Péage urbain : "Un utilisateur qui paye utilisera mieux l'infrastructure"

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INTERVIEW - Le gouvernement souhaite permettre aux collectivités locales d'expérimenter le péage urbain afin de gérer le trafic dans les grandes agglomérations. Pour l'économiste Marc Ivaldi, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales de Toulouse, ce système aurait de nombreuses vertus.

Après Londres, Milan, Rome et Stockholm, les agglomérations françaises vont-elles expérimenter à leur tour le péage urbain ? C'est en tout cas une piste envisagée par le gouvernement, qui souhaiterait étendre la possibilité pour les collectivités locales de tester ce mode radical de gestion du trafic. 


Si la loi permet déjà aux villes de mettre en oeuvre un tel dispositif expérimental pour une durée limitée à trois ans, cette mesure relativement impopulaire n'a pas convaincu les décideurs politiques. Pour l'économiste Marc Ivaldi, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales de Toulouse, elle permettrait pourtant de fluidifier le trafic dans les agglomérations et de réduire les coûts liés à la congestion. 

LCI : Quel est, selon vous, le principal avantage du péage urbain ?

Marc Ivaldi : Aujourd'hui, l'accès aux grandes villes est gratuit. La route est financée par l'impôt. Or un utilisateur qui paye utilisera mieux l'infrastructure. Le dispositif du péage urbain peut orienter ses choix et permettre de mieux articuler l'utilisation du véhicule particulier et des transports en commun. Par exemple, instaurer une tarification intelligente, comme un péage urbain aux heures de pointe, de 6 à 9h du matin, et autour de 19 h le soir, inciterait les entreprises à mieux gérer les flux de leurs salariés, et forcerait les retraités à ne plus utiliser leur véhicule à ces heures-là. Vous pouvez également faire varier en fonction du type de véhicule ou du nombre de passagers, afin de favoriser le covoiturage. Le péage urbain est un système ancien : autrefois, on payait un octroi pour le passage d'un pont, et cela permettait d'entretenir le pont. En outre, on ne voit pas pourquoi on installerait des péages sur les autoroutes et non en ville, où les infrastructures sont davantage sollicitées.

LCI : Quelle est le contrepartie d'un tel dispositif ?

Marc Ivaldi : Cela suppose qu'on ait des routes... Il y a de nombreux endroits où les infrastructures sont très insuffisantes. Les grandes villes françaises sont congestionnées car les grands axes permettant le trafic sont saturés. Si l'on fait payer un service qui ne fonctionne pas, cela ne peut pas marcher.

LCI : Instaurer un péage peut être vécu comme discriminant. A ce titre, une grande ville comme Paris s'y refuse pour l'heure...

Marc Ivaldi : Quand Anne Hidalgo ferme les berges à la circulation, elle crée déjà une sorte de péage. Augmenter la congestion pour dissuader les automobilistes de rentrer dans Paris, cela a un coût. A Toulouse également, nous avons calculé que les habitants perdaient 1.60 euro chaque matin dans les transports. C'est une façon de gérer les choses. Mais on peut aussi préférer un prix explicite. Avec le péage urbain, vous choisissez ou non de payer.

LCI : Des villes comme Milan ou Stockholm ont réduit leur trafic grâce au péage. L'argument environnemental peut-il être avancé ?

Marc Ivaldi : On ne va pas régler le problème de la pollution avec ce genre de dispositif. Le coût dont on parle, c'est celui du temps que vous perdez chaque jour dans les embouteillages.

Le projet de loi sur les mobilités sera étudié ce printemps.

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