Pourquoi le port du voile est-il permis à l'université ?

SOCIÉTÉ
DECRYPTAGE - Dans une interview accordée à Libération mercredi, le Premier ministre Manuel Valls a rouvert un débat récurrent ces dernières années : autoriser ou non le port du voile à l'université. Quelles sont les spécificités de la loi française en la matière ? Metronews fait le point.

► Quels sont les faits ?
Dans une interview à Libération mercredi, le Premier ministre Manuel Valls estime qu'"il faudrait faire une loi" pour interdire le voile à l'université. Il reconnaît cependant qu'il y a "des règles institutionnelles qui rendent cette interdiction difficile". 

Une position contredite par deux de ses ministres, directement concernés. Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur assure qu'il "n'y a pas besoin de loi sur le voile à l'université". "Ce que me disent tous les présidents d'université, c'est qu'il n'y a pas de problème. Il n'y a pas de contagion du foulard. Il y a des étudiantes qui ont tout à fait, parce qu'elles sont adultes, le droit de garder un foulard, le foulard n'est pas interdit dans la société française." Même position pour Najat Vallaud-Belkacem qui n'est "pas pour" cette interdiction, "car "on a affaire à des jeunes majeurs".

► Est-ce une question nouvelle ?
Faut-il ou non légiférer sur le voile à l'université ? Faut-il l'interdire ? En fait, la question ressurgit régulièrement depuis quelques années, à droite comme à gauche. Elle avait atteint un point de crispation l'an dernier, dans la foulée des attentats de janvier.

A l'époque, plusieurs professeurs, de l'Université de Villetaneuse en Seine-Saint-Denis à l'IUT de Sceaux, avaient refusé de faire cours à certains de leurs élèves voilés, après des incidents en classe. Ils avaient été suspendus de leurs fonctions. 
En mars 2015, Pascal Boistard, secrétaire d'Etat au droit des femmes, avait rallumé la mèche sur le terrain politique en déclarant qu'elle n'était "pas favorable" au port du voile à l'université.

Dans le même temps, Nicolas Sarkozy président de l'UMP, se disait lui aussi pour l'interdiction du voile islamique à l'université. Un député de son parti, Éric Ciotti, avait d'ailleurs déposé début février une proposition de loi pour interdire le port de tout signe religieux dans l’enseignement supérieur, au motif que l"université étant un service public, elle devait être "protégée de toute influence religieuse".

► Que dit la loi sur le port du voile dans l'espace public ?
Depuis 2010 , le voile intégral, ou burqua, est interdit dans la rue, les transports et les services publics. En revanche, le voile dit "traditionnel", donc qui laisse apparaître le visage, est quant à lui autorisé dans les lieux publics, dont l'université. Il est en revanche interdit dans les écoles, les collèges et les lycées publics depuis la loi de 2004 sur le port de signes religieux ostensibles. Celle-ci édicte que "le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse tels que le voile islamique, quel que soit le nom qu'on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive, est interdit."

► Pourquoi le voile est interdit dans les collèges et lycées et pas dans les universités ?
Entre école-collège-lycée et le supérieur, on ne s'adresse pas au même public : à l'université, les élèves sont majeurs. C'est là que réside toute la différence. A l'université, prévaut ainsi la loi sur la laïcité de 1905, qui indique qu’on est libre de croire ou de ne pas croire et de manifester ses convictions, religieuses ou autres, y compris dans l’espace public. "Il y a une liberté de conscience, une liberté religieuse qui fait qu'on ne va pas imposer les mêmes contraintes à des mineurs qu'à des étudiants", complète ainsi Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Education, ce mercredi matin.

Même explication pour Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité,  dans La Croix l'an dernier  : "La loi de 2004 bannissant le port de tenues ou de signes religieux à l’école vise à protéger des mineurs contre des manifestations de convictions religieuses susceptibles de renforcer les préjugés chez des enfants ou des jeunes dont l’esprit n’a pas encore atteint sa maturité", expliquait-il. A l'inverse, à l'université, les étudiants sont des "adultes doués d'un libre arbitre".

D'ailleurs, pour le président de l’Observatoire de la laïcité, l'erreur trop souvent faite est de considérer que porter le voile est en lui-même un signe de prosélytisme. Au contraire, "les raisons de le porter sont multiples : révolte adolescente, volonté de se protéger de son entourage ou de son environnement, désir d’affirmer son identité musulmane."

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