Procès Fouquet : la défense "romanesque" de Redoine Faïd

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COMPTE-RENDU - Depuis le 1er mars, neuf hommes sont jugés devant la cour d'assises de Paris pour un braquage avorté qui a coûté la vie à la policière municipale Aurélie Fouquet, le 20 mai 2010. La journée de mardi était consacrée à l'interrogatoire de Redoine Faïd, décrit par les enquêteurs comme le "cerveau" de l'opération. Sans surprise, il a nié en bloc, livrant des explications parfois ubuesques mais toujours avec aplomb. Récit.

C’est l'histoire d’un gangster repenti qui se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment. Un gros caïd "rangé des bagnoles" qui, ironie des faits, se retrouve devant les Assises parce qu'il a en conduit une, sans permis. Evidemment, pas la bonne. Une Mégane bleue, volée, qu'il gare dans une station-service un jour de mai 2010 pour faire le plein. Sur les images de vidéosurveillance, on le voit payer à la caisse avant de repartir. La voiture est en tête de ce qui semble être un convoi : deux fourgonnettes blanches suivent. Celles-ci seront utilisées le lendemain par les malfaiteurs qui ouvriront le feu sur des policiers municipaux à Villiers-sur-Marne. Nous sommes le 20 mai 2010, Aurélie Fouquet est mortellement touchée.

"Monsieur le président, je suis catégorique, je n’ai rien à voir avec ces faits. A ce moment-là, je suis à des années-lumière de tout ça", clame Redoine Faïd, soupçonné par les enquêteurs d'être le "cerveau" du braquage avorté, et dont l'interrogatoire vient de débuter. Les sept autres hommes du commando présumé, poursuivis à des degrés divers, ont été interrogés la semaine dernière. C'est donc une "erreur" doublée d'un malencontreux hasard qui vont mener l'accusé à se retrouver sur ces images compromettantes la veille des faits : son frère Rachid, "cet abruti" comme il le surnomme, lui a emmené une vieille connaissance "à l’esprit délinquantiel (sic) sur (son) lieu de travail". Ce qui a mis l'ex- devenu attaché commercial dans une situation "délicate". "Il voulait me parler, Il insistait. Je ne savais pas comment me débarrasser de lui", poursuit Faïd. "La personne dont vous parlez, c’est Olivier Tracoulat ?", interrompt le président. Il s'agit du seul accusé jugé par défaut. La rumeur le dit mort. En son absence, le reste de la bande présumée, gouvernée par la loi du silence, l'a néanmoins lâché. Redoine Faïd dodeline de la tête avant d'acquiescer, sans prononcer son nom. 

"Il avait une gastro, j'ai pris le volant"

"Il m’a dit, il faut absolument que je vienne te voir le 19 mai." Rendez-vous est pris dans un parc de Puteaux. Mais c’est un jeune homme qu’il ne connaît pas et dont il préfère taire le nom, "pour ne pas créer de problèmes", qui se présente à sa place. Il lui demande de le suivre afin de rejoindre Tracoulat. "Je ne voulais pas y aller. Mais je me suis dit, ils vont revenir me saouler, je voulais me débarrasser de ces gens-là une bonne fois pour toutes". Sur la route, le mystérieux émissaire n'est pas bien. "On s’est arrêtés, il avait une gastro je pense, il a vomi un peu. J’ai alors pris le volant comme il était à deux de tension. Il n'y avait plus d'essence. On s’est arrêtés à une station, il m’a filé 50 euros, j’ai fait le plein". Et voilà comment l'accusé se retrouve filmé en mauvaise posture, escorté de deux fourgonnettes qu'il "jure, même pas la vie en rêve", ne pas avoir vues. A la question de savoir ce que lui voulait Olivier Tracoulat, Redoine Faïd répond qu'il ne sait pas trop. Il a finalement décidé de rentrer chez lui avant de l'avoir vu. Mais croit savoir qu'"il n’était pas venu pour me demander de participer à ça (le braquage, ndlr). Peut-être voulait-il savoir un détail technique ?"
Redoine Faïd aime les néologismes, parle vite, perd la cour dans des explications rocambolesques mais déroule sa défense avec un aplomb déconcertant. "Le 20 mai 2010, j'étais à mon travail Monsieur le président. Il faisait beau, j’ai lu les journaux, je suis arrivé entre 9h et 9h15", poursuit-il lorsque le président le questionne sur son emploi du temps. Un alibi qui n'a pu être formellement confirmé ou infirmé par les témoignages. A l'image de cette ancienne collègue qui se souvient de sa présence au travail le jour de la fusillade, relatée au journal de 13 heures, "parce qu'on l'avait un peu titillé avec son passé". Mais ne se rappelle plus bien s'il était là dès le matin ou en début d'après-midi. Victime de sa mauvaise réputation, selon lui, Redoine Faïd certifie aussi qu'il ne fréquentait plus les autres accusés qui l'entourent aujourd'hui sur le banc. Jean-Claude Bisel ? "La dernière fois que je lui ai parlé, c’était en 1996". Malek Khider ? "Je n’ai pas gardé de relation avec lui". Fisal Faïd ? "On choisit ses amis, pas sa famille" - "Mais vous étiez très proche de lui", insiste le président. "Il n’était pas de ma génération, je ne le fréquentais pas", assure Redoine Faïd. Son frère, dont l'ADN a été retrouvé sur la scène de crime, a depuis fui en Algérie.

"Il ne trompe personne sur ce qu'il raconte, c'est gros, romanesque... Si nous n'étions pas là pour des faits aussi graves, cela me ferait sourire. Mais nous sommes éprouvés", commente lors d'une suspension d'audience la mère de la victime, Elisabeth Fouquet. Poussé dans ses derniers retranchements par les avocats des parties civiles, Redoine Faïd finira par s'emporter avec virulence en fin de journée. Mais sans jamais rien lâcher : "Je ne suis pas innocent parce que je n'ai rien fait. Je suis innocent parce que je suis innocent (...) J’ai l’impression que la vérité, vous ne la voulez pas !". 

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