Pesticides : quand l'envie de se mettre au vert tourne au cauchemar

SOCIÉTÉ

TEMOIGNAGE - L'association Générations Futures publie ce jeudi une carte qui recense près de 400 témoignages de victimes de pesticides en France. L'occasion pour metronews de recueillir celui de Patricia, qui vit depuis quinze ans en pleine zone d'arboriculture intensive.

"C'était un petit village avec une âme". Lassés d'Orléans et de son centre-ville bruyant, Patricia Techmanski, son époux Raphaël et leur deux enfants, se sont installés en 2000 à Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau du chef-lieu du Loiret. Et ils s'y sont "tout de suite sentis bien", confie la mère de famille à metronews. Les rangées des vergers s'étalent à perte de vue. 

Pour s'intégrer, la petite famille va à la rencontre des agriculteurs, qui cultivent la pomme, la poire et la cerise de façon intensive. "Naïvement, nous avons consommé des kilos de pommes", poursuit-elle. "Dans les années 2000, on ne se posait pas trop de questions. Les agriculteurs ne voulaient pas trop parler des pesticides qu'ils utilisaient. Ils nous disaient qu'ils ne mettaient pas grand-chose".

"Un liquide bleu, jaune, qui coule le long des fenêtres"


Mais avec le temps, le couple commence à s'interroger. Du soir au matin, on pulvérise les piétons, les cyclistes, les voitures, les voisins. "Il y a ce gros nuage de matières volatiles, qui se renforce avec le vent. Ça prend à la gorge. Et cette odeur, insupportable", raconte la quadragénaire, responsable administrative et financière au sein d'une collectivité territoriale.

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"Ça devient de plus en plus contraignant. Parfois, il est impossible de rester en terrasse". Il faut fermer les fenêtres dans la précipitation, faire rentrer les animaux de compagnie et plier le linge qui sèche au vent. "Quand ils traitent, une voisine aperçoit un liquide bleu, jaune, couler le long de ses fenêtres", raconte Patricia.

Epandages pendant la récréation

Et un jour, c'est la prise de conscience. "En rentrant de l'école, ma fille m'a expliqué qu'à la récréation, la maîtresse leur avait fait mettre la main sur la bouche et leur avait demandé de s'abriter dans la salle de classe". Des champs jouxtent l'école et les épandages ne s'arrêtent pas quand les enfants jouent dans la cour.

"J'ai commencé à prendre peur", poursuit la mère de famille, qui décide de se rapprocher de la mairie. Une "pseudo-médiation" est lancée, pour demander à l'agriculteur de modifier ses créneaux horaires d'épandage. En vain.

"Un sujet tabou"

"Je me suis retrouvée devant un sujet tabou. Au fur et à mesure, en entrant en contact avec les élus, j'ai pris conscience que je ne pourrai rien faire, puisque ces mêmes élus, qui se retrouvaient dans toutes les instances locales, étaient ces mêmes agriculteurs. Tout le système était complètement verrouillé", s'offusque Patricia.

Aujourd'hui, Patricia Tchemanski est incapable de dire si ces années d'expositions aux pesticides ont eu un impact sur sa santé et celle de sa famille. "Est-ce que les maladies de peau, les problèmes respiratoires ont un lien? Je ne peux pas vous le dire, ça serait malhonnête. Peut-être qu'un jour on le découvrira, mais il sera trop tard", répond-elle. Patricia a choisi de s'engager auprès de l'ONG de défense de l'environnement Générations Futures, qui vient de publier la carte de France des victimes des pesticides .

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