"Quand j'ai compris que je vous devais la vie" : Michèle retrouve ses deux sauveurs, et ils appellent à se former aux gestes de premiers secours

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GESTE QUI SAUVE - Leur rencontre aurait pu être dramatique et n'être qu'une statistique morbide de plus. Fort heureusement, le 19 avril dernier, elle a pris une tournure bien plus heureuse. Sébastien et Oriane ont effectué un massage cardiaque à Michèle, une retraitée de 69 ans, victime d'un arrêt cardiaque en plein Paris. Aujourd'hui, tous trois racontent à LCI, cette histoire mais aussi leurs retrouvailles. Il tirent aussi la sonnette d'alarme sur l'importance d'être formé aux premiers secours.

Ils préfèrent tous les trois garder l’anonymat. Par timidité, sans doute, et puis parce que "c’est bien comme ça", disent-ils. Pourtant, leur histoire, à la fois singulière et émouvante, mérite d'être racontée. Le 19 avril dernier aux alentours de 19 heures, Michèle, 69 ans sort du Tribunal de Grande Instance Paris, plonge la main sans son sac pour récupérer une banane, en mange quelques bouts et s’affaisse sur la chaussée, victime d’un arrêt cardiaque. "J’ai senti que mon corps m’échappait, il ne m'obéissait plus et je suis tombée. Ça a été très rapide. Et puis plus rien. Je me réveille, au samu et on me dit ‘Madame, vous venez de faire un arrêt cardiaque’ ", raconte-t-elle. 


Son salut, elle le doit à deux jeunes étudiants, externes en médecine, Sébastien et Oriane qui, par le plus incroyable des hasards passaient par là. Tous deux prodiguent les gestes de premier secours, appris en cours, en attendant l'arrivée des pompiers et du Samu. Ce mercredi 26 avril, nous les avons retrouvés, tous les trois, non loin de l'Hôpital européen Georges Pompidou (XVe arrondissement de Paris), avant que Michèle ne subisse un nouvel examen de santé et que le duo ne retourne travailler. Un lien particulier semble s'être tissé entre Michèle et ses "sauveteurs".

Je leur dois la vieMichèle, victime d'un arrêt cardiaque en plein Paris et réanimée par Oriane et Sébastien

C'est dans le Samu, qu'elle a entendu parler de ces deux étudiants en médecine. Après avoir compris ce par quoi elle était passée, elle a eu envie de retrouver ceux qui l'ont "sauvée". Sébastien et Oriane, 22 ans, Michèle les appellent "[ses] sauveteurs". C'est sa fille qui a entrepris de retrouver les deux futurs médecins, à sa demande. Par l'entremise d'un groupe sur Facebook et la force des réseaux sociaux, cela n'a pris que deux jours. Le hasard faisant, parfois, magnifiquement les choses, il s'avère que tous deux sont en stage à l'hôpital Georges Pompidou... où Michèle est prise en charge.


"Je voulais absolument les rencontrer, s'enthousiasme-t-elle. C'est une coïncidence incroyable, c'est magnifique". "Dans le feu de l'action, on n'a pas pensé à donner nos noms aux pompiers et au Samu mais on était demandeur de prendre de vos nouvelles", explique Sébastien à Michèle. "Quand j'ai compris que je vous devais la vie, ce que je n'avais pas compris au départ, je me suis dit qu'il fallait que je fasse quelque chose pour eux, que je leur dise comment je vais et les remercier surtout, car je leur dois la vie (...) Je suis très émue, car j'ai réalisé combien j'avais eu de la chance en apprenant les chiffres, après coup", appuie Michèle. 

Et on ne saurait la contredire : les données sont effrayantes. En France, seules 20 % des personnes sont formées aux gestes qui sauvent. "Les arrêts cardiaques sont très fréquents et les chances de survie sont très faibles en France, nous confirme Sébastien. Statistiquement, un arrêt cardiaque sur la voie publique à Paris, c'est moins de 10 % de chance de survie et 10% de chance de survie en moins par minute de massage cardiaque non fait".  


"Et même si vous vous en sortez, lorsque le massage n'est pas fait dans les premières minutes, vous perdez une partie de votre cerveau, vos reins...", poursuit-il. Et le duo d'expliquer qu'un massage cardiaque, c'est 100 pressions par minute sur le rythme de la chanson "Staying Alive" des Bee Gees. Comme dans l'application éponyme. "Quand je le fais, je chante", confie d'ailleurs Oriane, avant que Michèle ne lui demande si dans son cas, elle avait fait aussi. "Dans ma tête", sourit la discrète jeune femme. 


Michèle n'a aucune séquelle de cet accident mais Sébastien tient à nous alerter sur les chiffres : "C'est fou de constater qu'il y a un manque criant de personnes formées aux premiers secours. Lorsque nous sommes arrivés, il y avait une trentaine de personnes autour de Michèle, ils ne savaient pas quoi faire. Ils n'ont pas reconnu un arrêt cardiaque". D'où l'importance d'avoir des primo-intervenants formés au massage cardiaque, car même "le meilleur des pompiers tient trois minutes sur un massage cardiaque avant de passer la main. C'est épuisant", affirme Sébastien. 

S'ils ont tous trois répondu positivement à notre demande de rencontre, c'est aussi pour cela : expliquer qu'il faut se former aux premiers secours. Ils sont l'exemple même qu'une formation à ces gestes sauve "réellement des vies", lance Michèle. "Il faut sensibiliser et faire pratiquer, dans les lycées, les collèges... Dans l'urgence de l'action, on ne peut reconnaître un arrêt cardiaque sur un pictogramme de défibrillateur", alarme Sébastien. Pour Michèle, savoir faire un massage cardiaque doit "devenir un réflexe conditionné. D'ailleurs, toute ma famille va s'y mettre, j'en parle à tout le monde autour de moi". 


"Il y a des campagnes de sécurité routière, il devrait y avoir des campagnes de sensibilisation à ces gestes", constatent-ils tous les trois. Et aussi alerter sur certains outils disponibles. "Il y a des applications comme Staying Alive qui devraient être sur tous les téléphones. Elles disent en temps réel où se trouvent les défibrillateurs les plus proches. Les gens aptes à faire un massage cardiaque inscrits sur ces applications peuvent être bippées. C'est simple, et cela peut sauver des vies". 

Il faut que les jeunes acquièrent cette idée qu'ils peuvent être utiles et qu'ils peuvent sauver la vie des gensMichèle

On le sait, les pays scandinaves sont souvent en pointe sur de nombreux domaines et celui-ci ne fait pas exception : en Suède, c'est 35 % de chance de survie au lieu des 10 % chez nous. "Chez eux, cela s'apprend très jeune et avec des formations tous les ans", analyse Sébastien. Et de poursuivre : "Les gens pensent peut-être que ces gestes relèvent du médical et sous-estiment leur participation, lorsque cela arrive. Elle est beaucoup plus importante que celle du Samu dans les premières minutes". 


Quelques jours après cet accident, une idée a germé dans la tête des deux étudiants : sensibiliser et former dans les établissements scolaires. Michèle salue ce projet : "Il faut que les jeunes acquièrent cette idée qu'ils peuvent être utiles et qu'ils peuvent sauver la vie des gens. Tout le monde peut être cette personne en arrêt cardiaque". Et si vous vous demandez quelle suite ces trois personnes donneront à leur histoire, c'est Michèle qui nous met sur la piste avant de filer faire un examen : "on reste en contact, lance-t-elle à Sébastien. J'ai votre numéro de toutes façons". Et lui de répondre en reprenant sa parka prêtée à Michèle durant notre rencontre : "Portez-vous bien, on se tient au courant". 


*Les prénoms ont été changés 

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