Pas assez de m2, trop d'habitants : de plus en plus de logements surpeuplés en France, alerte la Fondation Abbé Pierre

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RAPPORT - La Fondation Abbé Pierre dévoile ce mardi son 23e rapport sur le mal-logement en France, qui met notamment l'accent sur le surpeuplement. Un phénomène en forte hausse ces dernières années.

Année après année, une situation toujours aussi inquiétante. La Fondation Abbé Pierre rend public ce mardi son 23e rapport sur l’état du mal-logement en France. En le présentant à la presse le 18 janvier dernier, le délégué général de la Fondation, Christophe Robert, et son directeur des études Manuel Domergue avaient dressé un bilan alarmiste. Si le nombre de Français concernés par le mal-logement est quasiment identique à celui de l’an dernier, à savoir 4 millions de personnes, ils sont au total près de 12 millions à se trouver dans une situation de fragilité par rapport à l'habitat dans lequel ils vivent.

2,7 millions de ménages en situation de surpeuplement

Si le mal-logement se traduit par différents cas de figures, des appartements insalubres par exemple, ce sont surtout les cas de surpeuplement qui se multiplient ces dernières années dans l’Hexagone. Ainsi, entre 2006 et 2013 selon le rapport de la Fondation Abbé Pierre, le nombre de personnes concernées a nettement progressé, avec près de 7.656.000 personnes habitant dans un logement en surpeuplement "modéré", à savoir un logement à qui il manque une pièce (contre 6.865.000 en 2006, soit une hausse de 11,5%). 934.000 personnes sont quant à elles en situation de surpeuplement "accentué" (contre 797.000 en 2006, une hausse de 17,2%), c’est-à-dire concernées par un manque de deux pièces ou plus dans un logement trop petit par rapport au nombre de personnes. En tout, 8,6 millions de personnes vivent en situation de surpeuplement.


Selon l’Insee, ce sont près de 2,7 millions de ménages qui sont dans cette situation en France, soit 8,5% de la population. Pire selon l'institut de statistiques, près de 217.570 ménages sont dans une situation de surpeuplement accentué, contre 2.446.350 en situation de surpeuplement modéré. Un phénomène qui se manifeste à des degrés divers, dans différentes configurations de logement. Ainsi, il concerne aussi bien les locataires d’un logement social type HLM ou autre, les locataires du secteur "libre", ceux qui sont logés gratuitement, les sous-locataires ou encore les propriétaires et accédants à la propriété.

Les jeunes les plus touchés par le surpeuplement

Selon le rapport de la Fondation Abbé Pierre, cette situation ne convient bien évidemment pas à ces personnes, 66% des ménages qui sont en situation de surpeuplement accentué souhaitant changer de logement, contre seulement 27% des ménages en moyenne. Sans surprise, certaines tranches d’âge sont plus exposées que d’autres au surpeuplement. Si seulement 3,5% des 55 ans et plus sont concernés, la proportion est beaucoup plus forte en dessous de 34 ans : 11,3% des 30-34 ans et 15.3% des moins de 30 ans sont victimes de surpeuplement.


Très fréquente depuis plusieurs décennies, la séparation du couple engendre souvent une baisse des revenus de part et d’autre, et parfois des situations de surpeuplement. Ainsi, 18% des familles monoparentales vivent dans un logement surpeuplé, contre 7% des familles traditionnelles. Concernant les familles recomposées, ce sont 10% qui sont touchées par cette situation. Les ménages immigrés sont également fortement touchés par le surpeuplement : 29% d’entre eux sont dans cette situation d’après l’Insee en 2013, contre 7% pour les non immigrés.

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La minute pour comprendre : le mal-logement

La baisse des APL, une raison "purement budgétaire"

Concernant les actions entreprises par le gouvernement actuel, Christophe Robert et Manuel Domergue estiment que la politique consistant à tout miser sur un hypothétique "choc de l'offre", autrement dit une forte hausse de la construction de logements, n'est pas la solution, tout comme la diminution de 5 euros des APL pour les bénéficiaires, une décision dont la raison est à leurs yeux "purement budgétaire". Cependant, les deux responsables  saluent la volonté du président Emmanuel Macron, réitérée lors de son allocution du 31 décembre, de faire en sorte qu'il n'y ait plus de sans-abri en France, tout en se montrant "prudents" sur les méthodes du gouvernement pour y parvenir.


Parmi les solutions proposées par la Fondation Abbé Pierre, Christophe Robert estime que le surpeuplement doit faire partie des critères prioritaires dans l'attribution des logements dans le cadre du Droit au Logement Opposable (DALO), tout en rendant les logements globalement plus abordables, que ce soit via le prix des loyers ou la mobilité des ménages. Enfin, la direction de la Fondation pointe également le fait que près de 45% des ménages sont sous-peuplés et disposent d'un logement trop grand pour eux, quand d'autres auraient davantage besoin de ces grands espaces, notamment les familles nombreuses.

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