Plus de 200 victimes chaque année : Julie, maman d'un bébé secoué, témoigne

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TEMOIGNAGES - Le nombre de bébés secoués en France ne faiblit pas. On estime leur nombre à plus de 200 chaque année, à être victime d’un véritable choc traumatique, dû à une violente secousse. Julie Jacquart, maman d’un bébé secoué par sa nounou, raconte la souffrance de vivre avec ça, sans pouvoir pour autant trouver d’explications.

Elle parle, elle a encore la voix qui tremble. Ce sont des chocs qui restent une vie. Julie Jacquart est la maman d'un bébé qui a été "secoué". Une petite fille qui, à 4 mois, a été hospitalisée pour un choc. 


C’était il y a 5 ans. Deux jours d'hospitalisation, deux jours entiers, pour les parents, à se demander ce qui était arrivé à leur fille. Puis, le verdict est tombé : le bébé a été secoué. Le choc. "Ca m’est tombé sur la tête", raconte Julie Jacquart à TF1. "Je ne comprenais pas ce que cela voulait dire. Je ne voyais pas du tout ce que j’aurai pu faire, je me revoyais avec le cosy, en train de la balancer un jour en marchant, si cela pouvait être ça."

C’est un acte horrible et je n’ai pas eu de réponseJulie Jacquart, maman d'un bébé secoué

En réalité, sa fille a été victime d’un choc beaucoup plus violent. Une enquête est ouverte. Les soupçons portent d’abord sur son mari. Puis un jour, Julie reçoit une lettre de la juge. C’est en fait la nourrice qui est responsable, et qui a reconnu les faits. Julie s’effondre. 


Depuis, elle essaie de comprendre. Pourquoi ce geste ? Comment ? Lors du procès, elle a vu la nounou, qui lui a demandé pardon. Mais n’a pas donné d’explications. "Je n’en aurai jamais", souffle Julie. "C’est un acte horrible et je n’ai pas eu de réponse. C’est très, très frustrant." La nounou a été condamnée à 7 ans de prison. Mais Julie doit, depuis, vivre avec ça. 


Chloé a aujourd’hui 5 ans. Elle a gardé de lourdes séquelles de l’accident. Depuis ses 6 mois, elle alterne les séjours à hôpital et les centres de rééducation. "Quand on pense qu’à son âge  on devrait être en classe, jouer... Elle, elle travaille", car elle est atteinte de gros troubles moteurs, raconte Julie. "C’est très difficile de voir ça. Très difficile." La jeune maman aussi, a gardé des traumatismes. Elle a eu deux autres enfants depuis, mais il lui est impossible  de les confier à des tiers. "La confiance en l’autre, je ne l’ai plus du tout", avoue Julie.

On n'est pas sur des criminels qui cherchent à faire du mal à l'enfantLaëtitia Dhervilly, vice-procureur

Le syndrome du bébé secoué est peu médiatisé. Pourtant ils sont environ 200 chaque année à en être victime, selon des estimations faites par les médecins, un nombre qui ne faiblit pas. Ces bébés ont en moyenne 4 mois et demi, et sont dans 68% des cas des garçons. Le plus souvent, c’est le père qui est l’auteur du choc (50% des cas), la mère (30%), ou la nounou (20%). 


La particularité des cas de bébés secoués, est que les juges ont face à eux des profils qui sont tout sauf des criminels. Plutôt des anonymes, de toutes les catégories sociales, toutes les origines, qui, à un moment "pètent les plombs". "Ce sont souvent les gardiens de l’enfant, qui, à un instant T, ont fait ce geste irréversible", explique à TF1 Laëtitia Dhervilly, vice-procureur et chef de la section des mineurs au parquet de Paris. "On n’est pas sur des criminels qui cherchent à faire du mal à l'enfant. Ils n’avaient aucune intention de donner la mort ou de faire du mal." Le plus souvent, ce sont les pleurs, les cris du bébé qui font basculer. Et la faiblesse du parent en face qui n’arrive pas à gérer. "Cela peut toucher davantage des communautés où il y a un isolement, comme les mères seules, qui sont plus fragiles souvent", détaille la vice-procureur.


Dans ces affaires, les aveux sont difficiles à obtenir. Car il est dur, pour un parent, d’amettre qu’il a fait du mal à son enfant. "Il y a un processus psychologique de rejet de l’acte qu’on a commis", estime Laëtitia Dhervilly. "Une sorte de conflit entre l’amour maternel ou paternel, le fait de ne pas vouloir faire du mal, et cet acte qui est extrêmement violent. C’est humain."


Face à ces affaires, la prévention est trop peu présente. C’est sur ce volet qu’essaie d’alerter l’association Tatiana, qui travaille depuis deux ans sur le sujet. Leur slogan est fort – "Secouer n’est pas calmer. Secouer, c’est handicaper" - , les images choc. Pour rappeler qu’un bébé qui pleure, c’est normal. Et que le geste est, toujours, irréversible. Plus de deux enfants sur 10 ne survivent pas au syndrome du bébé secoué.  

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