Polémique du Progrès : fiche-t-on les Roms?

Polémique du Progrès : fiche-t-on les Roms?

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DISCRIMINATION – Le quotidien régional Le Progrès a provoqué un tollé, ce mardi, en publiant une infographie sur le palmarès des nationalités impliquées dans les actes de délinquance dans le Rhône. SOS Racisme, la Licra et le MRAP vont porter plainte. La raison de leur émoi : le fichage des "Roms".

Rien n'arrête Le Progrès ? La publication d'une infographie, dans son édition de mardi, pointant les nationalités délinquantes dans le Rhône, a provoqué un tollé. Et pour cause. On peut y lire notamment que les "Roms et gens du voyage" seraient les premiers auteurs des vols de ferraille, ou que les braquages seraient en général l’œuvre de "locaux" (sic). Les trafics de stupéfiants seraient, eux, l'apanage de "groupes de cités" (sic), ainsi que de "Marocains" et "d'Albanais".

Problème, "si les statistiques en fonction des nationalités ne sont pas illégales, celles basées sur les origines raciales et ethniques le sont", nous rappelle l'avocat de l'association La Voix des Roms, maître Henri Braun. Le Progrès aurait donc pu s'en tirer avec les qualificatifs de "Roumains" et d'"Albanais". Mais là où il commet une erreur, c'est dans la mention de "Roms" ou de "Gens issus de la communauté du voyage", explique l'avocat. 

"Une caricature du racisme", pour la Licra

La direction du journal a bien tenté de se défendre en citant un précédent qui avait fait moins de vagues : la "carte du crime organisé" publiée par le quotidien Le Monde  en décembre 2013, qui attribuait déjà des nationalités et des appartenances ethniques aux organisations criminelles. A l'époque, les journalistes s'appuyaient sur un rapport du Sirasco (le Service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée de la Police judiciaire). Le Progrès signale également cette source comme l'inspiration de son infographie. Sauf qu'à aucun endroit il n'était question de "Roms" sur la carte du Monde.

Le quotidien du Rhône n'échappera donc pas au dépôt de plainte. De la part de l'Association SOS Racisme d'abord, pour des faits de fichage ethno-racial, diffamation raciale ou provocation à la haine raciale et à la discrimination. "Effaré" par une affaire qu'il juge "lamentable", le vice-président de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), a également annoncé à metronews l'engagement de poursuites. "Légalement, même la mention des nationalités se discute", nous affirme Philippe Schmidt. Qui s'insurge : "Rien que le titre de cette infographie, 'Délinquance, chacun sa spécialité', on est dans la caricature du racisme ! Où est la limite ?"

Le MRAP du Rhône va porter plainte

Contacté par metronews, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples ( MRAP ) du Rhône nous a annoncé quant à lui qu'il comptait bien déposer une plainte. "C'est avec colère que nous avons pris connaissance de cet article, nous répond Jean-Philippe*, porte parole du MRAP Rhône. Nous avons contacté notre avocat et nous allons effectivement porter plainte". L'homme nous le confirme : c'est bien sur la mention de "Rom" que le bât blesse. Et s'interroge : s'agit-il simplement d'une maladresse de la part du journaliste ? Où cela vient-il "de statistiques ethniques qui existent chez la police" ?

Sur ses sources, la direction de la rédaction explique simplement avoir "interrogé les services de police, de gendarmerie et des douanes qui [leur] ont donné les grandes tendances basées sur leurs observations et les arrestations". Des grandes tendances, donc, mais pas de chiffres officiels.

"La police qui procède à un profilage ethnique en toute illégalité"

Une version clairement mise en cause par l'association "La Voix des Roms". Son président, Saimir Mile, contacté par metronews, en est persuadé : "Le Progrès publie des données communiquées par la police qui procède à un profilage ethnique en toute illégalité", assène-t-il. C'est également l'avis de l’avocat de l'association. Maître Henri Braun nous rappelle en effet qu'il avait déjà porté plainte "il y a quelques années, contre un fichier qui s'appelait Minorités Ethniques Non Sédentaires ( MENS ) et qui recensaient notamment les Roms et les gens du voyage". Une pratique qui serait toujours d'actualité, selon ce dernier. 

Pour autant, cette association réfléchit encore à déposer une plainte contre le journal. Non pas qu'elle ne le souhaite pas. Mais son président, amer, s'interroge : "Serait-ce vraiment efficace ? Cela aurait un sens s'il s'agissait d'une simple dérive. Or, là c'est tout un système qui ne va pas", nous explique-t-il, avant de lâcher, exaspéré : "Que peut-on faire ? S'en prendre aux commissariats ?"

*A sa demande, son nom de famille ne sera pas communiqué. 

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