Propositions des députés après l'affaire Lactalis : les victimes craignent que les mesures "n'aillent pas assez loin"

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Lait infantile contaminé : Lactalis et la grande distribution face au scandale

SANTÉ - Après l'affaire Lactalis, les députés entendent demander un meilleur contrôle des industriels en matière de lait infantile. Ils dévoilent leurs recommandations ce mercredi 18 juillet. Pour l'heure, celles qui sont déjà connues semblent insuffisantes à la principale association de victimes.

Elle planche sur le sujet depuis plus d'un mois. La commission d'enquête parlementaire qui s'est penchée sur les dysfonctionnements de Lactalis liés au scandale du lait infantile contaminé s'apprête à dévoiler ce mercredi 18 juillet ses recommandations. Dans la matinée, plusieurs pistes ont d'ores et déjà été révélées par son président, Christian Hutin, sur Europe 1. 

On retient ainsi des recommandations qui se concentrent, dans les grandes lignes, sur un meilleur contrôle des industriels, une autorité unique pour les crises sanitaires et une révision des procédures de retrait des produits. 

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"Contrôler les contrôleurs"

En détails, après que 36 nourrissons ont été atteints à la fin de l'année 2017 de salmonellose en consommant un produit pour enfant fabriqué par Lactalis, la commission parlementaire entend "contrôler les contrôleurs et contrôler les contrôlés". Il estime ainsi que "l'auto-contrôle n'est pas suffisant". Par ailleurs, la commission devrait préconiser de "toucher au portefeuille" les industriels, dans le cas où ceux-ci "ne respectent pas une forme de déontologie et de rigueur sur les autocontrôles". Une forme de "responsabilité pénale" serait alors envisagée. Les députés souhaitent enfin garantir l'indépendance des contrôleurs. "Quand un laboratoire a 90% de son chiffre d'affaires qui est lié à une seule entreprise, ça peut poser un problème", a assuré Christian Hutin.

Autre aspect d'une éventuelle réforme : une centralisation de la gouvernance dans le domaine de la santé alimentaire. En somme, une autorité unique en lieu et place d'une "armée mexicaine", selon les mots du président de la commission, partagée entre "trois ministères : la Santé, Bercy et Agriculture, c'est pas possible". "Il faut que ce soit très clair: un numéro unique, un site unique, une décision unique", a-t-il déclaré.

Un goût de pas assez

Ces débuts de pistes sont-ils satisfaisants pour les victimes ? "Sur le fond, je n'ai rien à dire, mais si les propositions de la commission se limitent à ces annonces, il est clair que cela ne va pas assez loin" explique à LCI Quentin Guillemain, président de l'AFVLCS, association des familles de victimes du lait contaminé aux salmonelles. D'autres pistes sont censées être dévoilées d'ici à la fin de la journée, mais pour l'heure, le porte-parole s'avoue sceptique. "C'est une redite de tout ce qu'on a déjà entendu depuis six mois" dit-il. "La Commission propose de contrôler les contrôleurs. C'est très bien, mais encore faut-il qu'il y ait des contrôles ! On a appris pendant les auditions qu'il n'y avait pas eu de contrôles de l'Etat pendant quinze ans!" (Dans un entretien à l'Humanité, un ancien cadre de l'industrie disait avoir été contrôlé cinq fois en vingt ans, ndlr)

Quand à la fusion des administrations de surveillance de Lactalis, Quentin Guillemain est ouvert à la proposition : "Je dis pourquoi pas. Nous, en fait, ce qu'on demande, c'est d'avoir un interlocuteur unique qui puisse nous donner des informations au quotidien. Car pour l'instant, personne ne nous répond, on ne sait pas à qui s'adresser..." Sur le fond, donc, pas de désaccord majeur pour l'association de victimes, mais le chemin reste encore long pour améliorer leur situation. L'évolution du lait infantile délivré sous ordonnance comme un médicament, par exemple, ne devrait pas être retenue parmi les dizaines de propositions à venir. 

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