Pourquoi l’algorithme de Uber pénalise les chauffeurs femmes qui du coup gagnent moins que les hommes

Pourquoi l’algorithme de Uber pénalise les chauffeurs femmes qui du coup gagnent moins que les hommes

SOCIÉTÉ
DirectLCI
SOCIOLOGIE - Une étude américaine montre que les femmes chauffeurs gagnent moins que les hommes. Et cette différence s’explique par l’algorithme, qui reproduit, bien malgré lui, des inégalités qui existent dans la société.

Uber, c’est un système de chauffeurs indépendants. Où chaque conducteur est libre de choisir ses courses, et ses horaires. Où le client ne choisit pas son conducteur. Donc où, a priori, il n’y a aucune distinction entre les sexes. 


Et pourtant... il apparaît que chez Uber, hommes et femmes n’ont pas le même traitement : une étude américaine menée par des chercheurs des Universités de Stanford et Chicago, repérée par les Echos, révèle que entre un chauffeur Uber homme et un chauffeur Uber femme, l’écart de salaire chaque heure est de 7%. 


Comment expliquer cette différence ? L'algorithme de Uber ne prend évidemment pas en compte les sexes, ce qui serait illégal. En fait, révèle l’étude, il reproduit, bon gré mal gré, des différences, sociologiques ou comportementales qui existent déjà dans la société. Trois explications à ça. Petit résumé de l'étude "The gender earnings gap in the gig economy : evidence from over a million rideshare drivers".

1. Avoir de l'expérience ou non sur la plateforme

Alors oui, prendre en charge un passager  et le conduire à son but est relativement simple. Mais il s’avère que l’expérience du chauffeur peut conduire à de grandes différences en la matière. L’étude montre que les chauffeurs acquièrent de l’expérience jusqu’à au moins 2.500 trajets. Au-delà, ils commencent à avoir une bonne maîtrise de l’algorithme, savent quelle course accepter ou refuser, le meilleur rapport entre le temps passé à se rendre sur le lieu du client, si une autre course sera proposée rapidement s’il en rejette une... Autant de faits empiriques, qui permettent d’optimiser l’application, mais ne s’apprennent qu’après une longue utilisation. Un conducteur qui a fait plus de 2500 voyages gagne 14% de plus par heure qu'un conducteur qui a effectué moins de 100 courses, indique l’étude.


Et là-dessus, il apparaît que les conducteurs masculins passent plus de temps que les femmes à travailler avec l’application, environ 50% de plus. Il apparaît encore que les femmes sont plus novices dans ce métier : elles ont souvent rejoint la plateforme depuis moins de deux ans, tandis que les hommes ont investi ce métier depuis plus longtemps.

2. Suivant le lieu et l’heure de travail

Les lieux de travail et les créneaux horaires jouent sur le nombre et la qualité des courses des chauffeurs Uber. Et il s’avère que là encore, hommes et femmes ne font pas les mêmes choix. Il apparaît que selon les données fournies par les milliers de courses étudiées, les hommes ont tendance à conduire dans les secteurs les plus lucratifs, où il y a plus de monde, et des débits de boissons. Des secteurs que les chauffeurs femmes fréquentent moins, pour plusieurs raisons. 


"C'est en grande partie parce que les conducteurs masculins ont tendance à vivre à proximité d'endroits plus lucratifs et parce que les hommes ont moins de scrupules à conduire dans des zones où le taux de criminalité est plus élevé et où il y a plus de débits de boissons", explique l'étude. 


En clair, relève l’étude, les femmes habitent plus souvent dans des quartiers  au niveau de vie moins élevé, et que lors de leur travail, elles s’en éloignent peu, pour éviter trop de frais d’essence en conduisant à vide. Et dans ces quartiers, moins favorisés, il y a moins de clients, moins de pouvoir d’achat. Les femmes travaillent aussi moins souvent la nuit, où les tarifs sont plus élevés. Sans doute, note l’étude, explicable par le fait qu’elles ont des contraintes sans doute plus fortes, liées à leur emploi du temps, que ce soit familial, ou qu’elles aient un autre travail. 

3. Une histoire de vitesse

C’est mathématique : augmenter la vitesse permet de faire plus de courses, et donc plus de gains.  Le fonctionnement de Uber offre ainsi une sorte de prime à la vitesse, et le formalise d'ailleurs à certains moments, avec une sorte de prime à la rapidité, ou au nombre de courses effectuées. Et il apparaît que les hommes conduisent 2, 2% plus vite que les femmes. Les femmes mettent aussi plus de temps à prendre en charge leurs clients, indique l’étude.


Autant de différences, sociologiques ou de pratique de la plateforme, qui permettent d'expliquer cette différence de salaire perçu entre hommes et femmes chez les chauffeurs Uber.

Plus d'articles

Lire et commenter