Prostitution : les députés rétablissent l'amende de 1500 euros pour les clients

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SOCIETE - Les députés ont rétabli vendredi la pénalisation des clients de prostituées. Outre la suppression du délit de racolage, le texte socialiste prévoit des mesures visant à améliorer la protection et la réinsertion des personnes prostituées en leur facilitant l'accès à un titre de séjour, à un soutien financier et à un logement.

Les sénateurs l'avaient supprimé au profit du délit de racolage. Ce vendredi 12 juin, en petit comité, les députés ont rétabli la pénalisation des clients de prostituées en adoptant en deuxième lecture la proposition de loi socialiste contre la prostitution.

Amende de 1.500 euros

Présentée par la députée PS Maud Olivier, rapporteuse du texte, la proposition de loi sanctionne les clients de prostituées d'une amende de 1.500 euros, portée à 3.750 euros en cas de récidive. Elle prévoit, en outre, des mesures visant à améliorer la protection et la réinsertion des personnes prostituées en leur facilitant l'accès à un titre de séjour, à un soutien financier et à un logement.

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Après l'adoption du texte en séance plénière, la secrétaire d'État aux Droits des femmes, Pascale Boistard, a demandé que la proposition de loi soit mise en œuvre "rapidement" pour envoyer "un signal fort". Le blocage administratif des sites de prostitution, introduit par un amendement des sénateurs, a lui été supprimé grâce à un amendement du député écologiste Sergio Coronado (le gouvernement souhaite d'abord évaluer la pertinence d'un tel blocage). Mais le Sénat doit encore examiner le texte socialiste en seconde lecture, avant que l'Assemblée nationale n'ait le dernier mot.

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Rassemblement de prostituées contre la pénalisation

La veille, une cinquantaine de prostituées avaient manifesté dans l'après-midi à Paris pour réaffirmer leur opposition à la pénalisation des clients. Réunies place des Invalides, à l'appel du collectif Droits et Prostitution composé de plusieurs associations de travailleurs du sexe, elles avaient dénoncé des mesures qui les rendent plus vulnérables."Si les vraies raisons de ces mesures étaient notre bien-être, on s'en tiendrait aux mesures sociales, mais non, il faut que nos clients soient délinquants!", s'était emportée Mylène Juste, la présidente du collectif des femmes du quartier Strasbourg Saint-Denis à Paris.

Pour la porte-parole des Roses Acier, association de femmes chinoises prostituées de Belleville, Ai-Ying Guoying, la pénalisation va pousser "les femmes dans des endroits plus éloignés, plus cachés, elles ne travailleront plus en binôme. C'est une opportunité pour les proxénètes et les trafiquants qui profitent de notre vulnérabilité". Interrogée par Le Monde, à l'occasion d'un reportage , Adeline Toullier, pour l’association de lutte contre le sida Aides, estime de son côté qu'avec la pénalisation, "on déplace la cible mais on sait très bien que la prostituée devra modifier son offre pour protéger le client" "L’isolement les rend plus vulnérables. Ce sera plus difficile pour nous d’entrer en contact pour la prévention et le dépistage. Leur pouvoir de négociation, sur le préservatif ou le prix, sera affaibli. Et le risque de vol, de viol ou de violence accru", conclut la militante de terrain.

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