"Tu m'as allumé, faut assumer" : "Sexe sans consentement", le documentaire sur ces viols qui ne disent pas leur nom

"Tu m'as allumé, faut assumer" : "Sexe sans consentement", le documentaire sur ces viols qui ne disent pas leur nom

SOCIÉTÉ
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A VOIR - Mardi 6 mars sur France 2 était diffusé "Sexe sans consentement", de Delphine Dhilly et Blandine Grosjean. Un documentaire qui explore ce moment où beaucoup de femmes cèdent à un rapport sexuel sans pour autant y consentir. Une "zone grise" qui n'est rien d'autre qu'un viol qui ne dit pas son nom.

C'est l'histoire de bon nombre de femmes. C'est peut-être la vôtre. C'est ce souvenir d'une soirée de vacances, d'une nuit arrosée, chez lui, chez vous, au cours de laquelle vous avez cédé à un rapport sexuel alors que, clairement, l'envie n'y était pas. Il insistait beaucoup, ou seulement à peine et, par honte, par peur de ne pas être à la hauteur, par politesse même, vous n'avez pas osé dire "non". 


Cette histoire, c'est en tout cas celle de Natacha, Floriane, Louise, Mary, Juliette et Célia. Elles racontent dans le documentaire "Sexe sans consentement", réalisé par Delphine Dhilly et Blandine Grosjean et diffusé ce mardi 6 mars sur France 2, cet instant où elles ont cédé sans consentir, victimes d'un viol qui ne dit pas son nom et qu'on définit un peu trivialement parfois comme un malentendu, celui de "la zone grise".

"Tu m'as allumé, faut assumer"

"Il a commencé à me toucher, je lui ai dit non. Et il m'a dit : 'Maintenant que tu m'as allumé, faut assumer'", explique par exemple Natacha, qui n'a pas voulu repousser ce garçon qui lui plaisait à l'époque, un soir de festival, sous une tente. Célia, quant à elle, venait de rentrer chez elle, après une soirée, lorsque celui qui l'avait draguée quelques heures plus tôt a insisté pour passer la porte et se glisser dans son lit. "Physiquement, j'aurais pu le repousser, si j'avais hurlé, il serait certainement parti, mais j'étais tellement choquée que j'étais pas capable de le faire", dit-elle.


"Il est important de pouvoir penser le viol comme un geste qui peut être plus banal qu'on l'imagine, même s'il appartient aux femmes de décider de la gradation de l'impact et de la violence de ce qu'elles ont vécu", détaille Delphine Dhilly, co-réalisatrice, interrogée par LCI. A travers le témoignage de ces femmes se dessine en creux un absent immense : un mot, qui pourrait définir le fait de céder sans consentir. "La définition actuelle du viol - une pénétration par violence, menace, contrainte ou surprise, ne leur permet pas de se reconnaître.Du coup, ça crée une zone problématique dont il est important de discuter pour mieux la nommer et faire réflechir."

Pour 21% des Français, une femme peut prendre du plaisir à être forcée

Faire réfléchir pour en finir avec la "zone grise". Pour Delphine Dhilly, une partie de la solution se trouve "dans l'éducation des jeunes adultes". "La reconnaissance de leur corps par les femmes, la notion de virilité à déconstruire pour les hommes, c'est vraiment un débat qui doit prendre sa place" détaille-t-elle.


Reste que ces représentations ont la vie dure. Comment espérer construire des relations claires et consenties quand des clichés lourds commes des enclumes nous empêchent d'exprimer ou d'entendre les désirs de l'autre, surtout au commencement de la vie sexuelle ? Le documentaire rappelle à cet égard les chiffres établis par le sondage Ipsos pour l'association Mémoire traumatique et victimologie, en 2016, sur les représentations du viol (à retrouver ici en intégralité). On y apprenait notamment que, pour 63% des Françaises et des Français, "il est plus difficile pour un homme de maîtriser son désir sexuel que pour une femme". Que, pour 21% des personnes interrogées, "les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcées" lors d'une relation sexuelle, ou encore que, pour 19% des sondés, "beaucoup de femmes disent non mais ça veut dire oui". 

En vidéo

LA CULTURE DU VIOL, C'EST QUOI ?

Dès qu'on me dit non, ça me motive encore plusUn jeune homme interviewé dans le documentaire

La force de ce documentaire réside aussi dans son succès à traduire l'effet de ces idées reçues en images. C'est ainsi qu'on assiste à plusieurs séquences éloquentes d'hommes interrogés sur la notion de consentement. La plupart apparaissent très peu armés pour comprendre que l'absence d'un "non" ne signifie pas forcément un "oui". L'un d'eux va même plus loin en assurant, le plus innocemment du monde : "Ça m'est déjà arrivé d'être la situation où je veux aller plus loin et elle non, donc on a fait la première partie [...] et le lendemain matin, je l'ai relancée, et j'ai eu ce que je voulais [...]. J'aime bien les filles compliquées, dès qu'on me dit 'non', ça me motive encore plus d'y aller."


"Chez les garçons, j'ai surtout entendu une contradiction", explique encore Delphine Dhilly. "Ils sont tellement persuadés que les femmes et les hommes sont égaux à présent, qu'ils ne comprennent pas pourquoi elles ne s'en vont pas si elles ne sont pas d'accord. Ils ne se rendent pas compte des injonctions qui pèsent sur les femmes depuis toutes petites, celle d'être polie,  notamment. Et aussi, ils ont cette vision du rapport de séduction qui doit être dans le non-verbal." Ils sont plusieurs dans le film à dire par exemple : "C'est pas trop facile de dire 'on fait l'amour ?', 'on baise ?', des trucs un peu violents comme ça".

Apprendre à dire ses désirs

Et pourtant, la "solution numéro 1", elle est d'abord dans les mots, selon la réalisatrice qui espère un renouveau dans l'apprentissage "d'être dans son corps, de communiquer, de s'exprimer". De dire ses désirs, tout simplement. "Les filles apprennent à dire non, avant de dire oui", constate-t-elle, sans pour autant mettre la responsabilité de ces situations sur les femmes. "Garçons et filles sont baignés ensemble là-dedans. On peut évoluer ensemble, à des endroits différents, faire chacun une part du travail." L'attente collective, dit-elle, "c'est quand-même que nous devons être polies et eux, conquérants : comment on fait, alors ?"

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