"Quand les vaccins vont arriver en masse en avril, on va manquer de bras", prévient la Haute Autorité de santé

"Quand les vaccins vont arriver en masse en avril, on va manquer de bras", prévient la Haute Autorité de santé

INTERVIEW - Alors que la campagne de vaccination a connu une nette accélération ce week-end, la présidente de la Haute autorité de santé, Dominique Le Guludec a jugé qu'il fallait maintenir cet effort. "Ce qui permettra de soulager l'appareil sanitaire et d'éviter 350 morts par jour", a-t-elle avancé sur le plateau de LCI.

Le coup d'accélération donné à la vaccination contre le Covid-19 va se poursuivre après les injections de masse de ce week-end, a assuré le gouvernement, chiffrant à plus d'un demi-million les vaccinations faites sur trois jours, depuis vendredi. Une bonne nouvelle pour Dominique Le Guludec, la présidente de la Haute Autorité de santé, invitée de Jean-Michel Apathie ce lundi dans l'interview politique. 

L'objectif est maintenant d'atteindre 20 millions de personnes vaccinées à la fin du mois de mai. "On assiste à une vraie accélération de la campagne, et c'est très bien. Dès qu'on aura mis ces 20 millions de personnes fragiles à l'abri, tout le monde va souffler. On va soulager l'appareil sanitaire et on va éviter 350 morts par jour. La bonne nouvelle, c'est que dans les Ehpad, la mortalité commence à baisser franchement, et là on voit l'impact de la vaccination", a-t-elle assuré sur le plateau de LCI. 

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Y a-t-il eu un retard à l'allumage par rapport aux Britanniques ? Dominique Le Guludec pense que ces derniers ont pris un risque. "C'est tombé du bon côté, tant mieux pour nous tous. Mais on n'a pas voulu prendre ce risque, c'est à bon escient. C'est pour protéger les Français. En Europe, on a des process, même si on les accélère, il faut garantir la sécurité et l'efficacité. Donc je crois qu'on a gardé nos fondamentaux et c'est très important", a-t-elle indiqué.

Y aura-t-il assez de vaccins ?

Une question demeure malgré tout, y aura-t-il assez de vaccins pour atteindre le but fixé par les autorités, alors que les médecins libéraux annoncent d'ores et déjà qu'ils vont manquer de doses d'AstraZeneca dans les jours qui viennent ? Pour Dominique Le Guludec, il était clair qu'il n'y aurait pas de doses pour tout le monde, tout de suite. "C'est pour ça d'ailleurs que le ministère nous a demandé de prioriser, parce que le monde entier a besoin de doses. Mais on voit bien qu'il y a une accélération, et ça a été un soulagement de pouvoir donner l'AstraZeneca aux personnes de plus de 65 ans. On ne savait pas s'il était efficace, car dans les essais cliniques, il n'y avait pas eu de personnes âgées ou très peu. Au démarrage, les données que l'on avait sur son efficacité étaient de 65%, alors que finalement il s'avère meilleur. Et puis les données anglaises et écossaises nous ont vraiment rassurés, notamment sur les formes sévères où il est efficace à 90%", a-t-elle expliqué.

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Le vaccin Johnson & Johnson évalué d'ici la fin de la semaine

Autre bonne nouvelle, un nouveau vaccin va être évalué dans les jours à venir, le Johnson & Johnson. "On espère pouvoir donner notre avis sur ce vaccin en fin de semaine", affirme la présidente de la Haute Autorité de santé, qui souligne par ailleurs que "tous ces vaccins ne se ressemblent pas". "Ils sont différents dans leur mode d'action, ainsi que dans leur schéma vaccinal puisque celui-là est à une dose. Les vaccins à ARN ont, eux, des modes de conservation complexes, et donc ils ne sont pas vraiment faits pour les médecins de ville", a-t-elle précisé, ajoutant que pour le vaccin russe Spoutnik, "dès que l'Agence européenne du médicament aura donné son autorisation de mise sur le marché, on l'analysera comme les autres".

Pour autant, Dominique Le Guludec prévient : "Quand les vaccins vont arriver en masse en avril, on va manquer de bras. C'est pour ça que nous anticipons et que nous étendons les compétences vaccinales vers les pharmaciens, les sages-femmes, ou encore les infirmiers. On étend largement de façon à ce qu'on puisse utiliser les doses au fur et à mesure qu'elles arriveront même en quantité importante". 

Allier vitesse et sécurité

Malgré tout ce travail d'expertise, comment expliquer cette méfiance dans la population. Une certaine idée que le travail est mal fait ? Dominique Le Guludec le comprend mais précise que la Haute autorité de Santé n'est pas une agence faite pour l'urgence. "Nous nous sommes adaptés pour aller très vite, tout en conservant nos fondamentaux, c'est-à-dire l'indépendance par rapport à tous les lobbys et la transparence. Un certain nombre de nos concitoyens peuvent ne pas avoir confiance, mais ce qu'il faut voir c'est que nous sommes sur cette ligne de crête qui consiste à aller vite, mais de façon le plus sécure possible", a-t-elle indiqué, tout en révélant que plus d'une fois la peur de ne pas prendre les bonnes décisions l'empêchait de dormir. "Ce n'est pas habituel pour nous d'aller vite sans attendre d'avoir tout ce qu'il faut pour décider, donc il y a une petite prise de risque, mais qui est assumée parce que c'est une agence qui a l'habitude, qui a des process, qui est solide sur ses bases. Et donc quand elle sent qu'elle peut accélérer un peu, elle y va. C'est  sur cette antériorité que nous nous basons pour avancer plus vite", a-t-elle lancé.

Convaincre les soignants plutôt que les obliger

Autre difficulté, et pas des moindres, la réticence du personnel soignant à aller se faire vacciner. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal parle, même d'irresponsabilité, mais Dominique Le Guludec souhaite relativiser : "Il y a moins de 20% du personnel non médical qui est vacciné à l'hôpital, donc on ne peut pas dire que 80% de notre personnel est irresponsable. Je pense que pour l'instant nous n'avions pas de garanties sur le fait que le vaccin protège de la transmission. Le personnel soignant est assez jeune, il fait des formes pas sévères, sauf quand il est à risque - mais ceux-là se font vacciner en général - donc il se dit que le bénéfice-risques n'est pas intéressant. Aujourd'hui, les données commencent à venir, on commence à voir une certaine efficacité sur la transmission. Et puis on a des clusters qui apparaissent de plus en plus dans les hôpitaux, donc là il va falloir convaincre", tranche-t-elle.

Faut-il pour autant rendre la vaccination obligatoire ? "Ça ne peut passer que par la loi, c'est une décision politique", assure la présidente de la Haute autorité de Santé. "Il y a deux aspects dans l'obligation vaccinale, se vacciner soi pour préserver sa force de travail, et donc ça permet d'être sûr qu'on ne sera pas en arrêt de travail alors que les hôpitaux sont exsangues. Et puis, il y a à protéger les malades, et là, c'est une vraie responsabilité. Je crois que dès qu'on aura assez de doses de vaccins et dès qu'on aura la certitude de cet effet sur la transmission, il va falloir vraiment convaincre et pourquoi pas obliger. Mais on préfère toujours convaincre. Il est vrai que la réticence vaccinale est plus forte dans notre pays. En Angleterre, 80% des soignants sont vaccinés sans problème. Chez nous, c'est culturel", explique-t-elle.

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Enfin, concernant les tests salivaires, Dominique Le Guludec affirme qu'ils sont efficaces. "Maintenant on le sait. Et ça va être utile parce que c'est beaucoup plus facile à répéter, en particulier quand il faut les faire régulièrement en dépistage ciblé, dans des écoles, des universités. Mais il a fallu un peu de temps pour comprendre pourquoi le même test pouvait être très bon ou très mauvais. En fait on s'est aperçu que c'était des questions de techniques pré-analytiques. Il a fallu déblayer tout ça pour pouvoir les utiliser en toute sécurité. Maintenant on peut y aller", lâche-t-elle, persuadée qu'avec tous ces efforts, on va bientôt voir le bout du tunnel.

"Les vaccins vont arriver en quantité. Je pense que les Français vont être convaincus comme les autres parce que le monde entier se fait vacciner. En plus les trois premiers vaccins sont efficaces sur le virus chinois et le variant anglais. Au bout de seulement un an de maladie, c'est quand même extraordinaire. Et puis les médicaments vont aussi s'améliorer. On va trouver des médicaments spécifiques. On est sur la bonne voie", conclut-elle, optimiste.

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