Menace terroriste : comment les proviseurs gèrent cette rentrée sous haute sécurité

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TEMOIGNAGE – Alors que les professeurs font leur rentrée ce mercredi avant les élèves jeudi, un proviseur d’établissement explique à LCI comment il prépare ce retour en cours, placé cette année tout spécialement sous le signe de la sécurité.

La rentrée n’a jamais été aussi proche. Et cette année, le thème est le même partout : la sécurité. "C’est très clairement le message que je fais passer cette année", raconte Robin (prénom changé). Il est proviseur d’un lycée – 2 000 élèves et 400 profs à gérer. Avant la rentrée, il a l’habitude d’envoyer un petit livret aux parents et élèves. Cette année, l’édito a été consacré au sujet : "J’ai rappelé que 2015-2016 n’avait pas été une année normale, qu’on n’était plus dans le même contexte. J’ai rappelé les valeurs de la République, la nécessité de la vigilance citoyenne, et fait une allusion au risque de repli identitaire." Combatif, Robin. Comme un chef qui rassemble ses troupes avant la bataille. Car il le sait, un vrai risque terroriste pèse sur les établissements scolaires : "Daech a clairement ciblé les professeurs, les établissements laïcs", explique-t-il. "Le 14 Juillet, le Bataclan, Charlie… ils sont dans la symbolique. Et des enfants, c’est un symbole."

Alors pour la sécurité, il a bien écouté les mesures annoncées la semaine dernière par Najat Vallaud-Belkacem et Bernard Cazeneuve, ministres de l’Education et de l’Intérieur. "L’Etat qui montre qu’il porte une attention particulière à la rentrée, ça ne peut être qu’une bonne chose", estime-t-il. "Et deux ministres qui montent ensemble sur le même sujet, c’est très rare. Cela prouve que le sujet est pour eux une priorité."

"Il ne va pas y avoir l'armée autour de mon lycée !"

Et les annonces faites – patrouilles renforcées, trois exercices de sécurité par an, formation des élèves aux premiers secours -,  lui paraissent adaptées. "La plupart ne sont pas nouvelles, mais tout est bon à prendre", confesse-t-il.  En effet ces "surveillances dynamiques" à proximité des écoles, collèges, lycées, université, "renforcées par des patrouilles mobiles, en lien avec les polices municipales", se pratiquent déjà sur le terrain. "Mais je pense que cela va être renforcé", estime Robin, qui rappelle : "On est depuis six mois en Vigipirate. On travaille déjà beaucoup plus directement avec le commissariat et les forces de police, je les appelle pour signaler des évènements importants au lycée, dont ils doivent tenir compte. Il y a deux ans, ils m'auraient renvoyé sur la préfecture." 

Mais Robin croit surtout à l'efficacité de petites mesures intérieures, qu’il diffuse petit à petit. L’an dernier, il a d’abord demandé à ce qu’un arrêté interdise le stationnement des voitures devant le lycée. Crainte du véhicule piégé.  Il va surtout faire passer le mot mercredi, à ses professeurs. "Je mets en place de petites consignes", détaille-t-il. "D’habitude, quand il se passe quelque chose de grave dans le lycée, la règle est de prévenir le chef d’établissement. Désormais, s’ils voient quoi que ce soit de grave, je leur demande d’appeler directement le 17." 

Portable des professeurs sur vibreur

De la même manière, alors qu’avant les professeurs avaient tendance à éteindre leur portable pendant les cours, ils devront les mettre en vibreur. Pour être joignable, au cas où. "Je vais un peu insister sur les comportements suspects, les signes de radicalisation", indique encore Robin. "Je demande aux personnels de faire un peu plus attention. Je veux les sensibiliser au fait qu’on est une collectivité, qu’on a intérêt à être attentifs ensembles". Des réflexions sont aussi en cours avec les collectivités - Région, Département -, pour prévoir de la vidéosurveillance, faire de petits travaux de sécurisation… Un fourre-tout de mesures, mais qui pourraient s’avérer importantes en cas de problème. "Ce n’est pas révolutionnaire !", reconnaît Robin. "Il ne va pas y avoir, demain, l’armée autour de mon lycée, et on ne peut pas avoir de degré zéro en matière de risques." 

Reste qu'en matière de sécurité, certains sujets qui peuvent paraitre si légers vus du ministère, poseront, il l'estime, de vrais problèmes sur le terrain. Exemple type : les zones fumeurs. "On nous demande de ne pas avoir d’attroupement devant le lycée en raison de l’état d’urgence, mais on estime que les zones fumeurs dans l’enceinte du bâtiment vont à l’encontre de la loi Evin. Où vont-ils ? C’est la quadrature du cercle", explique Robin. Et là, il sèche sur la solution à apporter. "Je ne sais pas comment je vais gérer ça. Mais je ne ferais pas venir de cars de CRS pour empêcher les élèves de fumer… "

Patrouilles renforcées autour des écoles : la police municipale veut être armée

Le ministre de l’Intérieur a décliné la semaine dernière les mesures sécuritaires qui seront mises en place pour les établissements scolaires. Est surtout mis en avant "la surveillance dynamique" à proximité des bâtiments, qui  "sera renforcée par des patrouilles mobiles en lien avec les polices municipales".  Une mesure qu’approuve FOPM, le syndicat des policiers municipaux, qui vient cependant d’envoyer un communiqué, dénonçant une "sécurité au rabais". "Cela peut être efficace, mais alors il faut mettre du personnel avec des moyens, des protections et des armes", estime ainsi Patrick Lefevre, secrétaire général du syndicat. 

"Mais mettre un policier sans moyens de riposte, ça ne sert à rien. A la limite, les parents d’élèves se gareront mieux devant les écoles ! Mais l’objet est bien d’assurer la sécurité dans le cadre de l’état d’urgence face à la mesure terroriste." L’armement des policiers municipaux est en effet laissé à l’arbitrage des maires. Le syndicat estime qu’en France, plus de 350 communes ont voté le port d’armes pour les policiers municipaux depuis les attentats de Charlie-Hebdo. Et qu’à ce jour, environ une commune sur deux autorise désormais les policiers à être armés. Encore trop insuffisant, vu le contexte, estime le syndicat.

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