Procès Francis Heaulme : chronique d'un renvoi spectaculaire

Procès Francis Heaulme : chronique d'un renvoi spectaculaire

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COMPTE-RENDU - Après une journée émaillée par les rebondissements, la seconde journée d'audience s'est conclue mardi par le renvoi pur et simple du procès de Francis Heaulme, jusque-là seul accusé du double meurtre de Montigny-lès-Metz. Le témoin Henri Leclaire pourrait être mis en examen dans ce dossier.

Le procès Heaulme s'est terminé comme il a débuté , avec fracas. Après seulement deux journées de débats, la cour d'assises de Moselle a décidé mardi le renvoi sine die de l'affaire afin d'étudier une nouvelle piste. "Du jamais vu dans l'histoire judiciaire, commente Me Stéphane Giuranna, l'un des avocats du routard du crime, qui résume le dossier : une condamnation, une révision, une deuxième condamnation, un acquittement, un nouvel accusé, un quatrième procès qui fait naufrage, et un nouveau suspect." Si, dans le box des accusés, Francis Heaulme était le seul à être poursuivi pour les meurtres d'Alexandre et Cyril à Montigny-lès-Metz en 1986, un autre homme était en effet depuis lundi au cœur de toutes les attentions : Henri Leclaire . Un nom déjà cité dans cette affaire, puisqu'il avait avoué les crimes avant de se rétracter. L'année dernière, il a bénéficié d'un non-lieu. Mais cette fois, la cour a estimé qu'"il pourrait exister des charges" contre lui.

Le témoignage surprise de Christine Blindaueur a tout fait basculer. Cette clerc d'avocat explique avoir recueilli il y a deux ans les confessions troublantes d'Henri Leclaire qui venait lui livrer des courses pour arrondir sa retraite. "Il m'a dit avoir attrapé et corrigé les gamins. Il était en transe, j'avais l'impression qu'il revivait la scène", raconte-t-elle mardi à la barre. Un peu plus tôt, l'audition d'Henri Leclaire, comme témoin, s'est transformée en véritable garde à vue. Peu loquace, répondant par "oui", "non", "je ne sais plus", l'homme de 66 ans, à la démarche mal assurée, est alors poussé dans ses retranchements. Se contredisant à de nombreuses reprises, le témoin devenu accusé finit par se murer dans le silence, après plus de trois heures d'interrogatoire musclé.

Heaulme : "Je me suis dit, ce mec est fou"

Le président tente pourtant tout pour le faire parler, convoquant même Francis Heaulme à ses côtés : "Accusé, levez-vous et sortez du box !". Le tueur en série, qui jusque-là s'était fait oublier en somnolant sur son banc, obtempère. Ce sera la première et la dernière fois que le vrai accusé sera entendu durant ce procès mort-né. Il réitère alors ses accusations à l'encontre d'Henri Leclaire, qu'il aurait vu ce fameux 28 septembre 1986 "descendre le talus en courant et en sang". "Je me suis dit, ce mec est fou", explique-t-il aux jurés, interdits par les propos d'un homme déjà condamné pour neuf meurtres atroces. Puis le routard du crime répète avoir bien vu "les gamins morts", mais en assurant : "Montigny, c'est pas moi".

Il faut attendre la confrontation avec celle qui l'accable pour qu'Henri Leclaire laisse entrevoir une faille. "Tout ce qu'elle dit est vrai, finit-il par lâcher. Mais je lui ai raconté n'importe quoi". Le doute insinué est suffisant. Après le report de ce procès, une information judiciaire à son encontre devrait être ouverte, en vue d'une possible mise en examen. Ce qui ne signifie pas l'abandon des poursuites contre le routard du crime. Mais il faudra que les familles , qui ont déjà attendu 28 ans, fassent encore preuve de patience. "Ce renvoi est le prix de la vérité", conclut le président, visiblement hanté par un dossier au passé trop lourd : "Je tiens à dire dans cette salle où Patrick Dils a été condamné, combien a été immense l'erreur judiciaire qui l'a frappé". Et de formuler un voeu : "Puisse une telle catastrophe ne jamais se reproduire".

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