"Plan Marshall" pour les banlieues : où est passé l'argent ?

SOCIÉTÉ
FACT-CHECKING – Dix ans après les émeutes des banlieues, "metronews" a voulu savoir ce qu’il restait du plan Espoir Banlieues, annoncé en grande pompe par Nicolas Sarkozy en 2008, dans le but de "casser les ghettos".

Dans la droite ligne des émeutes des banlieues, survenues il y a dix ans quasiment jour pour jour, apparaissait la "Dynamique Espoir Banlieues" (DEB). Un vaste plan interministériel, annoncé par Nicolas Sarkozy en 2008 et porté par Fadela Amara, alors secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la ville. Le but affiché ? Mobiliser les administrations dans 215 quartiers prioritaires, œuvrer pour "l’égalité des chances" et "casser les ghettos".


A l’époque, le budget alloué à ce "plan Marshall" semble conséquent. "Un milliard d’euros sur trois ans", promet Fadela Amara, tandis que 500 millions d’euros sont d’ores et déjà prélevés sur l’enveloppe du Grenelle de l’environnement pour désenclaver les quartiers. Mais encore aujourd’hui, le montant du plan Espoir Banlieues reste bien flou. Un manque de clarté que n’a d’ailleurs pas manqué d’épingler un rapport incisif de la Cour des Comptes en 2012. Et alors que Clichy-sous-Bois n’en finit plus de pleurer la mémoire des jeunes Zyed Benna et Bouna Traore, dont la mort à l’issue d’une course poursuite avec la police a embrasé les banlieues en 2005, l’heure est au bilan.


Emploi


Mesure phare du plan Espoir Banlieues, le contrat d’autonomie vise l’accompagnement de 100.000 jeunes de 16 à 25 ans issus des quartiers prioritaires, vers un emploi ou une formation qualifiante avec une entreprise. Mais selon un rapport de la Cour des Comptes en date de 2012, seuls 25% des 41.000 contrats finalement signés ont en fait débouché sur un emploi, soit 10.250 embauches.


Quant aux entreprises, elles étaient attendues au tournant. Coca-Cola, BNP Paribas ou encore L’Oréal s’étaient engagées à réserver chez eux des postes pour les jeunes des quartiers. Sur la période 2008-2010 étaient donc prévus 40.000 créations d’emplois, 10.000 contrats d’alternance et 13.000 stages. Or, trois ans après sa mise en place, en 2011, le dispositif dénombrait seulement 16.000 embauches, 2800 alternances et 3500 stages, selon les derniers chiffres disponibles du ministère du Travail.

La copie est à revoir sur la question de l'emploi. Objectifs surestimés ou moyens insuffisants ? En tout cas, les résultats ne sont pas au rendez-vous.


Education


Grande nouveauté du plan : les internats d’excellence. Présents partout en France, ils accueillent en priorité les élèves scolarisés en zone urbaine sensible. Le premier établissement de ce type ouvre ses portes en 2009 à Sourdun (Seine-et-Marne). On espère dans son sillage la création de 4000 places en cinq ans. Un objectif largement rempli puisqu’à ce jour, ces établissements, renommés "internats de la réussite" en 2013, concernent environ 20.000 élèves issus des quartiers.


Cheval de bataille de Fadela Amara, le "busing" était annoncé en grandes pompes en 2008. Le principe ? Emmener en autobus des élèves d’une ville vers une autre, pour créer de la mixité sociale. Prévu dans 50 quartiers, il n’a finalement été mis en œuvre que dans cinq établissements. Trop cher, le dispositif est finalement définitivement abandonné en 2011.

Bilan mitigé. Si les internats d’excellence font désormais partie du paysage scolaire, l’expérimentation du "busing" n’aura décidément pas fait long feu.



 

Sécurité


En 2008, le plan Espoir Banlieues entend renforcer les effectifs de police en Seine-Saint-Denis, où se sont déroulées les émeutes. Grégory Goupil, du syndicat Alliance Police, se souvient d’efforts considérables : "On a vu arriver huit UTeQ (Unité territoriale de quartier, ndlr) de vingt policiers chacune, précise-t-il à metronews, et 250 nouveaux effectifs dans les Compagnies de sécurisation et d’intervention (CSI)."


Mais depuis, les moyens humains ont drastiquement diminué. Les Brigades spécialisées de terrain (BST), qui remplacent les UTeQ en 2010, ne tournent plus qu’à quinze policiers. Quant aux CSI, elles ont perdu une centaine d’hommes, au profit des services de renseignements et de contrôles aux frontières. "Le plan Espoir Banlieues, c’était une bonne chose, mais il n’y a pas eu de suivi au long cours", déplore le syndicaliste. "Si des émeutes éclataient à nouveau, on aurait du mal à faire face."

Des mesures qui tombent à plat. Les gros efforts des débuts se sont délités avec le temps. En matière de sécurité, le plan Espoir Banlieues ressemble fort à un effet d’annonce.


Transports


Le chantier du "barreau de la Gonesse", qui vise à relier les lignes B et D du RER, a été enclenché bien avant la Dynamique Espoir Banlieues. Mais le "plan Marshall" de Fadela Amara permet d’accélérer et de concrétiser les travaux. Ayant pour but de désenclaver les territoires, cette liaison très attendue devrait voir le jour à l’horizon 2020.


Quant au débranchement du Tramway T4 vers Clichy-sous-Bois et Montfermeil, il est déclaré d’utilité publique en 2013. Si le projet a pris du retard, il sera néanmoins opérationnel en 2017, selon l’Union des transports publics et ferroviaires.

Bilan positif. Le plan Espoir Banlieues a donné un second souffle à des projets de longue haleine, qui prendront vie d’ici à cinq ans.


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