Pollution : pourquoi la France ne veut pas toucher au diesel

Pollution : pourquoi la France ne veut pas toucher au diesel

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ENVIRONNEMENT – Le diesel serait en grande partie responsable des émissions de particules fines qui polluent l'air en Ile-de-France et plus généralement dans l'Hexagone. Pour autant, la prédominance de ce carburant dans le parc automobile français semble impossible à remettre en cause.

C'est un problème dont les politiques n'aiment pas prononcer le nom. Le diesel, roi des carburants en France, est responsable de 70% des émissions de particules fines issues du trafic routier. Pressés par le récent pic de pollution en Ile-de-France, les politiques n'ont eu d'autre choix que de relancer le débat. Faut-il en finir avec sa prédominance en France ? Sur ce point, tout le monde semblait d'accord lundi. A commencer par les deux candidates à la mairie de Paris, qui ont chacune dégainé lundi leurs séries de mesures, allant de la "zone d'action prioritaire" à "l'éradication" pure et simple du gazole dans la capitale.

A droite comme à gauche, chacun s'est renvoyé la responsabilité d'avoir "dieselisé" l'atmosphère. C'est Nathalie Kosciusko-Morizet, la "ministre polluante de l'écologie, qui a favorisé le diesel" sous Nicolas Sarkozy, attaque David Assouline, porte-parole du Parti socialiste. C'est "l'insuffisance de la municipalité de gauche" qui laisse rouler "les 4x4 diesel", réplique NKM. Même les écolos en prennent pour leur grade, accusés par la candidate PS Anne Hidalgo d'avoir passé une commande de 300 bus diesel. "Une accusation scandaleuse ! ", s'insurge la ministre Cécile Duflot.

Un vieille histoire d'amour

Plus personne ne veut donc du diesel, racine de tous les maux. Pas si facile, pourtant, de tourner la page. Pour preuve, durant ces trente dernières années, ni la droite, ni la gauche n'ont osé y toucher. Car la France a une "dette" envers le diesel : en 1980, pour sauver l’industrie automobile hexagonale, le gouvernement a poussé les constructeurs français à produire des voitures roulant avec ce carburant, plus chères mais qui consomment moins. Et pour appâter les clients, l'Etat a appliqué au diesel une fiscalité particulièrement avantageuse par rapport à l'essence. Sans y revenir depuis.

A la pompe, le diesel coûte toujours près de 20 centimes de moins que l'essence. Un manque à gagner de 7 milliards d'euros par an pour l’Etat. Qui se retrouve bien embarrassé pour les récupérer : 60% du parc automobile français roule désormais au gazole. Remettre en cause le diesel, c'est donc taper au porte-monnaie des automobilistes et sur l'industrie automobile, déjà en crise.

Le diesel "n'est pas prioritaire" pour le ministre de l'Ecologie

Nicolas Sarkozy avait bien tenté de mettre en place des "zones d'action prioritaires pour l'air", pour interdire la circulation des véhicules les plus polluants. Mais impossible de toucher aux possesseurs de vieilles voitures roulant au diesel sans défavoriser les classes moyennes. La mesure a donc fait long feu. François Hollande s'est à son tour cogné au mur du diesel. Son ancienne ministre de l'Ecologie, Delphine Batho, a en partie payé de sa place sa volonté de rééquilibrer la fiscalité des carburants et de mettre en place l'écotaxe. Malgré sa promesse, le président socialiste n'a pas non plus inclus cette disposition dans son budget 2014, un rétropédalage qui a valu à la majorité une de ses plus grosses crises au sein de son mariage avec les vVerts.

Le sujet n'est plus tabou, promet aujourd'hui l'actuel ministre de l'Écologie, Philippe Martin. Ce dernier a annoncé ce week-end vouloir rencontrer "bientôt" Renault et PSA Peugeot Citroën pour parler de leur stratégie industrielle en terme de diesel. Pas sûr pour autant que le gouvernement s'attaque frontalement au problème : le diesel n'est pas "l'élément prioritaire", a tempéré le ministre lundi.

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