Privé de scène, le monde du spectacle occupe désormais une cinquantaine de théâtres

Le Grand Théâtre de Bordeaux occupé le 15 mars 2021

CULTURE - De Lille à Nice en passant par Bordeaux, au moins 51 salles de spectacle sont occupées ce mardi 16 mars. La contestation grandit dans le secteur de la culture, verrouillé depuis fin octobre 2020 et le plus touché par la pandémie après le tourisme.

Partie de Paris, la mobilisation des intermittents du spectacle se propage désormais dans toute la France. Lille, Strasbourg, Lyon, Toulouse, Nantes, Bordeaux, Marseille, Nice…. 12 jours après le théâtre parisien de l’Odéon, 51 salles de spectacle sont occupées ce mardi 16 mars, selon le recensement opéré par la CGT Spectacle. "Au début, on pensait aller à l’Odéon pour deux, trois jours, histoire de faire pression sur la ministre", raconte à LCI Denis Gravouil, secrétaire général du syndicat. "Aujourd’hui, on a l’intention de rester tant qu’on n’aura pas obtenu ce qu’on demande."

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Les occupants réclament avant tout la réouverture, dans le respect d’un protocole sanitaire strict, des musées, théâtres et cinémas fermés depuis le 30 octobre 2020, mais aussi la prolongation des aides pour les intermittents au-delà du 31 août 2021. En somme, une nouvelle année blanche pour les artistes touchés de plein fouet par la crise sanitaire. "Comme l’activité partielle n’a pas couvert l’emploi des intermittents et des artistes, que fait-on pour qu’ils puissent travailler ?", s’interroge en ce sens Denis Gravouil. 

Si à l’origine, le théâtre de l’Odéon a été "ouvert" par la CGT Spectacle, aujourd’hui, le mouvement inclut des intermittents non-syndiqués et des étudiants, comme les élèves du Théâtre National de Strasbourg. Depuis mardi 9 mars, ces derniers ont décidé d'habiter dans le grand bâtiment du théâtre, où ils continuent de suivre leurs cours. 

Une occupation "inutile", selon Bachelot

Le secteur de la culture, le deuxième le plus impacté par l’épidémie après celui du tourisme, a le sentiment d’être sacrifié par l’exécutif. Deux jours après le début de la mobilisation, la ministre de la Culture s’est rendue au théâtre de l’Odéon pour discuter avec les occupants, comme le montrent ces images filmées par une équipe de Quotidien. Mais cette visite improvisée n’a rien donné. Sur place, Roselyne Bachelot n’a pu donner d’horizon précis au secteur culturel et a depuis pris ses distances avec cette occupation, la considérant comme "inutile", voire dangereuse : "Ces manœuvres sont dangereuses, car elles mettent en menace des lieux patrimoniaux fragiles", a estimé Roselyne Bachelot mercredi 10 mars.

D’autres responsables politiques ont toutefois affiché leur soutien aux occupants, comme le maire socialiste de Dijon François Rebsamen, qui est allé à leur rencontre et a écrit sur Twitter : "Le Grand Théâtre de #Dijon est occupé depuis hier. Sur place, j’ai témoigné mon plein soutien aux professionnels et aux intermittents. Un protocole sanitaire garantissant le respect des gestes barrières peut être établi. Oui la #culture doit rouvrir et vivre !". 

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Nouvelle forme de contestation depuis le début de cette crise, l’occupation de théâtres n’est pas sans rappeler une autre. En effet, l’Odéon a déjà été le théâtre de débats citoyens à l’occasion des mouvements sociaux de mai 1968. "L'Odéon a été choisi en 1968 d'abord parce qu'il est dans le quartier de la Sorbonne, un quartier étudiant que maîtrisent bien les manifestants, mais aussi parce que ce théâtre est une tribune qui échappe aux organisations traditionnelles qui occupent les universités", a d’ailleurs rappelé l’historienne Marie-Ange Rauch au micro de France culture. À l’époque, l’occupation des lieux avait duré un mois.      

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