Pourquoi les avions dégazent-ils massivement dans les airs?

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EXPLICATIONS - Dimanche, un Boeing d'Air France déversait massivement du kérosène dans le ciel francilien au niveau de la forêt de Fontainebleau. Si le maire de la commune crie au scandale, cette manoeuvre d'urgence est en réalité classique dans l'aviation et répond aux règles internationales.

Cela n'arrive qu'en cas d'urgence. Lorsque l'appareil a un problème technique ou qu'un passager se sent mal, le commandant de bord peut demander à atterir en urgence. Lorsque cela arrive peu après le décollage, l'avion se rend dans la zone de délestage la plus proche. En périphérie de Paris, les services d'aviation savent immédiatement vers quelles zones et forêts rediriger l'appareil : la forêt de Fontainebleau en fait partie.


Pourquoi délester obligatoirement le carburant avant l'atterissage ? Parce que la masse de l'appareil l'empêche de se poser. A l'atterrissage, la masse maximale autorisée doit être inférieure à celle du décollage. "Prenons l'exemple d'un Boeing 747 en direction de Fort-de-France en Martinique et avec 460 passagers à bord, explique à LCI la Direction générale de l'aviation civile. Au décollage, sa masse totale est de 333,7 tonnes, dont 104,5 tonnes pour le carburant. A l'arrivée, sa masse doit être de 285,8 tonnes pour garantir un atterrissage en toute sécurité." Soit près de 48 tonnes de moins.


En effet, les trains d'atterrissage sont en capacité de supporter un poids limité. De plus, si l'appareil est lourd, il piquera plus rapidement horizontalement et verticalement, altérant les distances d'atterrissage. A noter que le délestage n'est en vigueur que pour les gros porteurs qui effectuent des vols long-courriers. Pour un Boeing 737 qui effectue un vol Paris-Séville, la masse est de 57,2 tonnes au décollage... et de 56,7 tonnes à l'arrivée. Là, pas de problème de masse excessive.

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Oui, mais pas sur le long terme. Lorsque le kérosène est déversé, il s'évapore à 90% durant sa chute entre l'avion et le sol. Les 10% restants, qui représentent quelques miligrammes par m2,  se transforment en vapeur d'eau et en CO2 puis s'évaporent grâce au soleil et aux témpératures. De plus, certains réservoirs de carburant ne sont pas évacués : l'avion en conserve pour l'atterrissage.


Concernant l'impact sur la santé, il est également faible : l'avion ne vidange jamais au-dessus des zones habitées. De plus, si le procédé est entrepris plusieurs fois par an, il faut savoir que les gros porteurs ne représentent que près de 10% du trafic global aérien. 

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Un avion d'Air France dégaze juste au-dessus de la forêt de Fontainebleau : "Une annonce surprenante"

La vidange du kérosène est une procédure dite "classique" et propre au secteur aérien. Elle a été mise en place par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI),  agence spécialisée internationale qui dépend des Nations unies. Tous les pays l'appliquent pour les appareils gros porteurs, qu'importe le fabricant. "Cette procédure est assumée sans aucun complexe", affirme la DG de l'aviation civile.

L'appareil doit se trouver à 2000 mètres d'altitude au minimum. Ensuite, les services de la navigation aérienne indiquent au commandant de bord la zone où il peut effectuer la vidange du carburant, à savoir les zones d'eau et les territoires non-habités. 


Le lieu est choisi avec les contrôleurs aériens, qui s'assurent que l'engin est en mesure de réaliser ce que l'on appelle un hippodrome. "L'avion effectue des cercles en forme de 0 au-dessus de la zone où sera déversé le carburant le temps de vider les réservoirs", explique le ministère. Et compte tenu de la taille de l'appareil, ces cercles font plusieurs kilomètres de circonférence. Dans le cas de Fontainebleau survenu ce dimanche, la zone était assez étendue pour ne pas prendre le risque de déborder sur les territoires voisins. 

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