Procession catholique à Paris : "La Commune a structuré la vie politique pendant un siècle et demi"

Procession catholique à Paris : "La Commune a structuré la vie politique pendant un siècle et demi"

EXPLICATIONS - Des catholiques qui défilaient ce samedi à Paris en hommage aux ecclésiastiques tués durant la Commune ont violemment été pris à partie. Un épisode qui évoque le clivage autour de cet épisode de l'histoire française. Décryptage avec Guillaume Debré, journaliste à TF1 et autour du roman historique "Frères de sang", qui se passe pendant la Semaine sanglante.

Un peu plus de 300 catholiques ont été pris à partie à Paris ce samedi, alors qu'ils défilaient en mémoire de victimes de La Commune. Selon les services d'ordre du diocèse, des militants d'extrême gauche ont frappé certains manifestants, qui ont dû se réfugier dans une église, jusqu'à l'intervention de la police. Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, a condamné ces agressions, estimant que "la liberté de culte doit pouvoir s’exercer en toute sérénité dans notre pays". 

Guillaume Debré, journaliste à TF1 et autour du roman historique "Frères de sang" (Editions Bouquins), qui se déroule pendant la Semaine sanglante, nous explique le contexte. 

Pourquoi cette procession ?

Cette procession voulait célébrer la mémoire des prêtres, certains jésuites, assassinés pendant la Commune, notamment lors du massacre de la rue Haxo, qui eut lieu à la fin de la Semaine sanglante. Certes certains hommes d’Église ont été emprisonnés et exécutés pendant la Commune, y compris l’archevêque de Paris. Mais la très grande majorité des 20 000 morts pendant la Semaine sanglante, sont des insurgés, des communards ou de simples Parisiens, exécutés par l’armée française, ceux qu’on appelait "les Versaillais".

La Commune est un épisode de l'Histoire de France qui est chargé d'une émotion politique qu’on a encore du mal à appréhender. Encore aujourd’hui, des groupes de la droite nationaliste veulent "célébrer" la victoire des Versaillais et donc le rétablissement de l'ordre social bourgeois catholique. La gauche, elle, préfère invoquer la mémoire des victimes de cette répression et célébrer cette expérimentation sociale et politique qui a duré 72 jours.

Pourquoi les différentes forces politiques cherchent à se réapproprier cet épisode de l'histoire de France ?

Parce que la Commune, et son pendant qu'est la répression de la Semaine sanglante, ont structuré la vie politique française pendant un siècle et demi. Pour les partis de gauche et d'extrême gauche, ça a été l'expression la plus flagrante de jusqu'où est prêt à aller le pouvoir bourgeois pour préserver l'ordre social. Pour la droite, il s'agit d'un épisode compliqué et qu'elle ne veut célébrer que comme étant l'instauration de la IIIe République. 

Il y a quelques jours, un drapeau tricolore avec le cœur sacré ou l'emblème des Vendéens de 1793 a été agité lors d’une manifestation. Ce drapeau tricolore avec le cœur sacré, c'est un message politique qui veut dire : "On peut aimer la France sans accepter la République". Il s'agit d'un symbole politique qui date d'après la Première Guerre mondiale et qui, aujourd'hui, est un drapeau de ralliement de la droite nationaliste. Et donc ces derniers veulent faire perdurer cet idéal avec des symboles qui sont postérieurs à la répression versaillaise et à la Commune de Paris, mais qui touchent une symbolique politique extrêmement forte chez certains groupes catholiques nationalistes notamment.

Qu'a laissé la Commune dans l'imaginaire de la gauche et de la droite ?

La gauche veut se réapproprier ce mouvement, même s'il est très, très loin de l'idéal de la gauche d'aujourd'hui. La droite est assez mal à l'aise avec l'anniversaire parce qu’il s'agit quand même de la répression d'un mouvement social et politique. Et il faut bien comprendre que la Commune et la répression de la Semaine sanglante a structuré la vie politique pendant un siècle et demi. Elle est la ligne de démarcation qui explique pourquoi la lutte des classes a été si présente dans notre narrative politique depuis ce temps-là.

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