Scandale sexuel à l'Académie suédoise : chronique d'une débâcle annoncée

SCANDALE SEXUEL - La remise du prix Nobel de littérature 2018 est reportée à 2019 en raison d'un scandale sexuel impliquant le mari d'une académicienne suédoise. Une affaire qui a laissé l'institution exsangue. Mais qu'en disent les membres qui ont choisi de démissionner ?

Tout a commencé dans les pages du journal suédois Dagens Nyheter. On est en novembre 2017 et la Suède n'échappe pas à la vague #MeToo. Dix-huit femmes choisissent de prendre la parole et c'est la journaliste Matilda Gustavsson qui leur tend l'oreille et la plume. Un scandale sexuel et six mois plus tard, l'Académie suédoise n'est plus que l'ombre d'elle-même, à tel point que le Prix Nobel de littérature 2018... est repoussé à l'année prochaine. Comment en est-on arrivé là ? La réponse est à chercher dans la parole des membres démissionnaires de l'Académie - six au total. 


S'ils ne sont pas friands de déclarations à la presse (contactés par LCI, ils n'ont pas donné suite), ils ont tout de même expliqué leur départ dans plusieurs lettres ouvertes ou pages de blog. La plupart de ces écrivains très reconnus dans leur pays et la littérature internationale estiment ne pas avoir su passer au-dessus de ces révélations impliquant l'époux d'une académicienne. Celui-ci n'est autre qu'un Français, originaire de Marseille et installé depuis de nombreuses années en Suède : Jean-Claude Arnault. Les victimes déclarées l'accusent de harcèlement, d'agressions sexuelles et même d'un viol, commis entre la Suède et la France, de 1996 à 2017.

Une "fêlure qui s'élargit"

Peter Englund, Klas Ostergren et Kjell Espmark sont les trois premiers "Sages" à avoir abandonné leurs fonctions au sein de l'Académie, suite à ce scandale. "Avec le temps, une fêlure est apparue et n'a cessé de s'élargir" témoigne ainsi l'écrivain Peter Englund. Le 7 avril, il écrivait sur son blog : "Des décisions ont été prises auxquelles je ne crois ni ne peux défendre, j'ai donc décider de ne plus faire partie de l'Académie suédoise." 


De son côté, Kjell Espmark témoigne : "C'est avec une grande tristesse, après 36 ans de services pour l'Académie suédoise, dont 17 ans au comité du prix Nobel, que je me sens forcé de prendre cette décision. (...) Quand des membres importants de l'Académie font passer l'amitié avant l'intégrité et la responsabilité, je ne peux pas participer plus longtemps à cette activité."

Une "trahison" envers le Roi de Suède

C'est que les membres de la vénérable institution ont sauté à pieds joints, dès la scandale révélé, dans une bataille rangée entre deux camps : ceux, parmi les Académiciens, qui souhaitaient voir l'épouse du suspect, Katarina Frostenson, démise de ses fonctions, et ceux qui l'assuraient de son soutien. Tous décrivent comment l'affaire a profondément et irrémédiablement divisé les membres de l'institution, suite à un vote au sein de l'académie, qui a choisi de maintenir à son poste Katarina Frostenson.


Face à la situation explosive, Klas Ostergren a même parlé d'une "trahison" envers le roi de Suède, Gustave III et Alfred Nobel lui-même, qui avait en son temps investi de l'argent dans l'Académie. Le 28 avril dernier, c'est finalement l'écrivaine Sara Stridsberg qui a démissionné, peu après le départ de Katarina Frostenson cristallisant toutes les tensions autour des agissements de son mari. 


Et non sans emporter dans sa chute Sara Danius, la présidente de l'Académie. Critiquée pour sa gestion du scandale, cette dernière affirme avoir entendu "le vœu de l'Académie selon lequel" elle devait "quitter ses fonctions". "Tout cela a déjà sévèrement affecté le prix Nobel et c'est un gros problème" a-t-elle ajouté. Aujourd'hui, sur dix-huit membres de l'institution, seuls douze restent en place. 

Une enquête toujours en cours

L'avocat de Jean-Claude Arnault indique que son client "rejette toute forme d'activité criminelle". De son côté, le parquet de Stockholm a annoncé qu’une partie de l’enquête préliminaire ouverte contre lui avait été classée sans suite pour cause de prescription ou faute de preuves. 

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Nobel, le scandale sexuel

À noter qu'avant l'édition 2018, l'attribution de la plus haute distinction littéraire du monde avait été reportée cinq fois depuis sa création en 1901.

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