Que reste-il de Nuit debout, un an après ? "Les gens ont commencé à relever la tête"

DirectLCI
MANIF - Le 31 mars 2016, ils étaient plusieurs centaines à se retrouver sur la place de la République à Paris. Leur mot d'ordre : "On ne rentre pas chez nous ce soir". C'était le début de l'aventure Nuit debout. Un an après, alors que plusieurs rassemblements sont prévus ce week-end à Paris et en province, que sont devenus les revendications du printemps 2016 ?

La flamme va-t-elle se rallumer ? Un an, jour pour jour, après le début de l'aventure Nuit debout, de nombreuses manifestations sont prévues dès ce vendredi "sur toutes les places de France" pour célébrer la naissance de ce mouvement citoyen. Et la plus emblématique d'entre-elles, la place de la République, ne manquera pas à l'appel. Et pour cause, c'est là que tout a commencé. 

"Faire naître un mouvement citoyen face à l'oligarchie"

C'était le 31 mars 2016, à la suite d’un défilé à Paris contre la loi travail, plusieurs centaines de manifestants décidaient d'investir cette "symbolique" place de la République pour y passer la nuit, debout. Un mouvement insuflé notamment par François Ruffin, rédacteur en chef du journal alternatif Fakir, porté à l'époque par le succès de son documentaire "Merci patron !". 


"C'est lui qui m'a appelé", se souvient pour LCI Leïla Chaibi, ancienne militante du Front de gauche, qui a rejoint l'équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise à la présidentielle. "Au départ, notre idée était de rassembler un maximum de personnes pour faire tomber la loi El Khomri, faire naître un mouvement citoyen face à l'oligarchie. Et nous avons été très vite dépassés par l'affluence. Il y avait plein de monde, malgré la pluie, le froid... On hallucinait", raconte la jeune femme.


Un élan, qui s'est peu à peu propagé à l’ensemble du pays. Nuit debout a fait des petits à Nantes, Rennes, Marseille, Toulouse, Lyon, Grenoble, 140 villes en tout. "Certes, le mouvement a moins pris en province et quasiment pas en banlieue", tempère Patrick Farbiaz, un militant écologiste, auteur de "Nuit debout : les textes" paru en 2016. "Mais si on le compare à mai 68, il a duré plus longtemps". 


Les rassemblements se sont finalement faits de plus en plus rares à la fin de l’été. A Paris, les évacuations quotidiennes de la place de la République par les forces de l'ordre ont fini par décourager les participants. Et le projet de Loi travail - fil rouge de ce soulèvement citoyen - a été adopté le 21 juillet. 

En vidéo

Nathalie Arthaud sur Nuit debout: "Tant mieux s'il y a des initiatives qui contribuent à la contestation"

Ce mouvement n'est pas quantifiable. Ce n'est pas parce qu'il est moins visible qu'il n'existe plusUgo Moret, auteur de "Nuit debout et maintenant ?"

Alors, un an après, que reste-t-il de ce mouvement hétéroclite ? "Ce n'est ni une réussite, ni un échec, souligne Ugo Moret, co-auteur de "Nuit debout et maintenant ?" paru en mars. Ce mouvement n'est pas quantifiable. Ce n'est pas parce qu'il est moins visible qu'il n'existe plus". Preuve en est, les myriades d'associations qui se sont réappropriées le mouvement pour défendre d'autres causes : Féministes debout, Syrie debout, la lutte contre l'évasion fiscale ou contre les pesticides. Ou encore ces dizaines de rassemblements organisés depuis plusieurs semaines contre la corruption.


"C'est vrai, nous n'avons pas réussi à faire tomber la loi travail, mais nous avons semé des graines, et elles sont en train de germer", analyse Leïla Chaibi. "La force de Nuit debout est d’avoir redonné de la dignité à celles et ceux qui l’avaient perdue. Les gens ont commencé à relever la tête, ils sont debouts, bien décidés à prendre leur destin en main loin des carcans politiques. Aujourd'hui, certains sont dans des associations, d'autres participent à des réunions publiques", poursuit-elle.  


Pour mener à bien leur "révolution", les militants de Nuit debout ont également tiré profit des réseaux sociaux. "Cet usage des outils numériques permet de dépasser le cercle des réseaux militants traditionnels, de toucher le plus grand nombre", rappelle Patrick Farbiaz.

Prochain rendez-vous le 22 avril, veille du premier tour

De cette aventure singulière, le secrétaire d'Etat chargé de l'Enseignement supérieur, Thierry Mandon, retient le défi lancé à une démocratie représentative essoufflée, et à son "système de gouvernance obsolète". A cet égard, le mouvement n'est, selon lui, pas sans écho : "Pour la première fois depuis longtemps, tous les candidats à la présidentielle ont des propositions 

sur les institutions". La VIe République, prônée par nombre de participants à Nuit debout et réclamée par Jean-Luc Mélenchon, en est une illustration. 


Un an après la naissance du mouvement, "l'échéance réelle, c'est les municipales de 2020 avec peut-être l'explosion de listes citoyennes", prédit Patrick Farbiaz. César du meilleur documentaire pour "Merci patron!", François Ruffin, lui, s'est d'ores et déjà lancé dans l'arène : il est candidat aux législatives sous la bannière "Picardie debout".


D'ici là, Nuit debout donne un autre rendez-vous, le 22 avril, veille du premier tour de la présidentielle, pour un "1er tour social", une journée de rassemblement "sur toutes les places de France", histoire de redonner un souffle à ce grand élan citoyen.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter