Procès Junca : appelé à la barre, le "monstre" se livre

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COMPTE-RENDU - Cinq ans après la mort d'Alexandre Junca, 13 ans, dont le corps démembré a été retrouvé dans le Gave, trois hommes et une femme sont jugés devant la cour d'assises de Pau. Au premier jour du procès, la cour a entendu les deux auteurs présumés de l'agression mortelle, Mickaël Baehrel et Christophe Camy.

Des quatre accusés qui prennent place derrière le box transparent, c’est le regard de Mickaël Baehrel qui vous frappe en premier. Glaçant, quasi insoutenable, il vous emporte dans l’horreur avec lui un soir de juin 2011. "Je me souviens de lui avoir donné un coup de marteau, de face, sur le front. Des coups de pied, des coups de poing (…) J’ai ensuite transporté le corps de l’enfant avec Christian Pierre (un SDF décédé depuis) jusque chez Fatima (sa compagne). On l’a déposé dans l’immeuble en face, on l’a enroulé dans une couette parce qu’il saignait". L'homme au visage blême a beau murmurer les mots au micro, on les entend résonner dans la salle d’audience de la cour d’assises de Pau. Avant de les voir s’échouer sur le banc des parties civiles.

Valérie Lance, la mère d'Alexandre Junca, s’affaisse un instant, puis se relève dans un souffle comme pour reprendre un peu vie. Les mains des uns et des autres se serrent un peu plus fort. De cette journée où il a beaucoup bu et beaucoup fumé, Mickaël Baehrel, 30 ans, jugé pour "vol avec violences ayant entraîné la mort", ne sait rien expliquer. "Je n’arrive pas à dire pourquoi je suis arrivé à un tel niveau de violences, c'est une honte pour moi (...) J'ai brisé sa vie, la mienne. J'ai écouté sa maman ce matin.  Ça fait mal d'entendre ça. Je suis impardonnable, lâche-t-il. Oui, il ne m’a rien fait. Ça aurait pu être sur quelqu’un d’autre".

"Peut-être si j'avais pas volé le portable..."

Mais ce soir-là, c’est Alexandre Junca qui a emprunté ce chemin maudit. L’enfant de 13 ans rentrait à vélo lorsque Christophe Camy l’a interpellé. "Excuse-moi jeune homme, tu aurais l’heure ?" Le deuxième accusé à la voix mécanique raconte en mimant. "Il m’a donné l’heure, je l’ai pris par le col, comme ça, et je lui ai arraché son portable". Après, poursuit Camy, "le petit est allé poser son vélo. Il est revenu vers moi et m’a dit 'rends-moi mon portable'. Entre-temps, Baehrel l’avait pris. Je lui ai dit 'tu vois avec lui'. Baehrel a mis le portable dans sa poche, il a poussé le gamin qui est tombé sur les fesses. Après, j’ai vu Baehrel sortir un marteau et je suis parti en courant". "Peut-être si j’avais pas volé le portable, le petit serait pas décédé", reconnaît-il en présentant "ses excuses" à la famille. "Voilà, j'ai rien d'autre à ajouter".

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Un temps plus tard, Christophe Camy est debout, le doigt pointé en direction du président, et il a encore quelque chose à dire. "Quoi, quoi, qu’est-ce qu’il y a ? Vous m'accusez de meurtre ! Je n'ai pas frappé l'enfant !" Le micro a valsé, les policiers derrière lui se sont rapprochés. Il hurle. En quelques secondes, l'accusé de 28 ans, agacé par les questions pressantes du président pointant les contradictions de son récit, laisse éclater sa colère jusque-là contenue. Une impulsivité qui puise, selon lui, sa source dans l'enfance. "Je suis très nerveux depuis la naissance, je peux faire du mal, je peux taper dans tous les sens, expliquait-il calmement une heure plus tôt. J’essayais de ramener des notes du mieux possible (sic) et mon père me donnait des coups de pied. Un jour, il est passé à l’acte et m’a violé". Il raconte ça d'un trait, dans une salle qui reste interdite. Aujourd'hui, dit-il, "je suis suivi par des psychiatres et ça va mieux. On a trouvé un traitement qui m'apaise". 

"Je suis devenu un monstre"

Durant ses longues d'heures d'audition, Mickaël Baehrel a également laissé entrevoir le côté sombre de sa personnalité. "Soumission ? J’y comprends rien moi à ces questions", s'emporte-t-il après celle d'une avocate qui lui demande de préciser sa relation avec l'accusé Claude Ducos. Durant son audition à la barre, Mickaël Baehrel a raconté comment le chasseur de Cabidos, qui lui filait quelques billets en échange de fellations, est venu l'aider pour se débarrasser du corps d'Alexandre. "Je ne savais pas qu’il l’avait démembré avant de voir les sacs dans la voiture", assure Baehrel, qui juge cet acte "choquant". Un peu plus tôt, le principal accusé avait pourtant lui aussi reconnu : "L’alcool m’a rendu violent, je suis devenu un monstre". 

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