Projet de loi de Cazeneuve : la France, terreau de djihadistes ?

Projet de loi de Cazeneuve : la France, terreau de djihadistes ?
SOCIÉTÉ

TERRORISME - Les députés ont entamé lundi l'examen d'un projet de loi renforçant l'arsenal antiterroriste afin notamment d'empêcher les départs en Syrie de candidats au djihad. Un phénomène en plein essor en France, pays européen qui "fournit" le plus de djihadistes.

"De tous les chantiers de sécurité que j'ai eu à connaître depuis ma prise de fonction, aucun ne m'a paru aussi lourd de risques pour notre pays". Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a joué cartes sur table lundi soir à l’Assemblée nationale pour défendre son projet de loi. Celui-ci vise à renforcer l'arsenal antiterroriste afin notamment d'empêcher les départs en Syrie de candidats au djihad , dont les autorités craignent des attentats à leur retour.

Il faut dire que les chiffres font froid dans le dos. Selon le ministre, environ 930 Français sont impliqués dans des filières vers la Syrie et l'Irak : 350 sont sur place, 180 sont rentrés en France, 170 sont en transit vers la zone et 230 auraient des velléités de départ. Un nombre en "augmentation de 74% en huit mois", a prévenu Bernard Cazeneuve. La France, terreau de djihadistes ? D'après des données compilées par The Economist début septembre, un tiers des djihadistes occidentaux partis faire le djihad proviennent de France. Loin devant le Royaume-Uni (400 djihadistes), l'Allemagne (270) et la Belgique (250). "Il s'agit d'une population jeune et hétérogène, majoritairement issue de familles immigrées, mais comportant également une part importante de convertis (20%). Près de la moitié des individus recensés étaient inconnus des services spécialisés avant leur signalement", a précisé Bernard Cazeneuve.

Un échec du modèle d’intégration

Des profils divers mais qui ont souvent connu une trajectoire identique avant de s’exiler, comme nous l’explique le spécialiste de la Syrie Frédéric Pichon*. "Ces départs résultent d’un échec de notre modèle d’intégration," nous explique le chercheur, invoquant un "néo-colonialisme paternaliste" français qui a consisté à "faire semblant de s’occuper de ces populations, oubliant de répondre aux aspirations d’exode". Autre élément de ce "cocktail" qui peut expliquer le départ d’apprentis djihadistes : la montée en puissance de la propagande salafiste, à travers les réseaux sociaux ou les chaînes de télévision du Golfe. Mais aussi "la liberté de circulation favorisée par l’espace Schengen", ajoute Frédéric Pichon.

Régulièrement abordés par les médias, les parcours des "loups solitaires" comme Mohamed Merah ou Mehdi Nemmouche peuvent aussi des émules. En particulier sur les réseaux sociaux, où "ils sont considérés comme des exemples et ont une posture de héros auprès d’une jeunesse en perte totale de sens moral", constate le spécialiste. S’il se méfie du terme de "loup solitaire", Bernard Cazeneuve veut d’ailleurs créer via son projet de loi l'incrimination "d'entreprise terroriste individuelle" pour compléter la mesure phare de la législation française depuis 30 ans, "l'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Cet arsenal législatif devrait être voté en procédure d'urgence (une seule lecture) mercredi. Car le temps presse : selon Loïc Garnier lundi dans Le Parisien , "la question n’est plus de savoir s’il y aura un attentat en France, mais quand."

* Frédéric Pichon vient de publier "Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé" aux Editions du Rocher.

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