Projet controversé d’aéroport : à Notre-Dame-des-Landes, Edouard Philippe assure qu'aucune décision n'est prise

COUCOU, C'EST EDOUARD - A quelques jours d'une décision sur l'abandon ou non du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le Premier ministre a fait un déplacement surprise ce samedi en Loire-Atlantique.

C'était une visite surprise. Qu'il a lui même fait filtrer sur son compte Twitter en début de matinée. Le Premier ministre Edouard Philippe a effectué une visite inopinée à Notre-Dame-des-Landes ce samedi alors que le gouvernement doit décider d'ici fin janvier s'il choisit oui ou non d'abandonner le projet d'aéroport.   "Voir. Ecouter. A Notre-Dame-des-Landes", écrit succintement Edouard Philippe.

Une des photos montre le Premier ministre en conversation avec Jean-Paul Naud, maire de la ville de Notre-Dame-des-Landes, opposé au transfert de l'aéroport. Ce dernier plaide pour que la ZAD devienne une "zone d'agriculture protégée". "Le Premier ministre était beaucoup dans l’écoute", a confié par la suite Jean-Paul Naud au micro de LCI. "Il a voulu se rendre compte de la réalité du terrain en venant jusqu’à Notre-Dame-de-Landes. J’ai redéveloppé les arguments en faveur de l’extension de l’aéroport actuel. Après, avec le président de la République, cela lui permettra je l’espère de prendre la bonne décision."

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"Il était beaucoup dans l'écoute" : le maire de Notre-Dame-des-Landes raconte la visite du Premier ministre

Le Premier ministre est ensuite allé s'entretenir avec la maire PS de Nantes, Johanna Rolland, qui est elle pour le projet. "Le Premier ministre a souhaité qu’on puisse poursuivre les échanges que nous avons eu hier", raconte la maire de Nantes. "Il m’a dit vouloir voir sur le terrain à Nantes la situation, je l’ai donc naturellement reçu en mairie et lui ai dit quelle était ma conviction pour ce projet, pour l’emploi, pour l’économie mais aussi pour les enjeux écologiques." D’après Johanne Rolland, aucune décision n’est encore prise : "Il m’a redit que sa décision n’était pas prise, et que les jours à venir allaient aussi permettre de la finaliser."

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La maire de Nantes s'exprime après la visite du Premier ministre

De son côté, le sénateur LR de Vendée et ancien président de la Région Pays de la Loire, Bruno Retailleau, également présent, a commenté : "Le Premier ministre nous a dit que c’était une décision difficile", dit-il. "Je lui ai dit que quand on est dans une démocratie, dans un état de droit, ce qui permet de prendre et d’assumer les conséquences d’une décision difficile,  c’est d’assumer la légitimité d’une décision. Quelle est la légitimité ? C’est le vote et c’est le droit. Le vote c est exprimé. Le droit s’est exprimé, à travers 179 décisions de justice."

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Bruno Retailleau et Johanna Rolland s'expriment

"Le risque serait celui de la non-décision", ajoute Johanna Rolland. "S’il ne se passe rien dans ce quinquennat, s’il ne se passe rien dans le quinquennat suivant, alors ce serait une non décision. Et je n’ai pas compris jusqu’à présent que c’était la ligne du gouvernement."


Edouard Philippe est ensuite allé visiter l'actuel aéroport Nantres-Atlantique, puis la commune qui jouxte la structure, Saint-Aignan-de-Grandlieu. Là, il a pris la parole devant les caméras pour expliquer sa démarche. Il raconte avoir "tenu à se rendre sur place", et avoir eu un échange très agréable, très instructif" avec le maire de Notre-Dame-des-Landes, puis une entretien là encore "direct, courtois, et intéressant" avec Johanna Rolland, et avoir enfin rencontré également le maire de Saint-Aignan-de-Grandlieu, commune qui serait directement impactée en cas d'extension de l'actuel aéroport. "Depuis quelques jours, j'ai multuplié les consultations, près d'une centaine d'élus sont venus à Matignon, j'ai lu beaucoup", a-t-il rappelé. "Il était aussi indispensable que je puisse voir. Quand on veut réfléchir bien, c'est bien d'écouter, c'est bien de lire, c'est bien aussi de voir. C'était l'objectif de ce déplacement, et ça nourrit ma réflexion." Cette visite surprise ne change en rien le calendrier établi, comme il l'a précisé : "C'est une décision difficile à prendre, mais je rendrai ma décision d'ici fin janvier." Il a enfin redit que "sa décision n'était pas prise", et qu'elle exigeait "encore quelques consultations".

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"Il était indispensable que je puisse voir" : Edouard Philippe est à Nantes

pA quelques jours de la décision finale, le gouvernement, en tout cas, veut montrer qu'il écoute. Il a reçu vendredi à Paris le Syndicat mixte aéroportuaire Ouest, qui regroupe les élus des 20 collectivités impliquées dans le projet de transfert. 

Tous ont employé leurs arguments pour tenter d'emporter le feu vert définitif de l'exécutif à un projet quinquagénaire qui selon eux "n'a pas d'alternative" et dont l'abandon serait "une non-décision" foulant aux pieds le référendum local de 2016.


"Ce n'est pas sérieux de vouloir faire croire à la France qu'on pourrait réaménager Nantes-Atlantique en deux ans (de procédures, ndlr). Vous croyez que les Nantais, les collectifs, ne se mobiliseraient pas? Ca serait la même chose, ça veut dire qu'on repart pour dix ans", avait plaidé la maire PS de Nantes Johanna Rolland. "Si l'aéroport n'était pas transféré à Notre-Dame-des-Landes, en réalité, il ne se passerait rien dans ce quinquennat, et très certainement rien dans le quinquennat prochain", a-t-elle pointé. 

Ni le Premier ministre ni Matignon ne se sont exprimés à l'issue de ce dernier tour de table, mais Edouard Philippe a réaffirmé que la décision "n'était pas prise", selon les participants. Depuis vendredi dernier, le Premier ministre a successivement rencontré les grands élus (parlementaires, maires, présidents de conseils départementaux...) de Loire-Atlantique, puis ceux d'Ille-et-Vilaine, du Morbihan, du Maine-et-Loire, et enfin ceux de Mayenne et de Vendée mardi.


Pro ou anti, chacun a pu exprimer sa position une dernière fois, dans le contexte nouveau des conclusions du rapport des trois médiateurs nommés par Edouard Philippe.  Ce dernier a conclu que la construction de Notre-Dame-des-Landes et l'agrandissement de l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique étaient deux options "raisonnablement envisageables", remettant ainsi en selle la seconde possibilité, longtemps écartée sous le quinquennat Hollande.

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