Pourquoi les femmes sont  plus frappées par la solitude que les hommes et les diplômées encore plus

Pourquoi les femmes sont plus frappées par la solitude que les hommes et les diplômées encore plus

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DECRYPTAGE - De nombreuses études montrent que les femmes subissent plus la solitude que les hommes, à cause d’accidents de vie, mais aussi de facteurs psychologiques et sociétaux. Explications avec Monique de Kermardec, psychothérapeute et auteure de "Un sentiment de solitude".

Les femmes modernes sont seules. Bien plus que les hommes. Et le niveau de diplôme ne les protège pas de cet état de fait. C’est en effet un fait sociologique, établi par les chiffres : dans la société occidentale, avec l’augmentation du nombre de divorces, le nombre de familles monoparentales ne cesse d’augmenter.  D'après un point de l’institut Euromonitor en 2013, 30% des familles occidentales sont monoparentales, avec un record de 50% pour la Suède. Et en France, 85% des familles monoparentales sont composées de mères seules, d'après des chiffres de l'Insee de 2013. Soit près de 2 millions de femmes qui élèvent leur enfant seul.


"De manière générale, les femmes sont bien plus exposées à la solitude que les hommes", explique Monique de Kermadec psychothérapeute et auteure de "Un sentiment de solitude". En cause, souvent, les éléments de vie - par exemple quand les enfants quittent la maison à un certain âge, mais aussi des séparations, des divorces, deuils – qui laissent les femmes plus seules que les hommes. Et les explications sont simples : "Malgré des avancées, certaines femmes n’ont pas investi de vie professionnelle. Ça change, elles s’adaptent, une minorité fonctionne sur un mode 'masculin', avec un fort investissement dans leur carrière. Mais beaucoup d’autres le font en complément de revenu, et focalisent d’abord leur attention sur les enfants et le couple", détaille la psychothérapeute. "Or, plus on néglige son enrichissement personnel, plus on reporte son temps et l’affection sur les enfants et le conjoints, plus on risque de se retrouver seul quand ce noyau se disloque, à cause d’une séparation ou du départ des enfants."

Pourquoi les hommes s'en sortent plus facilement

Car en effet, même si la répartition des tâches est de plus en plus égalitaire, les femmes continuent à prendre en charge la logistique et l’investissement dans la maison. "Le concept de charge mental est intéressant", note Monique de Kermadec. "Même si les femmes ont obtenu une plus grande collaboration des hommes, elles ont tendance à prendre la responsabilité de la maison. Ce souci pour l’autre, de la maison, reste quelque chose de très fort chez la fille, même si elle a fait des études supérieures et a un bon métier. Elles ont un autre rapport à la vie matérielle que les hommes."


Ce fort investissement des femmes dans la sphère familiale trouve son revers lors des accidents de vie : "Les hommes ont beaucoup investi dans leur carrière, et s’ils peuvent souffrir aussi de manière très forte d’un divorce par exemple, ils ont un terrain beaucoup plus solide que les femmes, car ils conservent souvent des liens avec les copains de sport, les collègues de travail." Et rebondissent donc plus facilement.

Les femmes plus diplômées sont aussi plus seules

A priori, on pourrait penser que cette solitude subie concerne plus les femmes peu éduquées que les autres, qui auraient plus de difficulté à refaire leur vie. Pas du tout. A l’inverse, le diplôme aurait tendance à renforcer la solitude et interviennent là des facteurs d’ordre psychologique. "Plus les femmes ont un niveau de hiérarchie élevée, plus forte est la probabilité qu’elles restent célibataire", avance Monique de Kermadec, qui cite des études menées par plusieurs universités américaines (Buffalo, Californie et Texas), publiées en 2015 dans Personality and social psychology. Les conclusions montrent que les hommes, dans leur phase de séduction, seraient plutôt 'refroidis' par les capacités intellectuelles de femmes, sans, toutefois, le reconnaître. En effet dans l’absolu, ils se déclarent 'très à l’aise' avec l’idée de sortir avec une femme plus intelligente qu’eux. Sauf que quand on leur propose de rencontrer une femme effectivement plus intelligente qu’eux, ils sont bien moins empressés. Et vont plutôt se rapprocher de celles qui ont obtenu des résultats plus faibles. "Les hommes semblent plutôt enclins à sortir avec une femme plus intelligente qu’eux, tant qu’ils ne l’ont pas rencontrée", note avec ironie Monique de Kermadec. "Ils ont par ailleurs noté qu’ils se sentaient moins virils quand une femme plus intelligente qu’eux est assise à leur côté." La femme intelligente est d’autant plus seule qu’elle accumule les clichés : elle serait "condescendante, sure d’elle, sèche, pas maternelle, ambitieuse", note la psychothérapeute. 


La psychothérapeute va jusqu’à comparer le sentiment de solitude qu’elles peuvent ressentir à celui des adultes surdoués, avec en plus un fossé lié à leur genre. "Célibataire trop longtemps, sans enfants trop longtemps, leur solitude semble douteuse au groupe", écrit-elle. "Et leur horloge biologique les affole, et décuple leur sentiment de décalage, d’échec, et la mésestime dans laquelle elles se claquemurent. Cette crainte de manquer un rendez-vous avec elles-mêmes et avec leur 'fertilité' est une pression supplémentaire dans la solitude de toutes les femmes."


Ce qui fait aussi que les femmes ressentent la solitude différemment des hommes. "Beaucoup se plaignent de la difficulté à nouer des relations amoureuses véritables, et de leur solitude alors qu’elles entretiennent des relations sociales satisfaisantes avec leurs famille ou amis", indique Monique de Kermadec. En effet, après avoir acquis leur indépendance financière et une solitude parfaitement assumées, poussées en cela par le mode de vie contemporain et l'instabilité des couples, "vient le moment où elles confrontent la question de leur réussite à la question du bonheur", raconte la psychothérapeute. Et c'est alors que les questionnements arrivent : "Ces femmes me confient alors ne plus savoir si elles vivent seules parce qu’elles l’ont voulu, ou parce qu’elles n’ont pas pu faire autrement." Car selon la psychothérapeute, même si le célibat n'est bien sûr pas le seul motif d'une solitude douloureusement ressentie pour les femmes, la "notion du bonheur, le sentiment d'être heureuse se conjuguent souvent pour elles avec l'idée du couple, ou du moins celle du ou des enfants." 

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