Procès Meilhon : "J’ai été violée", le dernier coup de fil de Laëtitia à un ami

Procès Meilhon : "J’ai été violée", le dernier coup de fil de Laëtitia à un ami

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COMPTE-RENDU - William, dernière personne à avoir pu s’entretenir au téléphone avec Laetitia Perrais avant qu’elle ne soit tuée, est venu témoigner vendredi après-midi aux Assises de Nantes.

C’est un ami, ou plutôt un jeune homme amoureux, qui est venu témoigner aux Assises de Nantes ce vendredi après-midi, au procès du meurtrier présumé de Laetitia Perrais. Il est 14h40 lorsque William Santarrossa s’approche timidement, sac à dos violet sur le dos, de la barre des témoins. A sa droite, dans le box des accusés, Tony Meilhon, que manifestement le jeune homme préfère ne pas regarder.

La voix est chevrotante. "Cette affaire m’a troublé, a troublé tout le monde, c’est choquant de savoir qu’elle a été tuée", commence le jeune homme de 21 ans, actuellement en recherche d’emploi. Ses liens avec Laetitia ? Le garçon hésite. "Je la connaissais, mais pas tant que ça". Pourtant, les deux jeunes n’arrêtaient pas de s’envoyer des SMS, l’enquête l’a prouvé. Et c’est lui que Laetitia a contacté la nuit du drame. Pressé par le président, William avoue : "J’avais beaucoup d’amitié envers Laetitia, et même un peu plus".

"J’ai un truc important à te dire"

William est le dernier à avoir entendu Laetitia vivante. Au cours de cette fameuse soirée du 18 janvier 2011, il appelle Laetitia à 23h. "Elle avait l’air d’être à une fête. J’ai entendu de la musique. Ensuite elle m’a dit, j’ai bu beaucoup, j’ai fait une bêtise. Ça m’a inquiété", raconte le jeune homme, l’air perdu. Laetitia ivre ? Aux dires de tous ses proches, cela n’était pas dans ses habitudes. "Ça m’a surpris", confirme l’ami.

Entre 00h12 et 00h32, Laetitia Perrais ne répond plus aux SMS de William mais son téléphone portable, tout comme celui de Tony Meilhon, déclenche des relais susceptibles de couvrir la zone d’Arthon en Retz. A 00h35, la jeune femme adresse enfin un message à son ami : "J’ai un truc important à te dire". Vingt minutes plus tard, elle l’appelle : "Elle m’a dit qu’elle avait été violée. En bruit de fond, j’entendais une musique, je ne sais pas si elle était en voiture ou dans une soirée. Elle m’a dit ‘je n’ai plus de batterie, je te rappelle à la maison’". C’est la dernière fois qu’il entendra la voix de celle qu’il convoite.

Il étrangle Laetita

Questionné, Tony Meilhon accepte de retracer – à sa façon – le déroulé de cette soirée. Au bar, ensemble, ils ont bu deux coupes de champagne chacun, pas plus. Ensuite, "elle a voulu voir comment c’était chez moi". La suite, il l’a déjà racontée. D’après lui, Laetitia Perrais lui aurait fait une fellation. De son plein gré. Tony Meihon souhaite aller plus loin, elle le repousse. Il la frappe. Avant de la ramener chez elle. Avant ce qu’il appelle "l’accident".

Pourquoi dans ce cas sa victime a-t-elle parlé d’un viol à William ? "Je ne sais pas de quoi elle parle", rétorque l’accusé. "Peut-être qu’elle a estimé que ce qui s’était passé était un viol. La fellation, je pense qu’elle l’a fait consentement (sic). Après, quand j’ai voulu aller plus loin, ça s’est mal passé, il y a eu l’étranglement… Peut-être qu’elle a vécu tout ça comme un viol", lâche, sans émotion aucune, le meurtrier présumé.

On revient sur le moment où Tony Meilhon raccompagne sa victime. Avant, donc, de la percuter volontairement alors qu’elle a pris son scooter (ce qu’il nie, ndlr). "Quand je l’ai laissée, je me sentais mal. Je lui ai dit que je l’appelais le lendemain. Elle m’a dit non, que c’est elle qui le ferait. Elle m’a dit qu’elle ne comprenait pas les mecs qui avaient des réactions comme ça".

"Je suis là, j’suis volontaire"

Les questions arrivent. Elles sont nombreuses, il faut dire qu’il subsiste de nombreuses zones d’ombre dans le déroulé du crime. L’accusé se braque : "Je ne sais pas ce que vous cherchez à démontrer", lance-t-il au président du tribunal. "Je cherche à comprendre", lui rétorque Dominique Pannetier. "Y’a pas de souci, je suis là, j’suis volontaire", assure Tony Meilhon. Un soupir d’exaspération se fait entendre du côté des parties civiles. Volontaire, certes, mais honnête ?

Rebelote quelques instants plus tard, avec l’avocate de Jessica, sœur de la victime. "Laetitia téléphone beaucoup ce soir-là, ça vous a énervé ?". "Non, elle était libre", lance l’accusé. Réponse cinglante de Me de Oliveira : "Dans votre coffre de voiture, elle ne l’était pas". Le président intervient. Mais la machine est lancée. Quelques minutes plus tard, Tony Meilhon lance à l’avocate générale, qui vient de l’interroger sur le moment où il déposé Laetitia à son scooter : "Vous m’embrouillez là, vous, à chaque fois". Sourire en coin, elle lui répond : "Navrée si je vous indispose". La journée s’achève péniblement avec autant de questions qu’elle a commencé.

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