"Pas d'honneur pour les tueurs" : une quinzaine de militantes féministes manifestent devant le Zénith contre la venue de Cantat

REPORTAGE - Une quinzaine de militants et militantes féministes se sont réunis ce jeudi soir pour manifester contre la venue de Bertrand Cantat au Zénith de Paris. De leur côté, certains fans du chanteur ont appelé à le "laisser tranquille", évoquant le "droit à l'oubli".

Plusieurs dizaines de personnes se suivent dans la grande allée du parc de la Villette. Sur le chemin, un guitariste affublé d’un t-shirt vert et d’un pantalon pourpre interprète les plus célèbres morceaux de Bertrand Cantat. Ce jeudi soir, l’ex-leader de Noir Désir, condamné pour la mort en 2003 de sa compagne Marie Trintignant, se produit au Zénith de Paris. "Je suis venue voir un artiste sur scène, c’est tout", nous confie Myriam, 36 ans, à quelques heures du début du concert. 

 

Un concert qui ne fait pas l’unanimité, certaines voix s’élevant pour réclamer que le chanteur reste dans l’ombre. "Mais laissez le tranquille à la fin, rétorque Mathilde, une infirmière de 47 ans, à des journalistes lui demandant pourquoi elle est venue. Il a purgé sa peine, il a le droit à l'oubli, le droit de vivre comme tout le monde, point !". 

"Pas d'honneur pour les tueurs"

Si tout se passe dans le calme devant la salle de concert, l’ambiance est tout autre à quelques dizaines de mètres de là. Devant l’entrée du métro de la porte de Pantin, une quinzaine de militantes et militants féministes se sont donné rendez-vous. Ils souhaitent ainsi marquer leur indignation et leur refus de voir Cantat en pleine lumière. "Pas d'honneur pour les tueurs", "la musique adoucit les meurtres" ou "Marie Trintignant ne sera plus jamais applaudie", pouvait-on lire sur des banderoles. Certains brandissaient des photos de l'actrice.

 

"On ne peut pas dissocier l'homme de l'artiste puisque l'oeuvre même d'un artiste, il y met de sa personne", estime Marion Georgel, une porte-parole de l'association "Osez le féminisme". Initialement prévu devant le Zénith, le rassemblement a été déplacé "pour la sécurité des militantes", précisément à cause d'un trop grand nombre de messages d'insultes et de menaces reçus. Un appel au rassemblement similaire avait conduit l'Olympia à annuler les deux concerts de Cantat prévus le 29 et 30 mai, par crainte de "risques sérieux de troubles à l'ordre public". D'où la reprogrammation au Zénith.

"Merci à vous d'être là malgré tout"

Un peu plus tard, dans un Zénith à moitié rempli (3.000 personnes environ, autant d'hommes que de femmes), Bertrand Cantat a quant à lui tenu à remercier ses fans. "Merci à vous d'être là malgré tout. Excusez-nous d'être pris en otages comme vous l'êtes", a-t-il déclaré, avant de s'en prendre à "ceux qui ne sont pas là pour des bonnes raisons" et aux journalistes. "Vous avez quelque chose contre moi. Si certains sont en train de jubiler, il n’y a aucune limite à quel point je vous emmerde...", a-t-il lancé.


Bertrand Cantat a été condamné à huit ans de prison en Lituanie. Transféré en France, il a été libéré en 2007 après avoir purgé plus de la moitié de sa peine. Icône rock française, le chanteur bordelais a progressivement repris son activité publique à partir de 2010, avec un album et une tournée avec le groupe Detroit suivi de la sortie, en décembre, de son premier album solo "Amor Fati".

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