Paris : mais pourquoi les migrants reviennent-ils toujours s'installer à Stalingrad (et pas dans le 16e) ?

Paris : mais pourquoi les migrants reviennent-ils toujours s'installer à Stalingrad (et pas dans le 16e) ?

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MIGRANTS - Une opération de "contrôle administratif", prélude à une évacuation dans les prochains jours, a été menée lundi matin sur le campement de migrants installé à Stalingrad, au nord-est de Paris, où 2000 personnes dorment depuis plusieurs jours. Pourquoi cet endroit est-il devenu le point de ralliement des migrants ?

Opération de contrôle, lundi matin, sur le campement de Stalingrad à Paris. Tôt le matin, les CRS ont débarqué, encerclé les tentes, demandé les papiers des migrants présents. Détruit des tentes. Une opération de "vérification de la situation administrative" de la part des forces de l’ordre. Une de plus, qui augure d’un démantèlement dans les prochains jours. En un an, ce sera presque la 30e opération d’évacuation du campement. Un éternel recommencement, qui fait se succéder inlassablement l’arrivée de migrants, le développement d’un camp, un démantèlement avec relogement et, très rapidement, dans la foulée, le retour de nouveaux migrants. 


Depuis quelques années et le début de cette crise migratoire, la géographie des campements parisiens bouge, s’adapte, connaît des flux et des reflux, mais reste grosso modo dans le même périmètre, à quelques stations de métro près : il y a d'abord eu le campement de la Chapelle, une vingtaine de tentes à l’origine, qui a fini par grossir avant d'être évacué en juin 2015 ; puis Stalingrad, Jaurès, la Halle Pajol ou les jardins d'Eole… Au fil des évacuations, les forces de l’ordre ont parfois cherché à rendre les lieux moins accessibles, comme avec l’installation de grillages sous le métro aérien de Stalingrad. 

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Les migrants se sont alors rabattus sur le terre-plein de l’avenue de Flandres, se sont décalés vers Jaurès, le quai de Jemmapes, mais aussi sur le terre-plein de Stalingrad, sur l’esplanade de la Villette. S'adaptant en permanence, toujours à la recherche du bout de trottoir où poser leur tente. Et ces derniers jours, dans la foulée du démantèlement de la "jungle" de Calais, le camp de migrants de Stalingrad a grossi, et accueille aujourd’hui près de 2500 personnes, principalement des Erythréens, Soudanais ou Afghans selon la Ville de Paris. "C’était évident : d’après MSF, 6000 personnes ont été évacuées à Calais, qui comptait 9000 migrants. Où sont les autres ?", questionne Héloïse Mary, présidente de l'association du BAAM (Bureau d'accueil et d'accompagnement des migrants), qui intervient sur place.

Il y a tout à proximité !Héloïse Mary, du BAAM

Mais pourquoi les migrants convergent-ils systématiquement vers ces quartiers de Paris nord ? Pour Héloïse Mary, la réponse est évidente : "Tout simplement parce qu’il y a tout à proximité ! C’est dans le quartier qu’il y a un maximum d’institutions qui peuvent les aider pour ce dont ils ont besoin." Des associations, d’abord, comme France Terre d’Asile : leur service d’assistance sociale et administrative est à Max-Dormoy, dans le 18e arrondissement tout proche, et leur centre d’accueil pour demandeurs d’asile est encore plus près, rue Marc-Seguin. Les arrivants sont aussi non loin de la porte de Clignancourt, où se trouve la préfecture de police, qui accorde les titres de séjour. Joue aussi la proximité avec la gare du Nord, où passent et arrivent les trains vers l’Angleterre. Et avec ça, l’espoir, pour certains migrants, d’arriver à se glisser dans l’un d’eux. Le métro aérien offre en outre, malgré le bruit et la saleté, une certaine protection contre la pluie. C'est sans doute pour ces raisons que, voilà quatre ou cinq ans, les premiers campements se sont installés et ont fait tache d’huile. 


Ceci-dit, malgré sa persistance, le campement de Stalingrad n’est pas le seul dans Paris. D’autres sont apparus, ont été dissous, se sont reconstitués. En 2009, il y a ainsi eu les réfugiés afghans qui ont investi le quai de Jemmapes (à proximité de Stalingrad), dans la foulée du mouvement des Enfants de Don Quichotte. Leur campement est resté un an avant d’être démantelé. Depuis mai dernier, une ribambelle de tentes sonne le retour.  Il y a aussi les campements de Saint-Ouen, un campement rom installé depuis septembre 2015 et qui a compté jusqu’à 600 habitants, avant d'être été évacué le 21 octobre dernier ; il y avait eu, aussi, le camp de migrants de la gare d’Austerlitz, évacué en septembre 2015. Mais, encore aujourd’hui, des tentes subsistent.  

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