"Faire semblant d'être normales" : pourquoi l’autisme est mal diagnostiqué chez les filles

"Faire semblant d'être normales" : pourquoi l’autisme est mal diagnostiqué chez les filles

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AUTISME - Si les statistiques montrent que la majorité des personnes atteintes d'autisme est de sexe masculin, l'Association francophone de femmes autistes (AFFA) alerte : cet écart serait lié à un mauvais dépistage du handicap chez les filles. Grâce à de meilleures compétences langagières, leurs difficultés seraient mal comprises par le personnel médical.

Longtemps la prédominance de garçons chez les enfants autistes a intrigué les scientifiques. Aujourd'hui, l'Association francophone des femmes autistes (AFFA) évoque surtout un mauvais dépistage chez les filles, et s'appuie sur plusieurs études médicales anglo-saxonnes. Ce trouble du développement qui altère le comportement, la capacité à communiquer mais aussi les relations sociales des personnes touchées, s'exprimerait différemment chez les filles et serait mal détecté. A l'heure actuelle, sur 400.000 personnes atteintes d'autisme en France, on estime que seule une sur quatre est une femme. Un écart encore plus net parmi les autistes Asperger : seulement une personne atteinte sur huit est de sexe féminin. 

Un diagnostic beaucoup plus tardif

L'AFFA se base notamment sur une étude du Centre américain pour les informations biotechnologiques (NCBI), qui explore le parcours de 14 patientes américaines, diagnostiquées très tard. En effet, ces femmes expliquent avoir su qu'elles souffraient d'autisme à la fin de leur adolescence ou une fois adulte. Toutes ont été diagnostiquées à un âge bien plus avancé que les garçons, dont le diagnostic peut être effectué au plus tôt vers l'âge de 3 ans.  

On peut raisonnablement penser qu’il existe un biais dans le processus de détection des femmes autistes.Catherine Barthélémy, pédopsychiatre spécialiste de l'autisme

"S’il faut rester très prudent sur les chiffres, on peut néanmoins raisonnablement penser qu’il existe un biais dans le processus de détection des femmes autistes", affirme Catherine Barthélémy au quotidien La Croix, pédopsychiatre spécialiste de l’autisme et professeure honoraire au CHRU de Tours. Une analyse partagée par Robyn Steward, une chercheuse anglaise de University College de Londres, elle-même atteinte d'autisme. "Même les filles qui ont une meilleure amie peuvent souffrir d'autisme. Et les professionnels de santé devraient se rendre compte que des taux élevés d'anxiété et des difficultés sociales peuvent être des signes potentiels d'autisme chez les filles, détaille-t-elle dans un rapport en ligne. Bien trop souvent, les professionnels de santé confondent les difficultés sociales de ces filles avec une simple 'timidité'".  

Les filles souffriraient donc de leur plus grande capacité à "masquer" leurs difficultés aux autres et à "paraître normales" à tout prix. Même si cela leur demande un effort considérable. 

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