chantiers de rénovation.

Mécénat et publicité

Paris prévoit en effet des travaux de restauration d'une vingtaine d'édifices cultuels pour un montant de 110 millions d'euros. Là-dessus, la Ville prend en charge 80 millions, l'Etat 10 millions. Mais des "financements externes" sont aussi recherchés, à hauteur, donc, de 20 millions d'euros. Quels sont-ils ? La réponse est dans le texte que va soumettre la municipalité au conseil de Paris : "Ils reposent à la fois sur du mécénat et sur la mise en place de bâches publicitaires sur les échafaudages de travaux dont les recettes sont affectées à la restauration de l’édifice."

Retournement de veste, pour une municipalité qui a toujours mis en avant sa volonté de lutter contre la publicité à outrance ?  Au niveau juridique, l'article L 581-2 du Code de l'environnement interdit la pose de publicité sur des monuments historiques ou protégés. Mais une dérogation est possible, celle sur laquelle joue la mairie : "L'autorité administrative chargée des monuments historiques peut autoriser l'installation de bâches d'échafaudage comportant un espace dédié à l'affichage. Les recettes perçues par le propriétaire du monument pour cet affichage sont affectées au financement des travaux." Un filon que la Ville entend sans doute continuer à exploiter : Bruno Julliard, indique ce week-end dans le JDD qu'il "entend mettre des publicités sur la façade du théâtre du Châtelet qui a besoin d’être rénové".

Le diocèse de Paris donne sa bénédiction, pas EELV

Après un appel d'offres, c'est l'entreprise JC Decaux qui a été retenue pour poser des bâches sur les églises Saint-Augustin et Saint-Eustache . Le groupement Art-Boulevard/Lioté/Luminance l'a emporté pour l'église la Madeleine . La Ville percevra les recettes publicitaires sous forme d'une redevance mensuelle (respectivement de 97.857 euros, 42.692 euros et 65.000 euros), et une part variable, liée au nombre de publicités accueillies. Les premières bâches devraient être installées à partir de novembre, pour des travaux qui dureront entre six mois et un an.

Et le diocèse de Paris est bien loin de crier au blasphème. Il a même donné sa large bénédiction à la démarche. "On fait le constat que les églises de Paris ne sont pas en bon état et que même avec la meilleure volonté du monde on n'arrive pas à réunir les subsides publics nécessaires à leur rénovation", indique à metronews Philippe de Cuverville, directeur général des affaires économiques du diocèse.  "On est pragmatique, on essaie de trouver des solutions."

"On promeut un modèle de société jetable !"

Le diocèse a ainsi poussé pour cette convention d'occupation de panneaux publicitaires. "Il y a va du patrimoine de la France, de la Ville. On a tous intérêt, habitants, passants, touristes, pratiquants à avoir des églises en bon état". Des garde-fous sont toutefois prévus : chaque campagne d'affichage sera étudiée au cas par cas, et doit recueillir l'accord de la Ville et de l'adjoint à la Culture Bruno Julliard, mais aussi du curé de la paroisse concernée, ainsi que du diocèse.

La Convention sera étudiée lors du Conseil de Paris qui commence ce lundi. Et devrait passer sans anicroche, même si les écologistes et le Parti de Gauche font entendre des voix discordantes. "Paris laisse la publicité envahir la ville et on promeut un modèle de société jetable !", a ainsi lancé Yves Contassot, conseiller EELV de Paris sur Twitter, tandis que Danielle Simonnet (PG) s'est emportée dans un communiqué "Paris noyée sous la pub, ça suffit !" et entend déposer un voeu contre le recours de la Ville à ce type de publicité .

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