Qualité du service SNCF : le sombre bilan dressé par le gouvernement est-il justifié ?

TRANSPORTS - L'exécutif multiplie les arguments pour défendre la réforme de la SNCF qu'il souhaite engager en mars. Outre le problème de la dette galopante de l'entreprise ferroviaire, les membres du gouvernement estiment que la ponctualité des trains se dégrade, plaçant la France derrière l'Allemagne. Que disent les statistiques ?

Il y a "urgence" à réformer la SNCF. Depuis la présentation du projet par Edouard Philippe, lundi 26 février, les membres du gouvernement se relayent pour argumenter en faveur d'une réforme au pas de charge de l'entreprise ferroviaire. S'ils invoquent principalement la dette de la SNCF, de l'ordre de 45 milliards d'euros pour la seule branche "Réseau", chargée des infrastructures, l'exécutif avance d'autres arguments, dont la vétusté, qui générerait d'importants ralentissements sur des centaines de kilomètres de chemin de fer, mais aussi celui de la ponctualité, qui ne serait pas à la hauteur des investissements consacrés au ferroviaire.


Dans son discours, ce lundi, Edouard Philippe a notamment estimé que "pour les RER et les TER, les chiffres ne sont pas acceptables". "Presque 1 RER sur 6 et 1 TER sur 10 arrive en retard", a ainsi argumenté le Premier ministre, "ce qui est deux fois plus élevé que chez nos voisins allemands ou néerlandais". Des chiffres repris mardi 27 février par le secrétaire d'Etat Christophe Castaner sur LCI, puis le lendemain par le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux et Elisabeth Borne, invitée de LCI. Le dossier de presse présenté par Matignon va plus loin, expliquant que le taux de retard "sur les trains du quotidien, TER, Francilien, s'aggrave d'un point par an".  Si le constat du gouvernement s'appuie en partie sur le rapport Spinetta remis mi-février, les données rendues publiques par les opérateurs ferroviaires français et allemand offrent un éclairage un peu plus précis sur ce diagnostic.  

Le trafic francilien en berne

L'observation des données rendues publiques par la SNCF laisse apparaître, depuis 2013, une dégradation contrastée de la régularité sur les lignes de RER d'Ile-de-France. Les statistiques corroborent grosso modo l'observation du Premier ministre sur "1 RER sur 6" arrivant avec plus de 5 minutes de retard. C'est tout particulièrement le cas du RER A, passé de 83,96% de régularité en 2013 à 72,77% en 2017.


Entre 2013 et 2017, la ponctualité a globalement progressé pour les lignes B et D, et régressé pour les lignes A, C et E. 

Des situations variables sur le réseau TER

Difficile, en revanche, de trouver la confirmation d'une baisse d'un point par an de la ponctualité sur le réseau régional, comme l'affirme l'exécutif. La régularité moyenne est proche de 1 TER sur 10 arrivant avec plus de 5 minutes de retard, mais rien n'indique une dégradation massive du service. 


La ponctualité a globalement stagné entre 2013 et 2017, si l'on s'en tient aux données mensuelles de l'opérateur. Selon nos calculs, la moitié des vingt réseaux régionaux ont connu une légère érosion de leur ponctualité sur cette période, de l'ordre de deux points le plus souvent, sauf dans le cas du TER Centre (92,17 à 86% de régularité en quatre ans).


La situation la plus dégradée est constatée en réalité sur les réseaux Intercités, où l'on constatait en 2017 des taux de régularité pouvant plonger certains mois autour de 30%... c'est-à-dire 7 trains sur 10 en retard sur ces lignes locales. 

Une situation disparate aussi en Allemagne

L'Allemagne, citée en exemple par le Premier ministre, présente elle-même une situation contrastée sur le plan de la qualité de service. Le réseau régional allemand revendique en janvier 2018, toutes lignes confondues, une ponctualité de l'ordre de 95,1% de trains arrivant avec moins de 5 minutes de retard, selon les "datas" de la Deutsche Bahn.  Soit un résultat légèrement supérieur aux TER français à la même période. Toutefois, ce réseau partiellement privatisé connaît lui aussi un problème de vétusté et certains axes ferroviaires, notamment dans les centres urbains les plus concentrés, présentent un bilan beaucoup moins favorable en matière de régularité. 


En outre, le trafic grandes lignes allemand, s'il tend à s'améliorer, reste fortement impacté par les travaux de rénovation menés sur les infrastructures. Résultat : une ponctualité de 78,5% seulement en 2017, et de 82% en janvier 2018 sur les grandes lignes. Concernant le TGV français, la régularité du trafic de l'année écoulée n'était pas disponible ce jour sous forme de "data". Début janvier, Les Echos avait fait état, sur la base de ces données, d'une régularité en berne, de l'ordre de 88,99% sur les lignes TGV françaises en 2017, mais la SNCF avait invoqué une erreur de saisie des données, affichant une régularité de 88,7%. 

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