Pollution : le gouvernement milite pour les transports alternatifs… mais laisse les assos pro-vélo sur le bord de la route

Pollution : le gouvernement milite pour les transports alternatifs… mais laisse les assos pro-vélo sur le bord de la route

SILENCE ASSOURDISSANT - Il y a quelques jours, cinq associations qui œuvrent pour la pratique du vélo ont envoyé une lettre ouverte à la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal. Elles s’inquiètent de ne pas avoir reçu leurs subventions, et parlent plus largement d’un désintérêt total de l’Etat sur ce sujet.

"C’est surtout ce silence… On ne comprend pas." Olivier Schneider est président de la FUB, la fédération des usagers de la bicyclette. Ce qu’il ne comprend pas, c’est que depuis des semaines, il essaie de contacter le ministère de l’Environnement pour savoir pourquoi son association n’a toujours pas reçu la subvention qu’elle touche depuis 10 ans. Il a appelé, rappelé. "J’ai eu plein d’interlocuteurs, je connais tout le cabinet de Mme Royal", raconte Olivier Schneider à LCI. "Personne n’est capable ou n’a le courage de me donner une réponse claire. J’ai l’impression d’être un emmerdeur, alors que je ne demande qu’à ce que ce que nous faisons depuis 10 ans soit respecté."

La FUB n’est pas la seule à se poser des questions sur ses subventions. Cinq autres associations qui militent pour le développement du vélo (L’heureux cyclage, France vélo tourisme, Véloroutes et voies vertes, Départements et régions cyclables) et font partie, avec une quinzaine d'autres, de la Coordination interministérielle pour le développement du vélo, s’inquiètent, en cette fin d’année, de n’avoir pas reçu leurs habituelles subventions. Pour comprendre, elles ont envoyé une lettre ouverte à la ministre Ségolène Royal, le 8 décembre dernier. Elles s’y étonnent de ce silence, d’autant que le gouvernement clame haut et fort son souhait, dans sa lutte contre la pollution, d’inciter aux modes de transport alternatifs. Alors ça fait mauvais genre.

On ne comprend pas un tel silence- Olivier Schneider, président de la FUB

"C’est toujours compliqué avec les subventions", reconnaît Olivier Schneider. Ces aides, qui permettent aux associations de développer leurs activités, sont à chaque fois octroyées pour l’année en cours. "En temps normal, on dépose un dossier en février-mars, alors que le quart de l’année est déjà passé et que nos activités sont engagées. Mais normalement, le ministère nous 'notifie' en juin, en nous signalant qu’on a bien déposé un dossier, qu’ils sont d’accord ou pas avec la demande et sur le montant." Des sortes de promesses de don, sur lesquelles se basent les assos pour se développer. 

Mais, estime Olivier Schneider, "la situation s’est fortement dégradée depuis quelques années" : "Les services nous notifient de plus en plus tard. En 2015, on l'a été le 25 octobre, alors qu’on avait déjà réalisé 80% de nos activités..." Cette année, les associations pensaient qu’il en serait de même. Mais elles n'ont toujours vu rien venir. "Le souci est qu’on est mi-décembre", s’inquiète Olivier Schneider. "Le 7 décembre, c’était la date de clôture comptable, après laquelle le ministère ne peut plus décider de verser quelque chose pour 2016. On se dit qu’il y a un vrai problème."

Pour l’instant, tous les appels et lettres ouvertes au ministère n’ont rien donné, ou entretenu le grand flou. "On n’a pas eu de refus, juste un silence assourdissant", assure le président de la FUB. "On espère que c’est dû à une surcharge d’activité. Mais du point de vue des relations de confiance, on ne comprends pas un tel silence." Un silence qui paraît aux associations d’autant plus étrange que la somme demandée reste modeste, 300.000 euros pour les six structures concernées – l’une d’elle n’a pas pu signer la lettre ouverte. Et surtout, la pratique était quasi institutionnalisée depuis 10 ans. Ces associations sont en effet chapeautés par une Coordination interministérielle pour le vélo, créé par l’Etat en 2006.  "L’Etat nous octroyait un budget pour faire avancer le vélo, mener les politiques nationales pour sa promotion", explique Olivier Schneider. "Chacune des structures effectuait sur son créneau une sorte de délégation de service public, remplissait des missions que l'Etat ne faisait pas. C’est moins cher et plus efficace pour lui de s’appuyer sur des associations qui existaient déjà." Aurait-il été décidé d’arrêter les frais pour certaines ? Olivier Schneider ne comprend pas. "S’ils avaient des reproches à nous faire, ils auraient pu nous le dire il y a quelques mois, et on aurait pu rebondir."

En temps de crise écologique et sanitaire, notre utilité est pourtant grande- Olivier Schneider, président de la FUB

Car si leurs subventions sont amenées à sauter cette année, boucler 2016 s’annonce compliqué. "Chez FUB, cela représente un tiers de notre budget", détaille Olivier Schneider. "On va devoir arrêter certaines activités qu’on avait engagées sur la base de ces financements, comme les vélos–écoles, où l’on apprend aux gens et enfants à faire du vélo en ville. C’est pourtant indispensable quand on voit la sédentarisation des publics."  Surtout, cette coupe budgétaire obligerait ces petites structures aux budgets serrés à licencier leurs salariés. "On parle de 6 ou 7 personnes au total, ce n’est pas énorme, mais ce sont les personnes les plus compétentes de France en terme de vélo. Ce serait une perte de matière grise incroyable, un pas en arrière énorme", dit le président. "En temps de crise écologique et sanitaire, notre utilité est pourtant grande." 

Mais plus largement, le procédé pose question sur "la considération du deux-roues et de sa pratique par le gouvernement, alors même qu’il prêche le recours aux modes de transports doux", écrivent les associations dans leur lettre ouverte. "La France n’a pas vraiment de politique cyclable volontariste : la coordination interministérielle du vélo ne consiste qu’en une personne", dénonce Olivier Schneider. "Pourtant, il y a un vrai enjeu économique, mais aussi d’emploi, d’éducation nationale, de santé publique." 

Après la lettre ouverte, qui est restée pour l’heure sans réponse, les associations ont demandé à leurs antennes locales d’écrire à leurs élus. Plusieurs se sont saisis du problème. Jeudi, le parti EELV a ainsi interpellé dans un communiqué le gouvernement sur "cette situation ubuesque". Mais le ministère de l’Environnement, que LCI a tenté en vain de contacter, reste pour l’instant silencieux. "On a l’impression de se  battre pour 50 millions d’euros", soupire Olivier Schneider. "Mais là, soyons sérieux, on parle de 300.000… A côté de ça, l’Allemagne alloue à sa structure dédiée 3 millions de budget annuel."

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