Pour la première fois, des naturistes à la fête de l’Huma : mais que vont-ils donc y faire ?

SOCIÉTÉ
WTF ? – L’annonce peut paraître loufoque : pour la première fois, les naturistes seront présents à la fête de l’Humanité, qui se déroule le week-end prochain à la Courneuve. Mais quel rapport entre naturisme et politique ? LCI a demandé à un pratiquant…

Des gens tout nus à la fête de l’Huma, vous croyez ça ? Et pourtant. Pour la première fois, les naturistes auront leur stand au grand raout politico-musicalo-populaire, qui a lieu ce week-end à la Courneuve. Et ils ne devraient pas passer inaperçus : leur stand sera presque en face de la grande scène. 


Mais quel rapport, direz-vous, entre ces militants du nu, et cette grande fête populaire ? Le naturisme serait-il politique ? Particulièrement militant ? A vocation sociale ? "Nous sommes apolitiques, on cherche juste à développer une image positive du naturisme", précise à LCI Yves Leclerc vice-président de la Fédération française de naturisme.   Et là, l’occasion était trop belle : "La fête de l’Huma, c’est un énorme rassemblement populaire, 600 000 personnes, la plus grosse concentration de jeunes après les Vieilles Charrues". Et donc un énorme potentiel de force de frappe.  


"Une liberté fondamentale : être nu"

Car depuis quelques années, le naturisme veut se montrer. Et communique de plus en plus largement, et professionnellement. "On a une image un peu vieillotte de pratiquants soixante-huitards attardés", reconnaît Yves. "Mais depuis 2014, on a embauché une attachée de presse, et on cherche aussi à faire valoir nos atouts : les naturistes représentent un poids touristique et économique : 2 millions de pratiquants français et plus de 2 millions d’étrangers qui viennent en France pour le naturisme. Forcément, ça rejaillit sur le tissu économique local." 


Le discours est donc de mieux en mieux rodé, pour ce mode de vie qui défend "la protection d’une liberté fondamentale naturelle : celle d’être nu". Lors de l’appel à projet, les organisateurs de la fête de l’Huma ont sans doute un peu tiqué. "Mais on avait un bel argument", sourit Yves Lecerc :  "L’affiche officielle de la fête de l’Huma représente, au premier plan, un couple de naturistes !  C’est nous !" Coïncidence ? Acte manqué du graphiste ? Quoi qu’il en soit, la participation a été actée.


La Fédération française de naturisme et l’association Naturisme en liberté vont donc aligner leur stand avec ceux d’autres associations, comme les Restos du cœur, ou Médecins sans frontières.  Malgré tout, le côté social du naturisme ne vous saute pas aux yeux ? Et pourtant.  C’est bien mal connaître ce courant, né au début du XXe et institutionnalisé en 1944 par Albert Lecoq. Qui a même été reconnu d’utilité publique par le socialiste Léo Lagrange, en 1936, sous le Front populaire. "L’idée du naturisme, c’est de s’affranchir des barrières et contraintes sociales", explique Yves Leclerc. "Le vêtement, quoi qu’on en dise, a toujours une connotation sociale, selon qu’on les achètent chez Décathlon, ou chez Sonia Rykiel. Sans vêtement, le PDG et l’ouvrie sont sur un pied d’égalité. On se montre tel qu’on est, on voit les autres tels qu’ils sont." 


Encore plus forts : les naturistes seraient même les premiers écologistes. Ce qui est somme toute assez logique, dans cette logique de retour aux sources : "Forcément, une règle de base est de respecter l’environnement", explique Yves Leclerc. "Quand on est dépouillé de ses vêtements qui nous protègent, on est fragile, face à la nature. On est bien plus en communion avec l’environnement." 


Fort de ces valeurs, le courant, à en croire la Fédération, se porte bien. Et même de mieux en mieux. Car si le nombre de licenciés –environ 25 000– reste plutôt stable, la pratique du naturisme ne cesse de se développer. Avec des profils qui évoluent.  "Depuis 5 ans, on a une progression de 3 ou 4% de nouveaux pratiquants chaque année, essentiellement des jeunes couples avec enfants en bas âge", se réjouit Yves Leclerc. "Il est vrai qu’avant, ça stagnait un peu sur les seniors. Mais le naturisme est complètement dans l’air du temps, cet art de vivre est en adéquation avec ce que les jeunes recherchent." 


Un camping naturiste est l’endroit le plus asexué qu’on puisse trouverYves Leclerc

Reste que les naturistes ont toujours interpellé. Peut-être notre côté voyeur, ou notre appétence pour l’insolite… qui font que la pratique est souvent considérée comme légère, ou loufoque. "Le problème, c’est que notre éducation judéo-chrétienne considère que la nudité est forcément sexuelle, ou en tout cas un appel à la séduction", analyse Yves Leclerc. "Pourtant, un camping naturiste est l’endroit le plus asexué qu’on puisse trouver : grands-parents, enfants, hommes et femmes, nus, ça n’a plus du tout le même aspect."


Et forcément, la pratique entre en résonance avec la polémique qui a agité l’été : le burkini. Là-dessus, la position est claire : "Nous prônons l’égalité sociale, sans discrimination, de jeunes, de vieux, de femmes ou d’hommes… Par définition, on ne peut pas être en accord avec une idéologie qui dit que l’homme a le droit d’être torse nu, en maillot, et pas la femme", indique le vice-président. "Mais la meilleure façon de défendre la liberté, ce n’est pas de la restreindre. Ce n’est pas du rôle de l’Etat de décréter comment se baigner. " Quoi qu'il en soit, dans tout ce débat sur le textile, l’avantage du naturisme, c’est que la question ne se pose pas…

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