Projet d'attentat de l'ultradroite : "Certains membres de cette mouvance ont des liens avec le FN"

Projet d'attentat de l'ultradroite : "Certains membres de cette mouvance ont des liens avec le FN"

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INTERVIEW - Au lendemain de l'interpellation de dix personnes gravitant pour la plupart dans la mouvance de l'ultradroite, Nicolas Bay a affirmé sur LCI que le FN n'avait rien à voir avec "ces groupuscules". Mais qui sont-ils ? Quelle est leur place en France ? Nous avons interrogé Bénédicte Laumond, spécialiste de l'extrême droite en Europe.

Ce mardi, dix personnes de 17 à 25 ans, gravitant dans la mouvance d'ultradroite, ont été arrêtées dans une enquête portant sur un projet d'attentat. Leurs cibles : des hommes politiques, des mosquées ou encore des migrants. Les dix protagonistes "étaient en lien" avec Logan Alexandre Nisin, un ancien militant de l'Action Française Provence, organisation royaliste qui avait multiplié les provocations musclées autour de Marseille et d'Aix-en-Provence avant l'été.

Sur LCI, le secrétaire général du Front national Nicolas Bay a assuré que le parti d'extrême droite n'avait "rien à voir" avec les "groupuscules" en cause dans cette enquête. Quels sont les liens de ces groupes avec l'extrême droite ? Sont-ils particulièrement surveillés par la police française ? Elements de réponse avec Bénédicte Laumond, spécialiste de l'extrême droite en Europe et auteure de Police et surveillance de l'extrême droite en Allemagne aux éditions L'Harmattan.

LCI.fr : Qu'est-ce que l'ultradroite et quels sont ses liens avec l'extrême droite ?

Bénédicte Laumond : L'"ultradroite" est un terme utilisé par la police en France. Nous parlerons plutôt donc de droite radicale. Elle est composée de partis politiques - avec des degrés de radicalisme différents -, de mouvements sociaux et de groupes beaucoup moins structurés. Parmi les personnes interpellées mardi, certain sont assez proches de l'Action française, qui n'est pas dénuée de liens avec des partis d'extrême droite et notamment avec le Front national, même si ce dernier cherche à s'éloigner de ces groupuscules.

LCI.fr : Y a-t-il une forte présence de la droite radicale en France ?

Bénédicte Laumond : Historiquement, le milieu socio-culturel radical en France est beaucoup moins important que ceux présents en Allemagne ou en Angleterre. Dans notre pays, l’évolution n’a pas été massive. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de mouvements capables de s’organiser, de se financer et de mener des actions violentes et terroristes.

LCI.fr : Ces groupes sont-ils en train de se développer ?

Bénédicte Laumond : Il se peut que ces groupes restent relativement petits. Mais ce qui me frappe, notamment parce que je travaille aussi sur le cas allemand, c'est que ce schéma-là s'est dessiné dans les années 90 dans des régions de l'ancienne RDA - où la scène d'extrême droite était éparpillée en groupuscule assez actifs. Ce n'est donc pas complètement absurde d'imaginer que ces groupes pourraient continuer à se structurer.

En vidéo

Arrestation de militants d'ultra-droite : "des groupuscules avec lesquels nous n'avons rien à voir" (Nicolas Bay, FN)

Depuis quelques années, l’attention principale a été celle portée à l’islamisme et aux mouvements radicaux de gaucheBénédicte Laumond

LCI.fr : Sont-ils particulièrement surveillés par les forces de l'ordre françaises ?

Bénédicte Laumond : Ces mouvements sont censés être observés et surveillés de près, et on a quelques raisons de croire que c’est le cas. Mais il ne faut pas perdre de vue deux choses : la réorganisation des services de renseignement en France depuis 2008 a mené a une perte de moyen des services de renseignement territoriaux. D'autre part, depuis quelques années, l’attention a surtout été portée sur l’islamisme et sur les mouvements radicaux de gauche. Donc, ce sont bien des mouvements surveillés par la police, mais pas prioritairement.

LCI.fr : Mardi, les interpellations ont eu lieu dans le sud-est. Connaît-on des zones en France où la droite radicale est particulièrement ancrée ?

Bénédicte Laumond : Il existe des zones où le milieu socio-culturel radical de droite se structure depuis plusieurs années, notamment via l'apparition de camps d’entraînement. Ce sont bien souvent des régions déshéritées et rurales, comme la Picardie, ou des régions du Sud-Est.

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