Procès de l'abattoir du Vigan : comment les vidéos choc de L214 ont réussi à mobiliser

Procès de l'abattoir du Vigan : comment les vidéos choc de L214 ont réussi à mobiliser

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CAUSE ANIMALE - Trois employés d'un abattoir comparaissent ces jeudi et vendredi pour maltraitance à animaux. C'est le premier procès du genre et les images diffusées par l'association L214 ont contribué à sa tenue. Elles ont suscité une vague d'indignation qui a conduit les députés à adopter (en première lecture) une loi.

Les images montrent des coups de matraque électrique à répétition sur des moutons, des coups de pieds à des bovins à l'agonie et des coups d'aiguillon électrique à la tête d'un cochon. Elles ont été tournées en caméra cachée dans l'abattoir du Vigan, dans le Gard, et diffusées par l'association L214. La vidéo de 4 minutes et 34 secondes, difficilement soutenable, a été vue 1,2 million de fois sur YouTube depuis qu'elle a été postée en février 2016.


Un an plus tard, ces jeudi 23 et vendredi 24 mars, trois employés de l'abattoir ainsi que la communauté de communes du Pays viganais (en tant que personne morale) sont appelés à comparaître au tribunal correctionnel d'Alès, dans le Gard, pour maltraitance animale. C'est le premier procès du genre et cette vidéo choc n'y est pas étrangère.

On a senti un tournant quand on a montré ces imagesBrigitte Gothière, porte-parole de L214

Les images d'animaux maltraités avaient en effet suscité l'indignation, quatre mois après la révélation par la même association, vidéo à l'appui, de faits similaires à l'abattoir d'Alès et un mois avant la diffusion d'une troisième vidéo tout aussi violente tournée à l'abattoir de Mauléon, dans les Pyrénées-Atlantiques.


"On a senti un tournant quand on a commencé à montrer ces images d'abattoirs. A l'époque, on voyait de temps en temps dans certains documentaires des vidéos tournées dans des élevages", constate Brigitte Gothière, la porte-parole de l'association, jointe par LCI. La portée de ces séquences quasiment inédites a été telle que l'association a reçu une déferlante de courriers et a vu son nombre d'adhérents doubler en un an, passant de 10.000 personnes fin 2015 à 20.000 fin 2016. 

Les précédentes affaires, sans vidéo, étaient souvent classées sans suiteBrigitte Gothière, L214

En parallèle, l'association a déposé plainte pour sévices graves. Première victoire : "La plainte a été instruite alors que pour des précédentes affaires, sans vidéo, elles étaient souvent classées sans suite", remarque la porte-parole de L214. Celle-ci rappelle d'ailleurs qu'un premier procès d'un couvoir, en Bretagne, s'était tenu en début d'année à la suite de la diffusion par l'association d'images de poussins broyés.

Une vidéo qui fait réagir le ministre de l'Agriculture

Autre succès, du côté du gouvernement cette fois : le jour même de la diffusion des images de l'abattoir du Vigan, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a publié un communiqué "condamnant avec la plus grande fermeté ces pratiques intolérables" en se référant à la fameuse "vidéo [qui] montre des actes de maltraitance envers les animaux".


Le ministre a alors réclamé une campagne d'inspection des 263 abattoirs de boucherie en France, qui a conduit à la fermeture de trois d'entre eux. Nouvelle avancée : les rapports d'inspection ont été publiés en ligne cet été. "Donner publiquement accès aux audits a été une première", apprécie Brigitte Gothière, rappelant toutes les démarches administratives, "parfois jusqu'au procès auprès du tribunal administratif" auparavant nécessaires pour accéder à ce type de rapports.

De même, sur Internet, la mobilisation a pris un nouveau tour. Une pétition mise en ligne par L214, et intitulée "Une commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs, vite !", a recueilli 145.398 signatures en quelques semaines sur la plateforme Change.org.  


Tandis que les députés ont reçu 14.000 mails dénonçant ces pratiques. Sans oublier que la page Facebook de l'association a vu son nombre d'abonnés passer de 300.000 à 500.000.  "Auparavant, la communauté était déjà très réactive mais, là, on a senti une accélération supplémentaire", confirme la pote-parole de L214. 

J'ai lancé une enquête parlementaire après avoir été scandalisé par les imagesOlivier Falorni, député de Charente-Maritime

Le député Olivier Falorni s'empare alors du dossier en formant une commission d'enquête parlementaire sur les conditions d'abattage des animaux. "Les images de L214 ont été à l'origine de cette enquête. J'ai été scandalisé en les découvrant : elles ont agi comme le révélateur d'une réalité que je méconnaissais alors que j'avais toujours été attaché à la question de la maltraitance animale", confie à LCI l'élu Divers gauche de Charente-Maritime.


"J'ai pu mesurer après coup que le monde des abattoirs était fermé. Par ignorance, on néglige parfois ce qui peut se passer à l'intérieur parce qu'on ne le voit pas", reconnaît le député. Au terme de ces travaux, la commission a préconisé 65 mesures dont le renforcement de la vidéosurveillance, de l'intervention de vétérinaires et de la formation des employés. Car "au-delà des images d'actes de sadisme, de perversité, de torture, qui sont le fait d'individus se comportant de façon scandaleuse, cette enquête a montré d'autres formes de maltraitance, involontaire cette fois, dues au système en place et qui sont le fruit d'un problème de matériel et d'un manque de formation conduisant parfois au mal-être des salariés", insiste le député.

Une loi pour rendre la vidéo-surveillance obligatoire

Allant plus loin encore, le député a déposé, avec l'appui de 32 autres élus, une proposition de loi relative au respect de l'animal en abattoir. D'abord en partie vidé de son contenu, le texte a été réexaminé et adopté en janvier en première lecture à l'Assemblée nationale. Il doit encore passer au Sénat avant une adoption définitive. Sa mesure phare consiste à rendre obligatoire le contrôle vidéo dans tous les abattoirs.


Pas suffisant pour L214 qui craint que la loi, si elle passe, ne changera rien pour les animaux. "La vidéo-surveillance est destinée uniquement aux services vétérinaires et aux responsables de la protection animale dans les abattoirs. Les images retomberont entre les mains des personnes déjà en charge de cette question mais n'agissant pas suffisamment par manque de moyen humain. Autrement dit, on cherche à poser des caméras mais il n'y aura personne pour regarder les images", regrette la porte-parole de l'association. 

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