Propos antisémites : 300 jours amende à 100 euros requis contre Dieudonné

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PROCES – Le procureur a requis ce mercredi 30 000 euros en jours amendes à l'encontre de Dieudonné M'bala M'bala. L'humoriste était jugé par le tribunal correctionnel de Paris pour provocation à la haine raciale suite à des propos antisémites à l'encontre du journaliste Patrick Cohen et dans le cadre de son spectacle Le Mur.

"Je ne suis pas antisémite. L'antisémitisme, ça n'est pas drôle, ça ne fait pas rire les gens." Cette phrase est revenue comme un leitmotiv ce mercredi dans la bouche de Dieudonné qui comparaissait devant le tribunal correctionnel de Paris pour injures et provocation à la haine raciale.

Etait notamment reproché à l'humoriste d'avoir prononcé à l'encontre d'un journaliste de France Inter, Patrick Cohen : "Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu'il ait le temps de faire sa valise. Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… dommage ". A cela s'ajoutaient la chanson "Shoah nana" inspirée du tube d'Annie Cordy et d'autres propos tenus dans le cadre de son spectacle "Le MUR" comme : "Je n'ai pas à choisir entre les Juifs et les nazis, je suis neutre dans cette affaire."

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"Comme Charlie Hebdo…"

Alors qu'il n'était pas attendu, le polémiste est venu s'expliquer largement devant les magistrats. Concernant ses propos contre Patrick Cohen, il a estimé que ce dernier était le premier à l'avoir attaqué et que depuis février 2013, il s'acharnait régulièrement - "comme Manuel Valls" - contre lui. "Tout d'un coup, je suis devenu le centre de ses obsessions. Il a dit que je faisais partie de ces personnes avec un cerveau malade (…) évidemment, le cerveau malade ça a fait tilt", a-t-il dit considérant que cela faisait référence au fait qu'il soit noir. Et d'ajouter : "Moi, plutôt que de porter plainte, je lui ai répondu sur mon terrain : l'humour".

Interrogé sur le fait que ses blagues antisémites ne faisaient pas forcément rire, Dieudonné a rétorqué : "Pour faire rire les gens, il faut qu'ils décèlent une distance. Jamais je n'ai entendu des propos racistes au premier degré faire rire". Quant aux phrases qui pouvaient heurter certains, il a fait valoir la liberté d'expression. "La Shoah, c'est un drame, c'est un crime contre l'humanité… Mais comme Charlie Hebdo le fait très bien avec le prophète Mahomet, on peut aussi parler de la Shoah", a-t-il affirmé.

"Appel à la haine"

La Licra qui s'était constituée partie civile, comme l'association Ben Gourion et le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), n'a pas du tout vu d'un bon œil l'axe de défense du polémiste. "Les propos de Dieudonné ne sont pas la liberté d'expression, c'est de l'appel à la haine" a dit leur avocate rappelant que cela faisait plus de dix ans que la ligue était "confrontée" au personnage. "Bientôt Dieudonné n'aura plus de sujet parce que les juifs s'en vont. Ils s'en vont parce qu'ils ont peur", a ajouté l'avocat du BNVCA déplorant lui aussi les attaquées répétées à l'encontre des juifs.

Et la procureur non plus n'a pas adhéré à l'humour du prévenu. Après quatre heures d'audience, le ministère public a requis 300 jours amende à 100 euros à son encontre considérant qu'il ne faisait pas dans la "liberté d'expression" mais "dans l'appel à la haine" en tenant dans ses spectacles des propos antisémites. La décision a été mise en délibéré au 19 mars 2015.

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