Pourquoi la piétonisation des Berges de Seine rive droite pose problème

SOCIÉTÉ
PARIS - Malgré l’avis défavorable de la Commission d’enquête publique sur la piétonisation de la rive droite à Paris, Anne Hidalgo veut quand même lancer l’opération.

"Pas d’intérêt public du projet." "Non pertinence des hypothèses de calcul." "Aucune indication précise sur l’aménagement." Ça balance. Et ce n’est qu’un extrait. Autant dire que la Commission d’enquête publique, chargée de rendre un avis sur la piétonisation des berges de Seine rive droite portée par Anne Hidalgo, n’est pas vraiment emballée. Pis, elle vient de rendre un avis défavorable dans un rapport d'une centaine de pages.


Pour rappel, le projet annoncé par Anne Hidalgo en mai 2015, consiste en la fermeture à la circulation d’un tronçon de 3, 3 km allant de la voie Georges-Pompidou parcourant le quai bas de la rive droite entre le tunnel des Tuileries et le tunnel Henri IV. La Ville veut, entre autres, y "créer un nouvel espace de promenade et de respiration dans le centre de Paris", "rendre les berges aux piétons",  "diversifier les usages en lien avec le fleuve". En clair : transposer ce qui a été fait sur la rive gauche.

Sur le papier, c’est bien. Certains maires consultés par la Commission d’enquête publique sont d’ailleurs très contents. Comme Christophe Girard, maire du 4e, pour qui la création de cette voie routière avait de toute façon été "une saignée dans la Ville". Il est donc, selon lui, "nécessaire de réparer cet outrage", "pour les bienfaits des habitants, leur santé, la qualité du paysage et du patrimoine". 


Pour autant, cette fermeture d’un axe important de Paris - 43 000 véhicules y passent chaque jour - pour y développer des activités ludiques pose un problème majeur : la circulation. Où vont aller ces voitures ? Dans le rapport, les différents organismes consultés ne sont pas en mesure de dire précisément comment va se reporter le trafic. Mais une chose est sûre : les maires des arrondissements périphériques ont peur, très peur. Ils auraient de quoi : la Commission estime que les 5e, 6e et 8e arrondissements vont subir "un report de près de trois quarts des véhicules" avec, parmi les grosses angoisses, le boulevard Saint-Germain, déjà bien saturé.

D’ailleurs, tout ça va engendrer, au passage, "des troubles importants", tels que nuisances sonores, pollution due à un trafic accru, tournant au ralenti. Ce qui égratine une autre des ambitions avancées par la Ville de Paris : la baisse de la pollution. Même ça, estime la Commission, n’est pas prouvé : "L’air est évalué de manière trop partielle puisqu’il est restreint à un secteur situé aux abords du projet : les quais hauts et quelques voiries adjacentes", indique le rapport.


Et si certains maires parisiens s’indignent, les élus de banlieue sont carrément en colère. En pagaille, les élus des communes du Val-de-Marne, du conseil départemental des Hauts-de-Seine (LR) et du conseil départemental du Val-de-Marne (PCF), du territoire métropolitain Seine Ouest, de la Métropole du Grand Paris, et de la Région Île-de-France (LR). Ils sont formels : pour eux, la voie Pompidou est essentielle pour gagner ou quitter le centre de Paris. Premiers punis : les artisans qui travaillent à Paris, les populations qui travaillent dans la capitale mais qui logent en banlieue. 

Et c’est un autre problème avancé par la Commission : les conséquences sur l’économie locale. Dans son projet, la Ville indique vouloir "développer les activités économiques utilisant notamment la voie d’eau et diversifier les usages en lien avec le fleuve". Mais pour la Commission, les "effets positifs" de la piétonisation dans ce domaine semblent "limités et marginaux". Exemple : les locaux commerciaux en place, contrairement à la rive gauche, ne permettront "que des activités modestes, probablement saisonnières et peu créatrices d'emplois". Quant aux activités en lien avec la Seine, il apparaît que la configuration de la berge rive droite, contrairement à la rive gauche, "n'offre que peu d'espaces susceptibles de permettre un développement intensif et significatif du tourisme". Par contre, les impacts négatifs s’empilent : les commerçants installés sur les quais haut craignent une fuite de leur clientèle du fait des nuisances provoquées par les embouteillages ; les grandes enseignes redoutent une baisse de fréquentation de leur clientèle face aux difficultés pour accéder à leurs établissements...


Un rapport peu emballé ? Qu’importe. Anne Hidalgo a vite indiqué qu’elle n’en tiendrait pas compte. D’autant que la maire de Paris dénonce, dans un communiqué, des "arguments insuffisants", "tellement caricaturaux, si peu nuancés", qu’il s’agirait presque d’un "rapport partial et à charge". Elle accuse la Commission d’"écarter les études objectives et extrêmement précises" fournies, "qui prévoient un impact très faible en dehors du centre de Paris" et un report de circulation "tout à fait absorbable" pour les quais hauts et le boulevard Saint Germain. Et côté économie locale, elle estime, toujours études à l’appui, que la qualité de vie est l'une des conditions essentielles pour contribuer à l'attractivité économique et touristique. Et que donc, elle s’en tiendra à sa feuille de route : faire passer au prochain Conseil de Paris la délibération visant à valider définitivement le projet. La Commission n’a en effet qu’un rôle purement consultatif.

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