Quand les enfants adoptés payent le prix de leurs premières années

Quand les enfants adoptés payent le prix de leurs premières années

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SOCIÉTÉ - Les jeunes adoptés ont des résultats scolaires moins bons que leurs frères et soeurs nés au sein des familles adoptives, et peuvent souffrir de carence affective. En cause : des problèmes de santé ou de maltraitance qu'ils ont pu connaître antérieurement, selon une étude publiée jeudi. Décryptage.

L’adoption n’est pas un jeu d’enfants. Tel est le verdict d’une étude publiée jeudi qui, pour la première fois, s’est penchée sur les difficultés rencontrées par les jeunes avant leur accueil au sein d’une famille et leurs conséquences sur leur parcours ultérieur. Des problèmes pas toujours évidents à gérer pour les parents adoptifs.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 1.450 jeunes sondés par Enfance et Familles d'adoption (une fédération d'associations départementales), 32% des adoptés sont concernés par au moins un problème de santé. Parmi eux : des séquelles de malnutrition ou de traitements médicaux, une hospitalisation de plus d'un mois ou un handicap mental. Les "biologiques", eux, sont seulement 11%. La maltraitance est également "probable ou certaine" pour 30% des adoptés et toucherait jusqu'à un sur deux de ceux nés en Amérique latine ou Europe de l'Est.

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Des risques de carence affective

Autant d’obstacles qui vont peser sur des premières années cruciales pour le développement personnel, comme nous l’explique Angélique Cimelière, psychologue pour enfants et adolescents. "Les résultats scolaires peuvent chuter pour ces enfants qui n’ont pas de projection possible, surtout à l’école où chacun a une fiche signalétique (la profession de ses parents, un nom et un prénom...). Parfois, ces cases restent vides. Et cela peut s’avérer difficile pour l’enfant qui, durant sa scolarité, a juste envie d’être comme son copain." Selon l’étude, 90% des "biologiques" ont au moins le baccalauréat. Pour les adoptés, le taux est de 53%, ce qui correspond à la moyenne nationale. Une proportion qui grimpe à 70% pour ceux sans problème de santé précoce ni risque de maltraitance, et n'ayant pas redoublé en primaire.

En outre, les enfants ayant souffert avant leur adoption de maltraitance, d'accueils successifs ou ayant vécu dans la rue encourent aussi des risques de carence affective. "C’est une réalité, mais elle dépend de l’âge, souligne néanmoins Angélique Cimelière. Même s’il a été adopté bébé, il se posera des questions tôt ou tard : pourquoi ai-je été abandonné ?"

Des interrogations auxquels doivent répondre tant bien que mal les parents adoptifs. "Cela est très difficile pour eux, car quand l’enfant passe le cap de l’adolescence il est susceptible de dire : "Tu n’es pas mon père, tu n’es pas ma mère. Il faut s’y attendre et ne pas réagir, ne pas culpabiliser." Un juste milieu qui, s’il n’est pas toujours évident à trouver, s’avère payant : les jeunes savent qu'ils peuvent compter sur leurs parents à plus de 80%, selon l’étude qui conclut que ces enfants ont "une insertion sociale comparable" à leur fratrie d'adoption.

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