Procès Fouquet : 22 ans requis contre le braqueur Redoine Faïd

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JUSTICE - Le procès des auteurs présumés du braquage avorté de Villiers-sur-Marne qui s'est soldé par la mort de la policière municipale touche à sa fin. Après sept semaines d'audience, l'avocat général a requis ce lundi 22 ans de réclusion criminelle à l'encontre du braqueur médiatique Redoine Faïd. Des peines de 30 ans de prison ont été requises contre les 3 accusés poursuivis pour meurtre.

Le procès des braqueurs et meurtriers présumés de la policière Aurélie Fouquet, tuée le 20 mai 2010 à Villiers-sur-Marne, touche à sa fin. Après sept semaines d'audience où le silence a fait loi, l'avocate générale Maryvonne Caillibotte a déroulé son réquisitoire lundi. Contre les trois accusés renvoyés pour meurtre, Daouda Baba, Rabia Hideur et Olivier Tracoulat (jugé en son absence), elle a requis trente ans de prison. Pour Redoine Faïd, qu'elle considère comme l'organisateur du braquage avorté, une peine de vingt-deux ans de réclusion criminelle assortie d'une période de sûreté des deux tiers, "seul moyen d'éviter sa récidive". C'est la troisième fois que le braqueur dit "repenti" se retrouve devant une cour d’assises pour des faits de vol avec violences. Vingt-cinq années de prison ont été réclamées contre Malek Khider, qui était également jugé pour une autre attaque manquée de fourgon blindé à Gentilly. Ont enfin été requis huit ans contre William Mosheh et Olivier Garnier, pour leur rôle logistique, et trois ans contre Jean-Claude Bisel qui a veillé le soir des faits le blessé Olivier Tracoulat et que la rumeur dit mort aujourd'hui. Elle a demandé l'acquittement de Georges Mosheh.

Durant cinq heures ce lundi, l'avocate générale a égratigné la défense des accusés campés dans leurs "dénégations" et murés dans une "loi du silence" brandit en "code d'honneur" qui s'apparente "plutôt à des petits arrangements entre amis". "Vingt-quatre impacts de balles ont été relevés qui tueront presque sur le coup Aurélie Fouquet (...) Ceux qui s’attaquent à un fourgon blindé ne sont pas des gentlemen, ils ont un but à atteindre et ils s’en donnent tous les moyens", a insisté Maryvonne Caillibotte, en écho aux propos de Redoine Faïd. Le 'caïd des cités' s'était vanté à plusieurs reprises dans les médias et dans son livre d'être un "gentleman braqueur". Un accusé "d'une inélégance remarquable" dont elle a particulièrement écorné l'image qu'il avait tenté de se construire. "Etonnamment, Redoine Faïd n'assume rien", a-t-elle lancé en torpillant un à un ses alibis qualifiés de "fables" : "Mettez les noms des accusés sur une feuille et regardez comment ils s’organisent, vous reconstituerez une étoile. Au centre, M. Faïd". 

"Bon sens"

Elle est enfin longuement revenue sur cette "petite journée" aux "dégâts colossaux et irréparables" qui "ne sont pas mesurables" : "la jolie vie d’Aurélie Fouquet", qui était maman d'un petit garçon, "l’état de la vie de ceux qui vivent désormais sans elle", "la brisure des policiers" qui, depuis ce jour, ont "la trouille de mourir". "Tout ça pour ça", a-t-elle lâché devant les huit hommes. Face aux maigres preuves matérielles, Maryvonne Caillibotte a rappelé les indices qui avaient mené les enquêteurs jusqu'à la bande et en a appelé "au bon sens" des jurés devant l'incohérence des témoignages. Certains accusés avaient notamment raconté avoir découvert les "armes de guerre", sur lesquelles avait été relevé pour certains leur ADN, par hasard, dans un fourgon au cours d'une sortie en VTT. "Ce n'est plus un panier garni mais un fourgon garni : armes, argent, drogue...", a taclé Maryvonne Caillibotte.

Les avocats des parties civiles avaient déjà dénoncé la semaine dernière le "système de défense des accusés "gangrené par le mensonge, les dissimulations, le déni". "Au droit de vérité des familles, on oppose des mots qui n’ont plus aucun sens", avait pointé dans sa plaidoirie Frédéric Benoist. "Depuis six semaines, on nous déroule des absurdités, des mensonges éhontés. On nous prend pour des cons", avait renchéri Laurent Franck Lienard, qui avait parlé de la souffrance endurée par les proches de la policière municipale, devenus "fantômes d'eux-mêmes". Depuis des années, ils attendaient des réponses sur ce 20 mai 2010 qui ne viendront finalement pas. 

"Rendez-lui justice !"

"Le jour où on a tué Aurélie, on les a tous tués (...) Ils mangent, ils parlent pour Alexis (l’enfant de la victime), pour le protéger mais leur vie s’est arrêtée le 20 mai. On leur a enlevé une partie d'eux-mêmes. Et cette plaie ne se referme pas (...) Ne leur demandez plus de vivre légèrement, ce 20 mai, on a tué l’innocence", avait alors lancé Me Lienard, avant de conclure sur les derniers mots d'Aurélie Fouquet, prononcés dans cette voiture criblée de balles : "Prenez soin de mon fils ". "Rendez-lui justice, et prenez soin de son fils". 

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