16.000 nouvelles places de prison ? "C'est prendre le problème dans le mauvais sens"

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DECRYPTAGE - Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas a annoncé ce mardi la construction d'un maximum de 16.100 nouvelles cellules d'ici 2025. Un plan jugé "extrêmement décevant" par l'Observatoire International des Prisons (OIP).

"Améliorer la justice du quotidien", tel est le but de l'annonce faite par Jean-Jacques Urvoas, ce mardi 20 septembre, à la prison de Fresnes. Et pour le Garde des Sceaux, il n'y a qu'une seule solution : donner des moyens supplémentaires à une administration pénitentiaire sclérosée par la surpopulation carcérale.


Afin de tendre vers le principe "d'un détenu par cellule" - imposé par la loi de 1875 mais très rarement respecté -, le ministre de la Justice a donc annoncé une volonté de construire entre 10.300 et 16.100 cellules d'ici 2025. Le but : "viser 80% d'encellulement individuel et 20% de cellules doubles, sur l'ensemble des prisons".

Place à la réinsertion ?

Un plan "extrêmement décevant" pour l'Observatoire International des Prisons (OIP), qui s'exprime auprès de LCI : "Encore une fois, on reste sur une logique immobilière en créant toujours plus de places en prison" constate amérement François Bès, coordinateur du pôle enquête de l'OIP. " Le problème, c'est que les causes de la surpopulation carcérale ne sont pas questionnées en amont. Savez-vous, par exemple, que 80% des détenus sont condamnés pour des peines courtes ? Que les travaux d'intérêt général (TIG, ndlr) ne sont pas très utilisés ? Or, si on met énormément de moyens sur l'immobilier, quel budget reste-t-il pour les aménagements de peines ?"


A défaut de proposer des mesures concrètes sur des alternatives à l'emprisonnement, le ministre de la Justice a pris position sur la réinsertion. Cette fameuse étape, à la sortie de prison, qui bien souvent selon les associations venant en aide aux détenus, ne bénéficie d'aucun accompagnement.  Vingt-huit QPS ( quartiers de préparation à la sortie") devraient ainsi voir le jour, sur plusieurs établissements pénitentiaires. 

On prend le problème carcéral dans le mauvais sensFrançois Bès

Des équipements qui, selon François Bès... existent déjà. "Ces quartiers portent d'autres noms, mais ils ont la même fonction. Et nous constatons qu'ils sont clairement sous-utilisés, justement parce que la peine de prison ferme reste au centre du dispositif." Pour lui, le problème carcéral "n'est pas pris dans le bon sens". "On se retrouve dans la même situation qu'à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, quand il fallait construire toujours plus de places, accompagnées de vagues annonces sur les aménagements de peines."

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